Amitié judéo-chrétienne : Hommage


En hommage à notre ancien pasteur Michel LEPLAY qui vient d'être décoré par l'Amitié judéo-Chrétienne de France, un honneur qu'il a décliné jusqu'à ce qu'on lui dise qu'en sa personne, c'était le Protestantisme qui serait honoré.

Isaïe 52,13 - 53,12

Voici donc un homme sans apparence, méprisé et rejeté par tous ; écrasé, humilié, maltraité, injurié, injustement condamné ; tel un agneau qu'on mène à l'abattoir, il n'ouvre pas la bouche, et l'on croit que Dieu l'a abandonné. « Or Dieu a résolu de le briser, de l'accabler de douleurs, voulant que s'il s'offrait lui-même en sacrifice expiatoire, il vît une postérité destinée à vivre de longs jours, et que l'ouvre de l'Eternel prospérât dans sa main. ».

Voilà un bref extrait du chapitre 53, mais en le lisant in extenso, on n'y trouve pas un seul mot qui ne puisse s'appliquer à la Passion du Christ, à la Résurrection, à l'essor du Christianisme ; c'est à juste titre qu'on a appelé ce Texte : « le cinquième Evangile » car il aurait très bien pu être écrit dans la foulée des quatre autres.

Et pourtant Isaïe est prophète et non devin. Le devin prédit que tel individu arrivant sur la terre, tuera son père et épousera sa mère ; et malgré toutes les précautions que l'on prendra pour déjouer le sort, la prédiction se réalisera ; les dieux eux-mêmes n'y pourront rien changer. Dans la Bible, il n'y a pas de fatalité, seul Dieu est prévisible, et la vision du prophète procède de la connaissance de Dieu.

Par conséquent, Isaïe annonce la venue du Messie parce que le peuple d'Israël est dévoyé et divisé « comme des brebis errantes », mais s'il peut définir l'Envoyé, prévoir le ressentiment des hommes à son égard et la réaction divine, l'identité de cet Envoyé lui est inconnue, tout autant que le jour où il viendra. .de fait, cinq cents ans plus tard ; alors comment expliquer la précision et la vérité historique de ce chapitre ?

C'est que si Isaïe n'a pas lu les Evangiles, Jésus a bien lu Isaïe..entre autres ; en parcourant toutes les prophéties messianiques de l'Ancien Testament telles qu'on les trouve chez Isaïe, Jérémie, Amos, Michée, Zacharie, les Psaumes, et Daniel, force est de constater que notre Christ est littéralement coulé dans les prophéties qui le concernent, pour la bonne raison qu'ayant répondu à l'appel divin, il S'est coulé dans le personnage décrit par les prophètes dont il avait la conviction qu'ils étaient inspirés par Dieu. Ainsi dit-il sur la Croix : « Tout est accompli ». Disons au passage que s'il est agréable d'être le successeur du roi David et l'Emmanuel (Dieu avec nous), on comprend que personne avant Jésus (ni après) n'ait été candidat au martyre décrit dans le chapitre 53 d'Isaïe.

Mais comment les Juifs lisent-ils ce Texte ? Pour eux, « le serviteur souffrant » est le peuple d'Israël, à la différence près que ce peuple n'a jamais été volontaire pour porter tous les péchés du Monde et que le Christ en souffre autant qu'eux. « L'antisémitisme est le soufflet le plus horrible que Notre-Seigneur ait reçu dans sa passion qui dure toujours ; c'est le plus sanglant et le plus impardonnable, parce qu'il le reçoit sur la joue de sa mère, et de la main des Chrétiens » (Léon Bloy, écrivain catholique issu du Judaïsme).

Sacrifice volontaire mis à part, le mépris, la persécution, l'infamie, l'injustice dont parle le prophète, ont été le lot multiséculaire du peuple juif, et notre lecture chrétienne n'exclut nullement l'interprétation juive.car l'Histoire a confirmé le triomphe posthume qu'Isaïe accorde à son personnage.

Voilà qui défie toutes les statistiques : que le bref ministère du Christ qui se termine par une mort infâmante (celui qui est pendu au bois est maudit par Dieu, Dt.21) soit le prélude à une Civilisation aujourd'hui vieille de deux mille ans, est un exemple unique dans l'Histoire de l'Humanité. Et que le peuple juif ait survécu, et combien glorieusement, aux persécutions répétitives et à l'extermination totale programmée, est un autre miracle.

Il faut croire que Vox populi n'est pas Vox Dei. Si les hommes font et défont l'Histoire, c'est Dieu qui la conduit.en tenant ses promesses envers ceux qu'il a élus, que ce soit un individu ou un peuple. Nous nous plaignons beaucoup de Ses silences, mais Il choisit de laisser parler l'homme, avant d'avoir de toute Eternité, le dernier mot ; et le Monde irait mieux si le dernier mot de Dieu était pour nous le premier.

Jeanne CHAILLET, bibliste


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