De la Conversion

Saül-Paul sur le chemin de Damas

Parmi les textes qui relatent une conversion, l'un des plus forts reste celui de Saül-Paul sur le chemin de Damas.

Dans un contexte religieux, la conversion est retournement vers Dieu ; ainsi, malgré son aveuglement, Paul entend-il Dieu qui va l'arracher à sa rigidité. Cependant cette conversion revêt aussi la dimension d'une véritable métamorphose psychique, d'un retournement de l'être. Cette transformation psychique nous est rapportée dans les Actes des Apôtres, étape par étape, pour culminer dans le baptême de Paul, au terme d'un cheminement intérieur. C'est cette métamorphose là que nous suivrons point par point. Elle est porteuse d'un espoir tel que même le plus endurci, le théologien, le dogmatique peut changer radicalement et s'ouvrir à la vie - Jésus est le chemin et la Vie.

1 - L'idée fixe ou la persistance dans le Mal, ou l'erreur

Au début du Chapitre 9, nous retrouvons Saül tout empli de la haine contre les Chrétiens qui découle de l'enseignement orthodoxe juif qu'il a reçu et professe. Mais Saül est avant tout un homme lourd de ses structures, de ses a priori et de ses certitudes. Cela limite sa pensée, l'empêche d'accéder à une ouverture d'esprit et le raidit dans ses positons. Ce Saül est un dogmatique, le meilleur, et c'est pour cette raison qu'il est lancé à la poursuite des Chrétiens. Dans un tel homme, le doute n'a pas sa place, seule prédomine la certitude d'avoir raison.

Ainsi ne sommes-nous pas nous mêmes - acteurs de la vie quotidienne - pétris de nos pseudo certitudes ? Ces pseudo certitudes, souvent héritées de l'enfance et de l'éducation, induisent une lecture du monde rigide, implacable et totalisante qui nous empêche d'accéder à une ouverture sur ce qui nous entoure. Pourtant, sur la voie toute droite qu'il semblait suivre, l'homme qui écoute son cœur et se laisse prendre par quelque chose qui le dépasse, par un questionnement, peut-il s'ouvrir à autre chose quel que soit son degré de certitude - voire de fermeture à l'altérité.

2 - L'appel ou la mise en question

Sur le chemin de Damas, Säul dont le nom signifie textuellement " le questionné " se laisse interroger, remettre en question par la voix de ce qui le dépasse, de ce sur quoi il n'a pas prise, de l'inconnu :

" Soudain, une lumière venue du ciel l'enveloppa de son éclat. Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : Saül, Saül, pourquoi me persécuter ? "
" Qui es-tu Seigneur ? "
(Actes 9, 3-5).

La Bible étant un texte théologique, Saül se trouve confronté à l'altérité radicale de l'interrogation divine. Plus encore, il s'agit d'un questionnement qui nous met en communication directe avec ce qui nous dépasse et nous précède, Dieu. Mais il s'agit également d'entrevoir une altérité qui nous saisit et nous remet radicalement en cause. En la personne de Saül, elle va jusqu'à remettre en cause l'homme le plus rigide et le plus ancré dans sa doctrine.

Ainsi, l'homme n'est pas la fin ultime des choses. Il existe en lui une possibilité de remise en question radicale, d'ouverture à une altérité capable de provoquer un choc et de briser, au plus intime de son être, le carcan des certitudes.

3 - La perplexité et la solitude

Mais pour celui qui entend cette interpellation majeure, les choses ne sont pas aisées. C'est en effet aveugle que Säul finira son chemin jusqu'à Damas. Le fait peut être compris en deux mouvements :

4 - La main tendue ou Ananias

Dans les versets suivants, nous trouvons le personnage d'Ananias que le Seigneur appelle. Surmontant la peur que lui inspire Saül, homme résistant et plein de détermination, il accepte de lui imposer les mains et lui permet par ce geste d'aller jusqu'au terme de sa transformation.

Du personnage d'Ananias, retenons seulement qu'il constitue une aide extérieure, une main tendue qui va redonner la vue. Une main tendue puisque l'imposition des mains est précisément tendre ses mains vers la tête, siège traditionnel de l'esprit.

L'homme empli de ses propres certitudes ne souffre pas l'aide extérieure. L'histoire de Saül nous donne ainsi une leçon de modestie et de partage d'une condition humaine où alternent la faiblesse et la force. Revenu de ses certitudes (les écailles lui tombent des yeux), modeste (il a accepté la main tendue pour sortir de son aveuglement), il peut enfin recevoir le baptême, acte qui couronne la conver-sion intérieure. La conversion est donc une transformation psychique, marquée dans sa phase ultime par des signes rituels extérieurs.

Plus encore, ce texte est aussi porteur d'espoir, celui que le Mal, ou aveuglement, a ses limites au-delà desquelles il nous faut changer radicalement. Espoir que la bonté est inépuisable tandis que le Mal finit par " ployer le genoux " comme Saül qui tombe au sol sur le chemin de Damas pour se relever homme convalescent, mais homme changé jusque dans sa racine. Cet homme qui trouva ses limites dans le Mal, dans la chasse aux Chrétiens, mais dont la Bonté - la conviction que tout homme peut s'éveiller au Bien - sera inépuisable.

La Bonté souffre tout, elle se trouve dans la patience, dans la foi et l'amour, dans la croyance que la racine du Bien existe en chaque homme, que ce changement n'est pas réservé à une élite, au petit nombre - des Hébreux lors de l'élection - mais concerne tout homme. Chacun peut ainsi laisser s'insinuer en lui l'interrogation divine.

C'est ainsi que nous comprenons les prêches de Paul, non destinés à convaincre mais à ouvrir ses contemporains, car s'il a pu vivre cette ouverture, lui si fermé, si dogmatique, c'est bien qu'elle est accessible à tous.

Pour lui, le Bien dépasse le Mal en patience et en quantité il est inépuisable.

Elonie ARON-BAÏEV


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