Comment la foi m'est-elle venue ?

Réflexion oecuménique

Sous ce titre, le Groupe de Réflexion OEcuménique (GRO) a organisé auprès de ses membres une enquête sur la foi qui les habite. Trente questions leur ont été soumises, allant de l'origine de la foi (les "chemins") à son expression (les "figures") et à la place qu'elle occupe dans leur vie (les "modalités"). Sur vingt-six questionnaires distribués, vingt ont été renvoyés dûment remplis. Ce succès témoigne que l'enquête a fourni aux membres du GRO l'occasion d'une réflexion sur eux-mêmes qui leur a semblé utile. Le délai de renvoi des questionnaires montre toute l'attention qu'on leur a accordée. Les questions sur la foi touchent au plus intime des consciences, parfois à leur secret. On pouvait craindre des réticences, il n'y en a pas eu.

De l'ensemble des réponses ressort une diversité qui ne doit rien à l'âge, ni au sexe des personnes, ni à leur condition sociale, ni à leur confession particulière. Les gens interrogés ont compris qu'ils ne l'étaient pas au titre de paroissiens, mais au titre de dépositaires d'une expérience religieuse intérieure.

Toutes les questions n'ont pas reçu des réponses égales pour la clarté et la promptitude. S'il était facile d'indiquer le lieu de la rencontre avec la foi (le plus souvent confondu avec la rencontre de Dieu ou de Jésus), il l'était moins d'énoncer les "modalités " de la foi, la proclamer fixe, reçue toute entière, d'un coup, comme une grâce, ou susceptible d'un progrès et même d'un déclin.

Ma foi me conduit-elle au salut ? Me porte-t-elle à la vivre dans mon existence quotidienne parmi les hommes ? Le questionnaire a mis en évidence les deux pôles de la contemplation et de la charité. D'autre part, des réponses ambiguës ont été fournies à des questions trop tranchées. Impossible de répondre par oui ou par non à des interrogations portant sur des domaines contigus ou superposés. On peut avoir rencontré la foi par tradition familiale et l'avoir ensuite fortifiée par les Ecritures. Une méditation personnelle (la prière) n'exclut pas la recherche de groupe.

Un des enseignements du questionnaire sur la foi est que celle-ci est ressentie le plus souvent comme une réalité vivante, non réductible à une formule, ni à un compartiment de l'existence. Rayonnante, elle est appelée à remplir la totalité de l'être. L'Eglise a des limites, Dieu n'en a pas.

Avec vingt questionnaires renvoyés, la matière est trop modeste pour conduire à une quelconque sociologie de la foi, ou à un portrait de groupe. Tout au plus peut-on observer quelques traits majoritaires chez les personnes qui ont renvoyé le questionnaire. Exemple, le poids de la tradition familiale en tant que premier chemin vers la transcendance. Autre exemple, l'assurance que les personnes affirment sur la solidité de leur foi. Une seule personne admet la possibilité de la perdre.

Lors de la réunion du GRO le 13 février, consacrée à un premier rapport sur le questionnaire, une discussion s'est engagée sur ce dernier point. Il en est ressorti la difficulté de répondre sur le déclin de la foi, et plus encore sur sa perte. Faut-il croire avec Mauriac (son Bloc-notes 1965-1966) qu'une foi qui nous quitte est une foi qui n'a jamais existé, ou, inversement, qu'une foi réputée disparue continue d'exister " comme le Rhône invisible traversant le Léman " dit le romancier ? Mauriac esquive la question, et c'est le signe de sa difficulté.

Ce qui apparaît à travers le débat, c'est la quasi impossibilité, quand on a la foi, de se projeter dans une situation où on ne l'a pas, tout comme de se penser en dehors de son être ou de son identité. "Je" n'est plus un autre, il est néant. La seule approche de la question peut venir de l'Ecriture à travers l'épreuve de deux hommes : " Qu'aurions-nous fait à la place de Job ? Serons-nous demain plus fidèles au Christ que Pierre le Vendredi Saint ? ". Alors la réponse peut être celle de la conscience de sa nature pécheresse et de l'humilité.

Ce genre d'interpellation montre le bénéfice d'un tel questionnaire, dont les participants ont tenu à souligner, étant donné son caractère d'intimité, qu'il ne pouvait se concevoir que dans le cadre d'un groupe comme le GRO où règnent la confiance, le respect et l'amitié.

Louis-Albert ZBINDEN


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