Introduction sur
L'émergence de la nature humaine
Comment, de primate qu'il était,
l'homme est-il devenu
ce qu'il est aujourd'hui ?

Jean-Luc WOLFENDER

C'est dans la perspective de l'évolution que nous avons abordé ce sujet. On le sait maintenant, l'être humain résulte d'une très longue évolution du vivant. Nous limitant au stade le plus récent de cette évolution, nous avons cherché à éclairer le chemin suivi par l'homme depuis son état de primate. Comment l'homo est-il devenu sapiens, acquérant toutes les capacités dont il fait preuve aujourd'hui ?

La première étape de ce parcours semble biologique ou, pour mieux dire, génétique. L'homme est d'abord son ADN. Héritage qui le laisse proche des primates : à 98 %, son ADN est celui du chimpanzé ; tous les os de ce dernier sont aussi les nôtres. A partir de là, quelles transformations décisives ont ouvert la voie de l'évolution humaine ? Pour les comprendre il faut savoir que, comme tout être vivant, l'homme ne se réduit pas à son ADN. Son développement dépend aussi de son environnement et de la façon dont il s'y adapte. C'est le sujet de la première conférence.

Deuxième étape (et deuxième conférence) : évoluant, l'homme est devenu pleinement conscient de lui-même. Comment a-t-il acquis ces capacités de réflexion sur soi et sur ce qui l'entoure ? Pouvoir reconnaître un environnement déjà perçu, plus encore l'évoquer ensuite sans même s'y trouver, bref la mémoire ; et aussi concevoir ce qu'il n'a jamais perçu, autrement dit l'imagination ; tout cela, apparemment, a contribué à la capacité de dire « je », c'est-à-dire distinguer le soi du non-soi. Quels mécanismes cérébraux peuvent en rendre compte ?

Mais d'autres acquisitions ont aussi concouru à cette émergence de la conscience de soi. Notamment le langage parlé. Il permet avant tout de désigner tout ce que l'homme perçoit et découvre, les objets, mais aussi les êtres vivants et les autres hommes. Il met l'homme en face de l'autre. Multipliant et enrichissant la communication entre les individus, il rend possible l'essor des sociétés humaines. Enfin, par le langage, l'homme accède à la pensée symbolique selon laquelle un même mot ne désignera plus seulement quelque chose de concret mais aussi une réalité immatérielle et abstraite.

Or, à son tour, la pensée symbolique n'est-elle pas l'ouverture vers la spiritualité ? n'est-elle pas, face au mystère de l'existence et de la mort, le mode de pensée qui fit de l'homme un être religieux ? On peut d'ailleurs s'interroger sur la simultanéité possible, sinon même vraisemblable, de l'émergence tout à la fois de la conscience de soi, du langage et de l'ouverture à la spiritualité. Deux conférences, néanmoins, ont paru nécessaires, l'une sur l'acquisition du langage et l'autre sur l'homme comme être religieux.

Tout cela examiné, on peut alors se demander ce qui fait agir l'homo sapiens. Le développement de la modernité (tout récent à l'échelle de l'évolution humaine, quelques siècles seulement) peut donner l'illusion que la raison tend désormais à conduire les actions humaines. En réalité l'affectivité ne reste-t-elle pas toujours présente même derrière les décisions et les modes de pensée qui se veulent ou se prétendent rationnels ? Affectivité et rationalité dans les conduites humaines, tel sera donc le sujet de la cinquième conférence.

Enfin, une dernière conférence reprendra l'ensemble de la thématique d'un point de vue théologique. La tradition biblique met l'accent sur la Parole, offrant de ce fait une vision dynamique et relationnelle du divin, qui se donne à connaître comme parole incarnée. Cela implique que l'ensemble de l'expérience humaine est en jeu dans la question de Dieu. En même temps, cette expérience de parole et de présence est fixée dans des textes, paroles objectivées qui portent témoignage d'une histoire, d'évolutions et de ruptures, mais qui tendent aussi à être figées dans des lectures normatives. La sacralisation qui en résulte est un phénomène humain, qui a pour visée de canaliser la nature imprévisible de la divinité. Le Dieu de Jésus-Christ fait exploser cette catégorie du sacré, libérant du même coup l'être humain de tout déterminisme réducteur.


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