Parole, parentalité, espérance
Quels repères pour les familles ?

Les 17, 18 et 19 novembre 2006, s’est tenu à Dourdan le synode régional de l’Eglise réformée - Région parisienne. Cette année, le thème était " Parole, parentalité, espérance ". Nous vous livrons ici les conclusions du travail des délégués.

1.3 Aujourd’hui, coexistent des compositions familiales multiples : " traditionnelles ", monoparentales, recomposées, adoptives : la question de la parentalité est posée à toutes. Nous nous sommes penchés sur les relations parents/enfants plus que sur le cadre juridique de la famille. Les évolutions de société ont modifié les relations au sein de la famille : on ne vit pas ensemble comme autrefois ; la parole ne circule pas de la même manière. Il est donc bon de se poser des questions sur nos paroles, sur nos responsabilités dans la circulation de la parole familiale, sur notre capacité à transmettre l’espérance.

1.4 Il s’agit pour nous de réfléchir sur ce thème " Parole, parentalité, espérance " en tant que croyants protestants, de repérer les implications de notre foi dans la vie quotidienne parentale ; et en tant qu’Église, de s’interroger sur notre mission auprès des familles et de cerner leurs attentes. Ce faisant nous nous inscrivons dans la suite du précédent thème synodal sur l’autorité de Jésus-Christ dans nos vies. Jésus qui justement est : La Parole !

" La Parole est devenue un homme et il a habité parmi nous " (Jean 1.14).

1.5 Dans un contexte de familles en mouvement, parfois déchirées, à la fois exigeantes et tolérantes, inventives et souvent désorientées, nous voulons poser une parole de bénédiction sur la famille. Bénir c’est " dire du bien " ; et nous croyons que nous pouvons dire du bien du rôle et des compétences des parents.

1.6 La famille est un lieu privilégié où peuvent s’apprendre:

Et il nous apparaît que ce sont là justement des notions centrales pour les chrétiens protestants que nous sommes. L’Évangile dit que Dieu est Amour et Parole. Il appelle chacun dans le respect et la liberté à grandir vers le meilleur de lui-même. Cette foi pourrait être source d’encouragement pour les parents et leur permettre un retour à cet essentiel pour renouveler leur discernement et leurs convictions éducatives.

2 / ATELIER 1 : Transmettre

2.1 Transmettre demande de l’énergie. Tout instant peut être temps de transmission. La parole n’a de poids qu’en cohérence sincère avec le vécu. Le témoignage se fait d’abord par la manière de vivre notre foi. Les parents sont ainsi confrontés à la question de donner l’exemple au quotidien.

2.2 Dans une société devenue très normative et formatée, les difficultés notamment scolaires, les handicaps, peuvent être vécus comme des échecs. Le rôle des parents est de montrer à l’enfant/au jeune les voies permettant de franchir les obstacles. Notre espérance chrétienne permet aux parents de s’appuyer sur Dieu dans les moments de crises, de doutes, pour s’adapter et aller de l’avant.

2.3 Les valeurs que nous souhaitons transmettre sont la liberté… y compris la liberté de penser, croire et agir différemment ; la laïcité ; la responsabilité et l’apprentissage de l’effort ; le respect de l’autre, la modestie, la gratuité, le service et l’hospitalité … La notion de confiance et d’alliance : c'est-à-dire une relation qui s’inscrit dans la durée parce que les différences sont respectées. Certains se défient d’une promotion systématique trop facilement consensuelle des " valeurs " qui ferait l’impasse sur la transmission de la foi. Plus que des valeurs, nous avons à transmettre en famille, dans le respect de la liberté, un désir de lire la Bible et par elle de rencontrer le Christ.

2.4 La famille est à la fois, le lieu de l’espoir, mais en même temps le lieu où l’on affronte la réalité. Elle est le lieu de l’éveil à la responsabilité. En même temps, elle devrait être un lieu de refuge, de réconfort quand la réalité est trop agressive.
La famille peut aussi être un lieu d’enfermement. Il faut parfois s’affranchir de parents étouffants pour exister : " Qui est ma mère, qui sont mes frères ? Si quelqu’un fait la volonté de Dieu, cette personne est mon frère, ma sœur, ma mère. " a dit Jésus. (Marc 3,35)
Pour autant, elle demeure un lieu de construction de la société qu’il faudrait plutôt renforcer que contester.

