Introduction sur
Les exclus de la Bible
Ecrits intertestamentaires
et apocryphes

Jean-Luc WOLFENDER

Y aurait-il des vérités cachées au sein du christianisme ? Car lorsque fut fixé le canon biblique, certains textes n'ont pas été retenus. Précisément, ceux qu'on appelle les apocryphes, qui émanaient de certains milieux chrétiens, comme par exemple l'Evangile de Thomas ; et aussi les intertestamentaires qui provenaient des milieux juifs et auraient pu prendre place à la fin de l'Ancien Testament (d'où leur nom).

Pourquoi donc ces textes - souvent redécouverts au XXe siècle - n'ont-ils pas été retenus dans la Bible ? Voulait-on faire silence sur l'existence de vérités anciennes, comme le laisserait penser le mot d'apocryphe qui signifie « caché » ? Et que nous reste-t-il aujourd'hui de ces textes ? N'ont-ils pas laissé des traces dans notre culture ? Et peuvent-ils aujourd'hui nous instruire, tant du point de vue religieux que dans le domaine profane ?

En réalité, dans leur grande majorité, ces écrits n'avaient rien de caché. Souvent même ils étaient très populaires. Ils sont les témoins de la grande diversité du christianisme des premiers siècles. Mais avec la clôture du canon des Ecritures saintes et l'émergence progressive d'une orthodoxie chrétienne, certains écrits ont été jugés hétérodoxes et furent mis à l'écart. D'autres ont peu à peu sombré dans l'oubli. Et les mêmes phénomènes se sont produits dans le judaïsme.

C'est donc à la découverte de quelques aspects de cette diversité que vous invite ce cycle de conférences. La première conférence posera la problématique. Elle portera notamment sur l'Evangile de Thomas, un évangile qui rapporte des paroles que l'on trouve déjà dans Luc et Matthieu mais, en même temps, se révèle imprégné d'interprétations plus tardives. Nous verrons ainsi combien la manière de comprendre la personne de Jésus varie beaucoup selon les différents évangiles, dont par exemple l'Evangile de Judas.

N'oublions pas non plus que le christianisme naissant s'enracine dans le judaïsme, lequel fut lui aussi très divers. Une diversité bien connue depuis les découvertes de Nag Hammadi et celle des manuscrits de la Mer Morte. Ces derniers, les textes de Qumrân, feront l'objet de la deuxième conférence, qui portera sur leur contenu mais aussi sur les questions que pose l'archéologie du site.

Ces textes « exclus de la Bible » se révèlent donc extrêmement divers. Certains d'entre eux, parmi les apocryphes, font une large part aux controverses théologiques. Par exemple le roman pseudo-clémentin (un immense écrit de 700 pages dont traitera la troisième conférence) qui nous montre l'apôtre Pierre mener de multiples débats et qui, curieusement semble avoir constitué une source d'inspiration pour l'Islam naissant, bien que, paradoxalement, on y voie Pierre soutenir des positions proches du dualisme.

Comment, de plus, ne retrouverait-on pas dans la littérature apocryphe, l'influence de nombreux textes hermétiques et visionnaires, sans liens avérés avec le judaïsme mais déjà connus de ce dernier et qui ont pu marquer les auteurs chrétiens par leurs idées, leur genre ou leur style ? Ces textes, qui parlent souvent du « voyage de l'âme », feront l'objet de la quatrième conférence.

Enfin, les auteurs chrétiens se sont souvent inspirés des genres littéraires de leur époque : romans d'amour, vie de sages, etc. Il s'agit à la fois de distraire, d'émerveiller, d'encourager, d'édifier en période difficile pour les chrétiens. C'est le cas des Actes de Paul et de Thècle, dont nous parlerons lors de la cinquième conférence.

Dernier point : à la fois expression et source de la piété populaire et de son intégration plus ou moins tardive dans la tradition - que l'on pense à l'enfance de Jésus ou à celle de Marie - les apocryphes ont, au cours des siècles, profondément influencé la littérature et l'histoire de l'art, la musique comme la peinture. Et ils sont aussi à l'origine de bien des fêtes chrétiennes. Ce sera le thème de la dernière conférence.

En définitive, nous proposons un parcours au sein d'une pluralité méconnue, pour tordre le cou à l'idée de vérités cachées, mais aussi peut-être pour nous inciter à admettre cette idée de pluralité.


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