Marie : point de vue protestant

J'appartiens à une confession pour laquelle Marie ne joue pas un rôle déterminant. Face à une piété mariale, je ne peux donc que regarder de « l'extérieur », écouter et essayer de comprendre. Oui pour moi, pasteur de l'Église réformée, le 15 août est un jour férié et chômé. Je le dis sans ironie, mais au contraire avec un grand respect pour celles et ceux qui, ce jour-là, prient dans les églises. Certes la piété populaire m'étonne toujours un peu mais je me dis que chaque religion a son vécu, ses coutumes, ses expressions personnelles, ses traditions. Bref, un vécu qui n'est pas le mien.

La vierge à l'enfant
La vierge à l'enfant

C'est le professeur Hans Ch. ASKANI de la faculté de théologie protestante de Genève qui fait remarquer que lorsqu'on entend un orthodoxe prononcer le nom Theotokos (la mère de Dieu), un protestant s'aperçoit qu'il ne pourra jamais le prononcer avec la même chaleur du cour, avec la même vénération. Le protestant voit là s'ouvrir tout un monde de foi, de spiritualité, auquel il n'a pas vraiment accès.

Dans un autre ordre d'idées, c'est un peu la même chose pour un catholique qui découvrirait le culte de l'assemblée du Désert le premier dimanche de septembre à Mialet dans les Cévennes. Pour quelqu'un qui n'est pas de culture réformée, ce rassemblement est étrange : on y chante en plein air les psaumes comme au 16e siècle, la liturgie est sobre, presque austère. On évoque dans la prédication les ancêtres morts sur les galères du roi.

Mais quand même, pourquoi Marie n'habite-t-elle pas la piété protestante ? N'aurions-nous pas « jeté Marie avec l'eau du bain ? » s'interroge le pasteur Gill DAUDÉ. Pourquoi sommes-nous si peu à l'aise en écoutant les prières pourtant ferventes adressées à la Vierge Marie ? Peut-être le protestant se demande-t-il si elles ne risquent pas d'occulter le fait que dans les textes du Nouveau Testament, la prière s'adresse toujours à Dieu le Père.
Peut-être considère-t-il la doctrine mariale comme incompatible avec la justification par la grâce au moyen de la foi. Peut-être aussi pense-t-il qu'elle porte atteinte à l'unique médiation du Christ dans le salut, qu'elle est un « obstacle » entre Dieu et le fidèle dans le choc qu'est la foi. Sans doute y a-t-il de tout cela. Mais est-ce vraiment une différence séparatrice ?

Le travail de ces dernières années du groupe des Dombes répond « non » à cette question. Mais le protestant regrettera toujours depuis le 19e siècle l'expansion des statues de la Vierge sans enfant. Symboliquement, parce qu'elles ne correspondent pas à l'iconographie chrétienne traditionnelle. Théologiquement, parce que Marie, aux yeux de certains fidèles, risque de prendre un statut indépendant et incompatible avec les textes bibliques.

Je conclurai avec ces mots du pasteur FLEMING-JANSEN du groupe des Dombes : la noble tâche de l'Église catholique est de réapprendre aux protestants à méditer sur la destinée de Marie, mais inversement, le souci protestant de se concentrer sur le fondamental chrétien s'inscrit dans le ministère de vigilance dont l'Église catholique peut aussi être bénéficiaire.

pasteur Christian BARBÉRY


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