Des mythes toujours actuels ?
Un regard nouveau sur certains mythes bibliques

Introduction du cycle 2012-2013, par Jean-Luc WOLFENDER

« Le mythe est la relation d'un événement qui n'a pas eu lieu,
à propos d'une chose qui existe depuis toujours.
 »

SALLUSTE

Paraphrasant Salluste, disons aujourd'hui que les mythes racontent une histoire sur le passé - un passé imaginaire, rempli de surnaturel - mais seulement pour dire quelque chose qui vaut pour notre présent ou même notre futur.

Les auteurs bibliques, comme bien d'autres (les auteurs grecs notamment) ont recouru au mythe ; ils l'ont utilisé pour raconter, dans ce qu'il a de plus essentiel, le destin du peuple hébreu et sa relation particulière avec le Dieu unique. Et comme, à l'instar de tous les peuples anciens, les Hébreux avaient une cosmogonie - empruntée d'ailleurs pour partie aux peuples environnants - c'est dans cette cosmogonie qu'ils ont trouvé les éléments de "langage", souvent mythiques, avec lesquels ils ont raconté leur histoire, cette histoire si particulière dont ils firent une extraordinaire épopée. Notre Bible s'ouvre ainsi par un double récit des origines : le premier, un hymne poétique à la Création, bref et majestueux ; le second, beaucoup plus long, mêle déjà le mythe, l'histoire et la préoccupation éthique.

Comment donc comprendre ces récits où abondent de tels éléments ? déjà, au XVIIe siècle, Spinoza avait osé en proposer une lecture historico-critique, prétention qui souleva une réprobation quasi universelle : toucher à un élément du Livre, c'était ébranler les fondements de la religion. Il était pourtant logique de distinguer, dans ces antiques récits, ce qui relevait d'un langage mythique et ce qui était véritablement essentiel au message biblique dans toute sa profondeur.

Que dire alors aujourd'hui ? les progrès de la science ont bouleversé notre compréhension de l'univers et montré, entre autres, que des milliards d'années ont été nécessaires pour faire notre monde tel qu'il est aujourd'hui : le cosmos, la terre et l'homme.

Le but de ce nouveau cycle de conférences est de mettre en lumière le sens profond, présent, existentiel, de certains récits bibliques dont la lettre nous paraît souvent n'être que pure légende. Et surtout de comprendre comment et pourquoi certains récits bibliques, dans lesquels la part du mythe est prédominante, ont pu marquer nos esprits à tel point qu'ils ont joué - et jouent encore - un rôle déterminant dans notre conception du monde et surtout de notre relation à Dieu. Par exemple, le jardin d'Éden et de la soi-disant "chute" de l'homme ; l'image de la femme tirée de la côte d'Adam, qui conduisit des siècles plus tard, en Europe, à la chasse aux sorcières ; la malédiction de Canaan, le petit-fils de Noé, personnage mythique s'il en est, qui justifia l'esclavage des africains. Quant à l'histoire de la Tour de Babel, elle nous montre - comme bien des mythes grecs - ce qu'est le péché d'hubris quand les hommes en viennent à se prendre pour Dieu.

Avant d'aborder ces quelques thèmes bibliques, une première conférence, appuyée sur le mythe grec de Pandore - et de sa boîte - situera pour nous le problème de la compréhension de tels récits : que sont-ils ? quelles peuvent être leurs significations ? Comment, bien souvent, leur sens est-il d'éclairer pour nous ce qu'est la condition humaine ?

Enfin notre cycle se terminera par une recherche de sens quant au mythe de la "Jérusalem céleste", relatif, dans son fond, aux fins dernières de l'humanité, qu'on essaiera de comprendre à la lumière des paroles du prophète Esaïe et du texte de l'Apocalypse johannique, notamment de ses derniers chapitres.

Jean-Luc Wolfender

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