Carêmes et quarantaines

Le mot « carême » vient du nombre quarante. En effet, il désigne une période de quarante jours qui va du mercredi des Cendres à la veille des Rameaux. Ces quarante jours précèdent la Semaine sainte - semaine qui marque l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (les Rameaux), le dernier repas, au cours duquel il institue la Cène (Jeudi saint), l'arrestation, le procès et la mise à mort de Jésus (Vendredi saint), et enfin le dimanche de Pâques, qui célèbre la résurrection du Christ. Notons que le lundi de Pâques, quant à lui, n'a guère de signification religieuse.

Comme Pâques n'est pas à date fixe, le Carême non plus. Pour mémoire, la date de Pâques varie chaque année car on tient compte à la fois du calendrier solaire et du calendrier lunaire pour la fixer : Pâques correspond au dimanche suivant la première pleine lune intervenant après l'équinoxe de printemps.

Pourquoi quarante ? Ce nombre met en relation plusieurs épisodes mentionnés dans la Bible, qui résonnent comme autant de périodes de clarification, de déplacement, de transformation.

Au début de son ministère, Jésus se retire quarante jours au désert. Il y affronte les tentations du Malin ; comme dans une étape de mise au point et de vérification.

Le prophète Elie marche quarante jours dans le désert aussi, jusqu'au mont Horeb où Dieu le rencontre, dans un souffle ténu, le bruissement d'un silence, comme une manifestation de calme au milieu du vacarme de la vie.

Le peuple hébreu voyage quarante ans dans le désert encore, avant de parvenir à la terre de la promesse ; temps de proximité de Dieu et de nourriture particulière, que l'on ne peut ni amasser ni conserver pour soi.

Quarante jours de déluge encore, pour Noé dans l'arche, temps de salut et d'élimination, dont le croyant retrouve le signe dans l'eau du baptême qui l'associe à la mort et à la résurrection du Christ.

On peut enfin évoquer le message du prophète Jonas, qui traverse la grande ville, Ninive, en annonçant : encore quarante jours et Ninive sera détruite. Ce dernier épisode nous permet de faire le lien avec le début du Carême. Les habitants de Ninive et leur roi prennent au sérieux l'annonce du prophète : ils se tournent vers Dieu et implorent sa clémence ; en signe de repentance, ils entament une période de jeûne ; ils portent les marques du renoncement, en particulier les cendres.

C'est ainsi que dans la pratique traditionnelle, le Carême est une période de jeûne et de privation, dont le début est marqué par le signe des cendres - d'où le nom de mercredi des Cendres.

Les traditions anciennes font précéder le Carême d'une période de liesse et de mascarade (au sens propre) : le carnaval. Dans les pays de tradition catholique, le carnaval - qui n'est pas une fête religieuse, on l'aura compris - a lieu juste avant le Carême et se termine au mardi gras, qui contraste, évidemment, avec le mercredi des Cendres qui lui succède.

Pour l'anecdote, le carnaval de Bâle, institution extrêmement populaire dans une ville pourtant protestante, marque sa différence en ayant lieu une semaine plus tard, c'est-à-dire en plein Carême.

C'est que la Réforme protestante du 16e siècle a violemment critiqué les observances et les pratiques de son époque, qu'elle jugeait contraires à l'affirmation évangélique de la grâce, qui est offerte en Christ et que le croyant reçoit par la foi. Dans cette perspective, elle a rejeté l'idée d'une période dont le but serait de se purifier et de se rendre digne de rencontrer Dieu, de « faire son salut », en particulier en se préparant à communier à Pâques. Il n'est pas inutile de rappeler, en effet, que l'immense majorité du peuple chrétien ne communiait qu'une fois l'an - de là vient l'expression « faire ses pâques ».

En revanche, les traditions protestantes n'ont pas écarté, au contraire, l'idée d'un temps de repentance et de prière et, en circonstances particulières, de jeûne.

Ainsi, si les réformés français se distinguent par la distance qu'ils affichent avec un carême qui serait trop marqué liturgiquement, dans beaucoup d'autres traditions et régions protestantes, on observe un maintien et même un retour de la notion de carême. Dans les dernières décennies, deux aspects notamment ont été mis en valeur.

Dans la suite de l'exigence de justice qui traverse la Bible et l'Ancien Testament en particulier, le temps de Carême est l'occasion de mettre l'action sur la solidarité et la justice exercées au nom du Christ par les ouvres diaconales et missionnaires. C'est le cas en Suisse, par exemple, avec un calendrier de Carême édité de manière ocuménique et largement distribué.

D'autres part, certains mettent l'action sur l'occasion de se priver de quelque chose, d'exercer concrètement et pratiquement un certain dépouillement. La Croix bleue, par exemple, organisation d'inspiration protestante qui accompagne des personnes aux prises avec des problèmes d'alcool, invite à prendre un temps pour tester sa dépendance, par exemple un temps sans TV, ou sans portable, ou sans alcool bien sûr.

Faut-il avoir peur du Carême ? Certes, chaque jour est l'occasion de se tourner vers Dieu, de se repentir, de clarifier ses relations et d'espérer la rencontre avec le Christ. Nous n'avons pas besoin d'un temps qui serait consacré à cela s'il s'agit de ne pas y penser le reste de l'année.

Christ est présent chaque jour, pourtant, nous aimons célébrer sa venue à Noël. La force de vie divine est à l'ouvre, pourtant nous trouvons important de célébrer la résurrection à Pâques. L'Esprit nous atteste que nous sommes enfants de Dieu, cela ne nous interdit pas de fêter la Pentecôte.

Le Carême peut être ce temps qui rappelle la nécessité spirituelle du silence, de la retraite, du recul, pour faire le point sur ses dépendances et compromissions, s'ouvrir au bruissement silencieux de Dieu dans le vacarme de la vie ; un temps qui nous invite à nous dépouiller de tout l'attirail inutile dont nous croyons nécessaire de nous armer ; un temps pour nous imprégner de la proximité discrète et dépouillée de notre Seigneur.

Pasteur Nicolas COCHAND


Les quarantes semaines de l'Eglise protestante unie de France

Notre Église a également choisi le nombre quarante pour le semainier qu'elle a édité. Il s'agit d'une petite brochure qui propose chaque semaine une réflexion à partir d'une photo, d'une question, de quelques mots d'introduction et de références bibliques. Quarante semaines jusqu'au 11 octobre 2014, journée nationale décentralisée qui lancera la suite du processus. L'objectif est d'interroger nos convictions aujourd'hui. Quelles thèses pour dire notre foi en tant qu'Église protestante unie ? L'idée, en effet est de profiter du jubilé de 2017 (500 ans des 95 thèses de Luther) pour protester de notre foi en formulant des thèses qui pourraient devenir ou inspirer une déclaration de foi de notre Église.

Le semainier est disponible au temple. On peut aussi contribuer à la réflexion en inscrivant un commentaire sur le site www.theses2017.fr.


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