" Saint Média "
prions pour vous

On l’aura remarqué, il ne se passe pas de mois, voire de semaine, sans que la presse salue des billevesées baptisées : mystère, code, secret ou révélation, en proclamant en guise de préambule : " le monde des chercheurs va être bouleversé " ou : " la chrétienté va être déstabilisée ", ce qui n’arrive jamais, mais qui entretient un climat détestable. Toutes ces productions ont en commun, outre la minceur des arguments et la propension à exploiter les petites faiblesses humaines telles que l’ignorance ou le goût du scandale, un fondement totalement absurde :

Le Da Vinci code : comment imaginer que des enfants illégitimes de Jésus aient pu échapper à l’attention de ses détracteurs ? Il faut vraiment ne rien savoir du Judaïsme contemporain du Christ pour croire que ce fait était moins grave que de cueillir des épis de blé le jour du Shabbat !... Et si les enfants étaient légitimes, pourquoi les aurait-on cachés ? Le Judaïsme encourageait le mariage et la procréation, y compris chez le Messie.

Les grandes découvertes scientifiques :
St-Média nous a, par exemple, vanté les révélations d’un neurologue israélien qui nous explique que la défaite de Goliath était due au gigantisme, maladie qui implique une grande faiblesse physique : il a considéré comme véridique ( ? ) la taille de Goliath, mais ignoré le poids de son harnachement qui suppose une force herculéenne ; il ne sait pas non plus que les frondes du Proche-Orient sont des bandes de cuir que l’on fait tournoyer, ce qui assure au projectile une vitesse phénoménale et permet d’abattre un oiseau en plein vol, exploit que les gamins syriens accomplissent encore aujourd’hui.…Et bien entendu, notre neurologue ignore complètement l’essentiel du récit, à savoir que de siècle en siècle, c’est le courage dans la Foi qui permet à David de vaincre Goliath. Ne l’a-t-il donc jamais vu ?

Le filon égyptomaniaque (largement exploité) : Abraham, Moïse ou d’autres seraient en réalité quelque pharaon ou vizir égyptien (de préférence meurtrier, incestueux et pédophile avec la bénédiction du dieu local) …Or il y a deux formes d’exégèse de la Bible : la théologie et l’analyse historico-critique des Textes (histoire de la rédaction) : la première nous montre qu’il n’y a rien de commun entre la Révélation biblique et la mythologie égyptienne ; quant à la seconde, dans la mesure où la rédaction finale du Pentateuque se situe à la fin de l’Exil à Babylone, elle nous conduit à dire que, si la théologie biblique est révolutionnaire, son arrière-plan culturel n’est pas non plus égyptien, mais cananéen et mésopotamien…c’est facile à vérifier : pour ne citer qu’un seul exemple, l’histoire de Moïse sauvé des eaux est calquée sur la naissance légendaire de Sargon II, fondateur d’Akkad (basse-Mésopotamie).

Autre aubaine pour St-Média : les manuscrits de la mer morte, dont la traduction n’est pas encore terminée…il n’en faut pas davantage pour accuser le Vatican d’ourdir de sombres complots : la publication des manuscrits n’entraînerait-elle pas la fin du Christianisme ? Le père Puech, mondialement connu pour ses travaux (dix à douze heures par jour, sur des fragments qui font le quart d’un ongle), a voulu s’expliquer dans une émission intitulée : " les mystères des manuscrits " ; il m’a raconté qu’il s’était " farci " les journalistes pendant quatre jours, pour finalement voir cisailler ses propos ( qui sont ceux d’un chercheur du C.N.R.S. ) au profit de péroraisons de journalistes illettrés ; scandalisé, il a décidé de décliner toute proposition ultérieure... Suite et fin de l’émission : nouvelles attaques contre le Vatican puis un journaliste devant une porte fermée : " nous avons voulu demander aux pères de l’Ecole biblique de Jérusalem ce qu’ils en pensaient, ils ont refusé de nous recevoir ". C’est dire que contre St-Média on ne gagne jamais, et d’autant moins que lorsqu’un des manuscrits suspects parait enfin, personne ne le lit, hormis quelques chercheurs. Ajoutons que tous les textes de Qumran ont été microfilmés et déposés dans quatre universités : bienvenue à ceux qui sont capables de les lire.

