Bénir : témoins de l'Évangile dans l'accompagnement des personnes
et des couples

Nous sommes invités à prendre part, en Église, à une réflexion sur la bénédiction, en préparation d'un débat synodal.

Ce qui amène la réflexion

Il y a quelques années, la question posée était de savoir quel accueil réserver à des demandes de bénédiction formulées par des couples non mariés, en particulier des couples pacsés. Elle ne concernait donc pas spécifiquement les couples de même sexe.

Plus récemment, le débat public puis l'adoption de la loi sur le mariage a focalisé l'attention sur la question spécifique de savoir comment répondre à des demandes de bénédiction émanant de couples mariés de personnes du même sexe.

Pour aborder ces questions, il est nécessaire de prendre le temps de réfléchir plus largement au sens de la bénédiction et aux pratiques concrètes. C'est pourquoi le document qui sert de base à la discussion propose un certain nombre d'éléments de réflexion et se présente comme un « dossier préparatoire au débat synodal », accompagné d'un volume d'annexes. Ces deux documents sont téléchargeables sur le site de l'Église protestante unie de France (voir en fin d'article).

Comme il s'agit d'un dossier préparatoire, il ne formule pas la décision qui sera soumise aux Synodes régionaux puis national. En effet, les débats en Église locale donneront une indication et une orientation aux rapporteurs. L'éditorial de ce journal évoque le processus synodal, je n'y reviens pas ici.

Ce que contient le dossier

En posant la question de la bénédiction, le choix est fait de porter l'attention non pas sur l'évolution de la société dont l'adoption de la loi sur le mariage est la marque, mais sur l'accueil réservé en Église aux personnes et aux couples, comme l'indiquent le titre et surtout le sous-titre du dossier : « Bénir : Témoins de l'Évangile dans l'accompagnement des personnes et des couples ». Certes, la réflexion prend place à un moment où le souvenir du débat de société qui a agité notre pays reste vivace. Nous chercherons à placer nos discussions sous le signe de la communion fraternelle.

Le dossier préparatoire structure la réflexion en quatre dimensions : anthropologique, biblique, théologique et ecclésiale. J'en présente ici brièvement les traits principaux.

La bénédiction est un acte universel, qui trouve sa place aussi bien dans les diverses religions que dans le langage profane. Elle concerne l'être humain dans ses rapports sociaux et dans son contexte culturel. C'est pourquoi on parle de dimension anthropologique. Avec des mots comme « bonjour », « merci », « adieu », le langage courant porte la trace de ce que le dossier appelle un « impensé religieux de bénédiction » au sein de notre société sécularisée. Ces paroles ont pour fonction de faire du lien, de différencier et de prendre soin des personnes. Sous ces trois aspects, elles sont des actes de reconnaissance.

L'approche biblique inscrit la bénédiction dans la personne de Jésus-Christ, dans sa mort et sa résurrection qui incarnent la bénédiction fondamentale de Dieu. Offerte comme une grâce, elle ne saurait être méritée. L'Église est au bénéfice de ce « oui » premier de Dieu, et devient ainsi elle-même bénédiction pour le monde.

C'est à partir de cette affirmation centrale que l'on peut relire l'ensemble des textes qui font référence à la bénédiction accordée à Abraham et aux autres patriarches de l'Ancien Testament : elle est un appel et une promesse ; elle se donne à travers et en dépit de l'ambiguïté humaine ; elle vient, à chaque génération, transformer les malédictions dans lesquelles les bénéficiaires sont empêtrés. Les béatitudes évangéliques (« heureux les pauvres. ») résonnent comme autant de paroles de bénédiction reçues dans l'écoute et la confiance.

Au plan théologique, la bénédiction chrétienne est d'abord, au sens large, acte de reconnaissance, à la fois comme identification des personnes, comme valeur accordée par Dieu, et comme expression de gratitude. On peut l'entendre comme une protestation, à la fois pour et contre. La bénédiction dit l'accueil inconditionnel de Dieu pour chaque personne. Elle n'est pas pour autant une approbation sans réserve de toutes les actions humaines. Elle n'est pas une caution, encore moins une garantie. En Jésus-Christ, elle se réalise comme un acte dans lequel celui qui la prononce comme celui qui la reçoit s'en remettent à la volonté de Dieu.

Jésus-Christ nous appelle à bénir. De ce fait, l'Église est invitée à se comprendre comme un espace de bénédiction. La bénédiction est un acte ecclésial pratiqué à de nombreuses occasions, dans le culte et à l'occasion de moments importants de la vie. Il s'agit d'une parole particulière, car elle implique une posture d'autorité, qui n'est pas facile à habiter. Si c'est Dieu qui bénit, le dire en son nom est un acte fort, qui nécessite de s'interroger sur le statut de la personne qui prononce la bénédiction.

L'interrogation porte aussi sur le destinataire : que bénit-on ? Des personnes, des projets, des objets ? Quel lien établir entre une bénédiction et un engagement ? En cherchant ensemble à répondre à ces questions, nous baliserons le terrain pour aborder les questions spécifiques, qui portent sur les couples pacsés, d'une part, et sur les couples du même sexe, d'autre part. Aborder ces questions nous amène à nous questionner sur le sens que nous donnons à la bénédiction de mariage.

Les questions qui se posent dans le débat

Dans la discussion, les points de vue et aussi nos enthousiasmes et nos craintes. Ils peuvent porter la trace d'expériences légères ou douloureuses.

En tant que chrétiens, d'autant plus comme protestants, nous faisons appel au texte biblique. Quel usage faisons-nous de la Bible dans une telle discussion ? Quel statut lui accordons-nous ? Comment nous laissons-nous interpeller par un texte ? Y cherchons-nous une confirmation de notre avis ? Une règle, une norme de vie ? Dans ce cas, selon quels critères distinguons-nous ce qui resterait normatif de ce qui serait l'expression d'un temps révolu ? En d'autres termes, comment se manifeste pour nous l'autorité de l'Écriture ? Il pourra être utile de prendre un temps pour s'interroger à ce sujet.

Un autre enjeu est de se demander ce qui est bon pour notre Église dans ses relations avec d'autres Églises et au sein de la société. Quel témoignage apportons-nous, au sein de la société, tant par le processus dans lequel nous entrons que par les décisions qui seront prises par la suite ? Quelle sera notre parole à l'égard des autres Églises en France ? Comment recevrons-nous le témoignage d'Églises luthériennes et réformées d'Europe, qui ont ouvert la possibilité d'une bénédiction de couples du même sexe ?

Enfin, pour revenir au titre du dossier, comment serons-nous témoins de l'Évangile, dans la rencontre, dans la discussion et dans les décisions qui seront prises, auprès des personnes et des couples qui se sentent concernés par le débat ?

Le défi nous est lancé : se parler les uns aux autres avec douceur et conviction, entendre nos avis divergents, nos parcours particuliers, « faire église » en avançant dans la communion fraternelle.

Pasteur Nicolas COCHAND


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