Gérard Roussel,humaniste
et évêque d'Oloron

Cathédrale d'Oloron

Gérard Roussel, évêque d'Oloron un humaniste du 16ème siècle.
de Pierre Berneteix, éditions PYREMONDE, 2009

Gérard Roussel est un personnage attachant, un humaniste et un des membres les plus éminents du mouvement des novateurs religieux de la Renaissance française. Il naît à la fin du 15e siècle, à Vaquerie, près d’Amiens. Il entre dans les ordres et devient titulaire de la cure de Busancy, dans le diocèse de Reims.
Pieux, d’un caractère doux et timide, il est avide de connaissances et va à Paris, pour parfaire ses études, au collège Cardinal Lemoine. Là, il devient l’élève de Jacques Lefèvre d’Étaples, fameux humaniste. Ce dernier réunit quelques élèves, parmi lesquels Gérard Roussel, à l’abbaye Saint Germain des Prés, dont l’abbé est Guillaume Briçonnet, un mystique souhaitant réformer l’Église de France. Le cercle d’érudits ainsi formé, étudie la Bible dans son texte original et compare son contenu avec les dogmes de l’Église catholique.

Guillaume Briçonnet, nommé évêque de Meaux, fait venir dans son diocèse Gérard Roussel, Lefèvre d’Étaples et d’autres membres de cercle de l’abbaye Saint Germain des Prés, constituant ce que l’on a appelé le cénacle de Meaux. Ce cénacle exprime des idées novatrices, telles que le droit pour chacun d’avoir accès à l’Écriture, la justification par la foi et non par les œuvres. Ces idées sont condamnées par la faculté de théologie de la Sorbonne.

Or, en 1526, le roi François 1er, jusque là protecteur des novateurs religieux, grâce en particulier à l’influence de sa sœur Marguerite, est emprisonné à Madrid après le désastre de Pavie et la régence est exercée par le mère du Roi, Louise de Savoie, laquelle voulant être agréable au Pape établit l’Inquisition en France. Celle-ci décide d’emprisonner un certain nombre de membres du cénacle de Meaux, dont Gérard Roussel et Jacques Lefèvre d’Étaples, qui s’enfuient et vont se réfugier à Strasbourg, ville d’Empire ayant réservé un accueil favorable aux idées de la Réforme.
À Strasbourg, Gérard Roussel est en contact avec d’éminentes personnalités de la Réforme luthérienne. Il admire la foi du peuple et l’organisation sociale de la ville. Cependant Gérard Roussel ne se convertit pas au Protestantisme et reste catholique car il est persuadé que c’est de l’intérieur même du catholicisme que doit venir la réforme dont celui-ci a grand besoin.
Gérard Roussel et Lefèvre d’Étaples sont rappelés avec honneur en France, dès que le Roi rentre de captivité.
Gérard Roussel devient prédicateur de la sœur du Roi, Marguerite, laquelle, veuve du duc d’Alençon, épouse Henri d’Albret, roi de Navarre.
En 1533, Roussel prêche le carême au Louvre où, devant une grande foule, il développe les idées des novateurs religieux, qui sont favorablement reçues par l’auditoire. À la demande de la Sorbonne, Gérard Roussel est emprisonné, puis libéré, grâce à l’intervention de la reine de Navarre.
Gérard Roussel accompagne Marguerite dans ses terres, à Nérac et à Pau où elle tient une cour raffinée. Grâce à la reine de Navarre, Gérard Roussel est nommé, d’abord abbé de Clairac, puis évêque d’Oloron.

Le nouvel évêque d’Oloron apprécie beaucoup la vie en Béarn. Admirant la beauté des montagnes pyrénéennes, il se plonge dans la méditation mystique. Vivant dans l’austérité, il secourt les pauvres à l’aide des ressources limitées que lui donne son évêché. Il se consacre principalement à la prédication et à l’instruction de la jeunesse.
Pour aider ses prêtres, Gérard Roussel rédige un ouvrage intitulé : « Familière exposition des symboles de la foi et de l’ordre moral ». Ce texte est mis sur la liste des livres interdits par la Sorbonne. Roussel rédige également un ouvrage intitulé « Forme de visite de diocèse », qui est un guide pour les visites qu’un évêque doit faire dans les paroisses de son diocèse.

Gérard Roussel meurt en 1555, estimé et respecté par tous. Il fait partie de ces hommes de bonne volonté qui ont voulu réunir catholiques et protestants en apportant au catholicisme les réformes qu’ils jugeaient nécessaires, mais qui ont été qualifiés d’hérétiques par les catholiques et de tièdes et d’inconstants par les protestants. S’ils avaient été davantage écoutés, sans nul doute bien des horreurs des guerres de religion auraient pu être épargnées.
On peut affirmer qu’un homme comme Gérard Roussel, par sa foi humble et confiante, par sa pensée lumineuse et par sa vie exemplaire, a enrichi l’humanité.

Pierre BERNETEIX


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