2.5 La famille est le lieu de la gratuité. Gratuité veut dire que chacun est considéré non en fonction de son utilité, mais en fonction de sa simple existence... chaque enfant a sa place. C’est réaffirmer l’amour inconditionnel, la grâce de Dieu.

2.6 Les personnes âgées ont un rôle spécifique : elles assurent la mémoire de la famille, dont chaque membre des deux branches est inscrit dans l’histoire. Les grands parents peuvent être pris en confidents. Ils sont souvent des témoins privilégiés de la foi. Pourtant l’éloignement géographique, les conflits et les divergences de vue rendent fragiles ces liens inter-générationnels. Trop de personnes âgées souffrent de solitude dans une société qui peine à reconnaître et respecter leur sagesse. Le Décalogue recommande : «Honore ton père et ta mère, …, afin que tes jours soient prolongés et que tu sois heureux sur la terre que l’Éternel ton Dieu, te donne.» (Deut.5/16). Et pourtant, il peut être lourd de porter au quotidien des parents très âgés devenus dépendants.

3/ ATELIER 2 : La famille, lieu de parole

3.1 La parole est créatrice, elle fait advenir du réel. Elle est l’outil indispensable de la relation. La parole ne peut pas tout, mais la parole fait beaucoup ! En tant que chrétiens, nous osons croire à l’énergie de la parole.
" Une langue qui apaise est un arbre de vie ; mais une langue perverse brise l’esprit " (Pv 15,4)

3.2 Quand l’enfant découvre l’usage de la parole, il fait un apprentissage déterminant. Il appartient en premier aux parents de mettre des mots sur les expériences de la vie, de donner une parole qui donne du sens à l’existence ; à l’adolescence quand les parents ne se sentent plus dans la capacité de transmettre un savoir, il leur reste la tâche de dire l’espérance, le goût de la vie, l’enthousiasme, la persévérance…

3.3 Aujourd’hui, la parole est beaucoup plus libre qu’il y a deux ou trois générations. Mais, paradoxalement, le temps manque pour une véritable écoute. Nous avons la chance de vivre dans une société de communication : d’Internet au portable, les moyens se multiplient ! Mais, concrètement, au foyer, les écrans captivent individuellement les membres de la famille. Si les parents ne réagissent pas, télévision, ordinateur et jeux vidéo enferment les enfants dans des mondes passionnants, mais virtuels… À l’adulte de créer le dialogue en s’intéressant aux nouvelles techniques, en cadrant l’utilisation, en invitant à la prise de distance émotionnelle. Pour que la parole ait le dernier mot sur la machine !

3.4 Un climat de confiance, de respect, d’écoute est la base du dialogue entre adultes ou au sein de la fratrie. Cela implique du temps et de la disponibilité. Mais il faut parfois savoir respecter la pudeur et l’intimité d’un enfant : la parole ne saurait être ni extorquée, ni imposée. Si nécessaire, on peut lui proposer de dialoguer avec un adulte extérieur à la famille (pasteur, catéchètes, parrain, marraine notamment). 3.5 La parole permet de reconnaître ses faiblesses, ses erreurs, de se savoir vulnérable et pourtant accepté. La famille est un lieu de promiscuité et de demandes affectives croisées qui engendrent tensions, jalousies, conflits et non-dits. Elle est ainsi un bon lieu d’apprentissage du travail de réconciliation. Avec l’appui de la foi, la parole peut permettre de renouer des liens parfois coupés : demande de pardon, et parole de pardon.

" Va d’abord te réconcilier avec ton frère… " (Matthieu 5,24).

3.6 Stress de la vie quotidienne, manque de temps, laissent peu de place à la convivialité. Pourtant, la tradition biblique nous rappelle que le repas est un lieu fort de partage et du vivre ensemble.

4/ ATELIER 3 : Amour et autorité : Comment faire grandir ?

4.1 Il y a plusieurs manières de dire " je t’aime " à son enfant ; être parent est un apprentissage.

4.2 Il semblerait que les parents aient aujourd’hui un problème avec l’autorité. Certains parlent de la démission de parents qui se déchargent sur l'école. D’autres affirment sans complexe la nécessité d’une autorité qui sait à la fois expliquer et imposer. Oser dire " non " protège et délimite un espace de liberté… Il s’agit d’accompagner l’enfant vers l’autonomie. Dans la tradition biblique, la règle a d’abord un statut positif, permettant la structuration individuelle et le " vivre ensemble ".

