Voici que des mages
venus d’Orient
arrivèrent à Jérusalem…

Adoration des mages
Giotto di Bondone,
"Adoration des mages" (1301-1305),

fresque de la chapelle Scrovegni à Padoue.

… et voici que l’astre qu’ils avaient vu en Orient avançait devant eux… entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère, et se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe…

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en écrivant son texte, Matthieu n’a aucun sens des réalités. En Judée et Galilée, on sort de la révolte juive qui se termine, dans un bain de sang, par le pillage et la destruction du temple. Les chrétiens sont des juifs ; qu’ils soient pacifiques ou guerriers, peu importe, les soldats romains rayent des villages de la carte, frappent, violent, tuent ou déportent sans discernement. De l’autre côté de la Méditerranée, l’empereur Néron ayant accusé les chrétiens de l’incendie de Rome, ceux-ci sont livrés aux lions, terrorisés et voués à la clandestinité. Les chrétiens suivent la doctrine d’un inconnu et finissent comme lui misérablement sous les quolibets de la foule.

Tels sont les faits. Mais Matthieu n’est pas journaliste, il est prophète d’Israël. Inspiré par la parole de Celui qui conduit l’Histoire par des voies impénétrables pour le commun des mortels, il sait que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par ses prédécesseurs : l’Étoile de Jacob, le sceptre d’Israël (Nb. 24, 16,17). Il a lu le psaume 72, et Isaïe 53 et 60. Ses mages traversent le désert sans savoir où ils vont, en suivant aveuglément l’étoile, comme les hébreux suivaient jadis la colonne de feu en marchant vers une terre inconnue mais promise.

Peut-être Matthieu pense-t-il aussi au prodige ordonné par Dieu à Moïse : lorsque le bâton d’Aaron se transforme en serpent, le pharaon convoque ses sages et ses magiciens qui en font tout autant, sinon que le serpent des ambassadeurs divins engloutit tous les autres… n’est-ce pas là toute la sagesse religieuse et profane de la superbe Égypte qui est vaincue par la foi ? Repartons maintenant pour Bethléhem, petite bourgade de l’immense empire romain. Les mages venus d’Orient pratiquent la divination, la magie et l’astrologie, toutes sciences qui inspirent la crainte et le respect universels, mais que la Bible condamne vigoureusement (jusque dans le N.T. cf. Ac.8,9 et 13,8).

Et les voilà, ces hauts dignitaires, souvent prêtres et parfois rois, prosternés face contre terre, comme l’indique le mot grec : proskynesis, dans un hommage réservé aux rois et aux dieux. Leurs présents le signifient clairement : l’or pour le Roi, l’encens pour le Dieu… et la myrrhe pour le sauveur. Dans la tête baissée des mages, c’est toute l’intelligence des hommes qui s’incline devant l’Esprit. C’est le vieux monde païen qui meurt. Ce sont nos prétentions scientifiques qui sont réduites à néant…

En fin de compte, notre évangéliste qui semblait si présomptueux à ceux de ses contemporains qui croyaient tenir le monde en leur pouvoir, a été bien modeste… Ce ne sont pas trois petits mages venus de l’Orient, mais des centaines de rois venus des quatre coins de l’univers, qui se prosternent devant le Christ depuis plus de mille ans. Comme quoi, pour connaître le plan de Dieu pour l’humanité, il vaut mieux lire les Textes qu’écouter les nouvelles. Car ce que nous croyons ou ne croyons pas, nous autres scientifiques et historiens, a toujours beaucoup moins d’importance que ce que croyaient les auteurs d’un Livre qui a fondé deux mille ans de civilisation… Alors, relisons encore et toujours l’Adoration des mages de Matthieu, et jusqu’au bout… « Divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin »… Oui, ils sont venus avec Matthieu par le chemin de l’Espérance, et ils sont en route avec lui pour l’Éternité.


Mithra

Et Mithra ?

En marge de la religion officielle de Rome, les persécuteurs des chrétiens, empereur en tête, sont fort attirés par les religions à mystères, et notamment par le culte de Mithra…Vu d’un peu loin, ce culte présente quelques similitudes avec le christianisme : repas sacré, imposition des mains, communion et confirmation… Mithra est celui qui a été, qui est et qui sera ; il protège ses adeptes et les conduit au ciel. Il est le sauveur du monde, toutes choses qui font de lui, en cette fin de siècle, le principal concurrent du Christ.

Inspiré du zoroastrisme perse qui croit à la transcendance divine et au triomphe de la justice, le culte de Mithra reste néanmoins un culte solaire qui inclut la violence dans ses rites secrets d’initiation, en vertu de quoi il est particulièrement populaire parmi les soldats romains qui le diffusent tout autour de la Méditerranée.

Dans la mesure où selon la tradition grecque, Zoroastre est le prince des mages, il se pourrait bien que notre visionnaire annonce aussi la reddition de Mithra devant le Christ. De fait, ce culte décline rapidement à partir de l’édit de tolérance de Constantin en faveur des chrétiens (313), bien avant que le christianisme ne devienne religion d’état.

Jeanne CHAILLET


retour