Il y a donc, au-delà de l’inculture, une volonté délibérée de désinformation au profit de l’air du temps ; et le fonctionnement de toutes ces entreprises de démolition est très simple : il s’agit de se focaliser sur un détail parfaitement insignifiant et d’ignorer tout le reste, y compris le sens du Texte. Bilan : le triomphe de la matière sur l’esprit et, dans la chasse aux " bonnes idées ", l’arrêt de mort de la Pensée.

Dernier petit truc médiatique : l’exhumation de quelque antiquaille éculée…à l’affiche en ce moment, un écrit répertorié par Irénée (IIème siècle) dans son ouvrage sur les hérésies, et qui émane de la secte des Caïnites laquelle, comme son nom l’indique, glosait sur les criminels de l’Ancien Testament… et donc du Nouveau ; j’ai nommé : " l’évangile " de Judas… Son Jésus est pressé d’en finir mais curieusement, il n’arrive pas à retrouver l’esplanade du Temple où se réunit le Sanhedrin ; il ne peut donc pas aller se dénoncer tout seul et, chose plus rare encore, aucun de ses ennemis n’est prêt à le faire…c’est donc à l’un de ses meilleurs amis qu’il le demande. A le lire, on comprend assez bien pourquoi le dit évangile n’a pas été retenu parmi les Textes appelés à fonder une civilisation qui se tienne à peu près sur le plan intellectuel et moral.

Dans la mesure où on a répertorié plus de deux cents évangiles, il y a de l’avenir pour les, casseurs. Mais dira-t-on, qu’est-ce qui certifie l’historicité de nos quatre Evangiles par rapport aux autres ? Rien…au risque de se répéter, il faut rappeler que la Bible n’est pas un reportage ponctuel mais un Enseignement perpétuel. Est-ce à dire qu’il ne faut pas prendre les Textes à la lettre ? Bien au contraire, à condition de savoir ce que signifiaient pour les auteurs, les lettres… et les chiffres. Ainsi les apôtres sont au nombre de douze, chiffre qui représente l’universel car toute la terre est appelée par le Christ. Et de fait, nous pouvons à tout moment nous reconnaître parmi les douze, avec nos questions, nos incrédulités, nos faiblesses, nos peurs, nos doutes, nos besoins de preuves, nos découragements, nos torpeurs…et nos trahisons. La preuve de l’authenticité du Nouveau Testament, c’est que son Judas est bien réel ; et plût au ciel qu’il n’y en ait qu’un sur douze, et qu’il n’empoche jamais plus de trente deniers. Dans les médias qui se plaisent à saborder la Bible et la civilisation qu’elle a fondée, combien y a-t-il de Chrétiens, c’est-à-dire de baptisés, peut-être non pratiquants, mais qui veulent un mariage et des obsèques à l’église ? Et parmi nos responsables politiques, lesquels ont récemment refusé, et ce contre toute réalité historique, de signer un texte disant que l’Europe a des racines spirituelles communes, n’y avait-il pas une majorité de Chrétiens ?

Pour terminer sur une note plus gaie, Mgr. Di Falco, chargé par le Vatican d’aller voir le Da Vinci code, a déclaré qu’il avait éclaté de rire en voyant l’héroïne, descendante présumée de Jésus, tremper son pied dans un bassin pour voir si elle marcherait sur les eaux. Voici donc la dernière : la marche sur les eaux du Christ serait une performance sportive due à une anomalie physique congénitale et héréditaire…Disciples, s’abstenir.

Jeanne CHAILLET


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