Quelques mots sur Marie

Ces quelques lignes me sont demandées par le pasteur BARBÉRY. Belle audace que de demander à un prêtre catholique de parler de la Vierge Marie dans le journal d'une paroisse réformée. Car le passé reste présent. Certaines incompréhensions n'ont pas disparu malgré les travaux sérieux effectués par de nombreux érudits, en particulier encore récemment par le groupe des Dombes, au sujet de la Vierge Marie.

Que mes frères réformés me pardonnent par avance, si je heurte certains, qu'ils sachent que c'est bien involontairement. Oui, qu'ils me pardonnent par avance et du coup lisent avec bienveillance ce qui va suivre. Les catholiques ont un vrai amour pour Marie et, il est vrai, l'amour fait parfois faire et dire des folies. Mais il serait bien plus fou de renoncer à aimer Marie, par peur de ces folies possibles. À nous de veiller à donner à Marie toute la place qu'elle a selon le dessein de Dieu, sans lui attribuer ce qui revient à Dieu seul. Car non, Marie, pour les catholiques, ne « prend pas la place de Dieu ».

Elle est tout entière et pleinement l'une d'entre nous. Choisie « entre les femmes », de toute éternité, pour nous donner le Fils Unique. Parce qu'elle nous est si proche dans sa simplicité et sa singularité même, ses choix et son chemin nous sont un modèle accessible. Tout commence par sa foi, sa confiance malgré les questions non résolues : « que tout se passe en moi, selon ta parole ». Fiat originel, originant une nouvelle création. Sur son chemin, à plusieurs reprises, elle devra faire confiance sans tout comprendre mais « en gardant ces choses dans son cour ». Cela ne trouve-t-il pas un échos en chacune de nos vies ?

Parce qu'elle nous est si proche, sa prière nous est un modèle. Son « Magnificat », résumé de toute la prière d'Israël est bien aussi une prière personnelle : « Le puissant fit pour moi des merveilles, (.) Désormais tous les âges me diront bienheureuse ». En rendant grâce à Dieu pour ce qu'Il a accompli en Marie, l'Église ne fait ainsi que suivre l'invitation scripturaire.

Modèle de prière d'intercession. À Cana, au jour du mariage inaugural, c'est elle qui présente à Jésus le besoin du couple: « ils n'ont pas de vin ». Elle dit le besoin, le manque. Elle ne dit pas à Jésus ce qu'il doit faire. Bel exemple d'intercession discrète et efficace.

Marie et Jean au pied de la croix
Marie et Jean au pied de la croix

Au pied de la croix elle se tient debout « Stabat Mater ». C'est ainsi qu'elle aide son enfant : en restant debout, pour ne pas ajouter aux souffrances qu'il endure déjà, celle de voir sa mère effondrée de douleur. Elle reste debout, au bord de l'abîme, ferme dans la foi. Au calvaire elle nous apprend la compassion véritable.

Et c'est là qu'elle nous est donnée pour mère. Nous sommes invités à entendre comme nous étant adressés ces mots remis au disciple bien aimé : « voici ta Mère ». Et nous pouvons du coup, comme lui, « prendre Marie chez nous ». Quelle mère ne se soucie pas de son enfant ? Si Marie est notre mère, elle a soucis de nous. La dévotion mariale est enracinée dans cette certitude. Marie ne prend la place ni de son Fils, ni du Père éternel. Elle nous conduit à eux et affermit nos pas par sa présence aimante.

Dans son credo, l'Église entière dit croire en la « communion des saints », cette solidarité de tous les baptisés, vivants et morts, en route ensemble vers la maison du Père et s'aidant mutuellement par la charité en acte, dont la première forme est la prière les uns pour les autres. Il serait bien étonnant que Marie fut la seule à ne pas prier pour nous.

Quand les catholiques prient la Vierge Marie, ils ne la prient pas elle, mais ils lui demandent de « prier pour eux pauvres pécheurs ». Marie intercède pour nous comme elle le fit à Cana et elle ne cesse de nous dire, comme à Cana aux serviteurs : « faites tout ce qu'il vous dira ».

Ainsi, Marie notre sour en humanité nous encourage par son exemple ; notre mère par grâce nous soutient par sa prière. Une chose est certaine, comme toute mère souffre de voir ses enfants se déchirer, Marie souffre de voir les frères et sours de son Fils Unique se diviser, surtout quand c'est à son sujet.

père DELORT-LAVAL, curé de l'église Saint-François de Molitor


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