Deutéronome 5, Mat 22.36-40.

4.3 À la recherche d’une perfection perçue comme écrasante, beaucoup de parents expriment une culpabilité, en lien parfois avec le manque de stabilité du couple parental ou le manque de disponibilité… Mais aussi, résultat de l’écartèlement intérieur entre la volonté de laisser le jeune faire ses choix de vie librement (conjugaux, professionnels, spirituels…) et la déception de le voir s’éloigner des projets élaborés pour lui (vrai travail de deuil pour les parents).

" Tu quitteras ton père et ta mère… " (Gen. 2,24)

4.4 Même s’il n’y a pas de famille idéale ni de parents parfaits, la famille est le premier lieu où l’amour est attendu. Mais certains enfants vivent des situations cruelles de non-amour. À ceux qui portent en eux cette blessure, la parole d’espérance : " malgré tout, Dieu t’aime ! " peut être force de reconstruction (résurrection).

5/ ATELIER 4 : Quels rôles pour l’Eglise ?

5.1 Un soutien à la parentalité peut être donné, par des associations et des professionnels, aux parents qui se sentent en difficulté. Mais pour tous les parents, l’Eglise, dans la richesse de sa diversité (consciente qu’il existe d’autres modèles familiaux différents des traditions et des cultures européennes), a un rôle d’encouragement à jouer : approfondir la perception des valeurs bibliques de base, sans chercher à recadrer ou formater ; aider à mûrir une réflexion, à prendre du recul, oser des convictions…

5.2 Transmettre l’Évangile aux enfants est une responsabilité que l’Eglise et les parents se partagent. Mais, si les jeunes sentent une distance entre les parents et l’Église, comment feront-ils leur choix ? La transmission est difficile mais elle fait partie de la responsabilité du croyant : " Tu diras à tes fils… " (Deut. 6,7).

Pour transmettre sur le plan spirituel, chaque parent peut inventer son langage et ses moyens. Reste à surmonter l’indéracinable pudeur spirituelle assez caractéristique de nous autres réformés !

Il est observé que dans de nombreux cas, la transmission et le lien avec l’église sont assurés par un seul des parents.

5.3 Dans ces conditions, comment répartir la transmission entre la famille et l’Eglise locale ? L’influence familiale serait du ressort de l’attitude, de la façon d’être et de vivre, l’exemple, l’amour donné. La part de l’Eglise pourrait rester celle du rituel, de la prière communautaire, et de l’enseignement biblique…

Quelqu’un rappelle que dans les temps difficiles du protestantisme, la vie cultuelle était principalement familiale. Comment encourager les familles à vivre une spiritualité à la maison, à redécouvrir l’Église domestique ? Certaines familles ont leurs rituels (chants de table, lectures bibliques, culte familial, installation de la crèche…). Un site comme http://20mn.avecdieu.com peut être un nouvel outil.

La Bible est traditionnellement au cœur des foyers protestants, racontée, citée, lue, avec la liberté d’interprétation en lien avec le sacerdoce universel…

L’enfant, dans l’Église, n’est pas seulement " destinataire d’un enseignement " mais considéré comme véritable sujet de la communauté paroissiale. L’Église peut développer les relations intergénérationnelles par le biais des activités d’entraide, catéchèse, culte avec enfants, accueil des nouveaux paroissiens… notamment. Il lui appartient aussi de favoriser de nouvelles formes de témoignage, davantage adaptées à l’attente des jeunes.

5.4 Pour tous ceux qui sont seuls dans la vie, pour ceux qui ont leur famille au loin, ceux qui vivent un deuil, l’Église représente une famille dont ils attendent écoute, chaleur, fraternité : une vraie solidarité familiale. Il appartient à chaque communauté de ne pas décevoir cette attente.

5.5 Par peur de raviver des blessures personnelles, l’Église renonce trop souvent à aborder les questions concrètes de la vie familiale. Pourtant, les diverses familles présentées dans la Bible n’ont rien de classique ou rangé ; c’est une formidable espérance que Dieu se soit (quand même ou justement ?) servi d’elles pour se révéler !

En tout état de cause, l’unité de base de l’Église est la personne. Dans la communauté, chacun doit se sentir accueilli et avoir sa place, quelle que soit sa situation familiale.

Quelles que soient nos expériences familiales diverses, nos relations à nos parents et à nos enfants, notre notre Église a une parole d’espérance forte à donner : " Nous sommes tous enfants du Père ! "


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