Médias, vérités,
post-vérités

La construction du récit

« De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu'il n'existe qu'une seule réalité. En fait, ce qui existe, ce sont différentes versions de la réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes l'effet de la communication et non le reflet de vérités objectives et éternelles. » (Paul Watzlawick).

Par le langage l'homme apprend ce que l'autre appelle la réalité, celle que cet autre lui-même a vécue. Cette réalité est ainsi construite par un discours personnel. La réalité semble donc ne pas pouvoir être définie dans l'absolu, elle est toujours relative à un « je » qui parle.

Dès le début du cycle, Pierre-Olivier MONTEIL abordera la question de la fiabilité du langage. « Confondons leur langues » dit Dieu en Genèse 11,7, « de telle sorte que l'on ne puisse comprendre le langage de l'autre ». Ainsi, il y aurait deux mondes : le monde de l'événement et celui du récit de l'événement !

Cependant l'interprétation et la réinterprétation de la réalité est aussi ancienne que la capacité à la mettre en récit. Les écrits bibliques en sont les témoins : volonté de transmettre un message, de soutenir un peuple assiégé, de convaincre, outil de propagande face à des ennemis... Patrice ROLIN nous dévoilera, à partir de textes bibliques, comment leurs auteurs ont proposé des reconfigurations alternatives du réel pour soutenir l'espérance et la résistance spirituelle de leur destinataires.

Comprendre l'autre, c'est l'écouter. Comprendre le monde, c'est écouter les récits qu'en font les autres. On appelle cela : l'information. Une masse incalculable d'informations nous arrive tous les jours. À vouloir tout lire, tout décrypter, nous n'aurions plus assez de temps pour vivre notre propre existence ! Les attentats des twin towers auraient pu être déjoués a-t-on appris en 2001 si tous les messages reçus par les services secrets avaient été décryptés. Comment trier, jeter, retenir ? Chacun suit ses propres canaux d'information, fait des choix sur tel média, sur tel support. Mais comment les professionnels de la presse construisent-ils une revue de presse ? Nathalie LEENHARDT, professionnelle de la presse nous indiquera quels critères, pour elle essentiels, président aux choix des informations retenues.

La liberté de la presse est l'un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques qui repose sur la liberté d'opinion et la liberté d'expression. L'article 11 de la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen de 1789 affirme : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Cette liberté est-elle vraiment assurée ? Les médias sont-ils réellement indépendants financièrement, les journalistes, idéologiquement ? Des journaux gratuits, que signifie cette gratuité ? Patrick EVENO nous éclairera sur cette indépendance indispensable de la presse, tant pour les organes de presse que pour les journalistes qui y écrivent.

La presse écrite existe depuis longtemps. Sa naissance est liée à l'utilisation de l'imprimerie (invention de la typographie par Johannes Gutenberg en 1438), puis à l'apparition de publications périodiques au début du XVIIe siècle. Pour nous, il est important d'interroger son évolution : comment un fait marquant historiquement a-t-il pu être, ou peut-il être traité par la presse ? Marie-Ève SAINT GEORGES abordera le traitement journalistique de crises politiques et de catastrophes naturelles.

Considérons le XXIe siècle et l'irruption des nouveaux médias. Une jeune adolescente, arrêtée pour être soupçonnée de préparation d'acte terroriste, contestait les attentats de 2001. « Tout cela a été inventé, je l'ai lu ! » disait-elle. Sur les réseaux sociaux une réalité imaginaire était construite dont le récit était devenu pour elle la vérité de la réalité. Ainsi, celles et ceux qui s'en tiennent à ce que les nouveaux médias diffusent sont-ils à la merci de manipulateurs dangereux. L'embrigadement de jeunes et moins jeunes, non éduqués à un esprit critique, en est un exemple. Mais les médias officiels eux-aussi peuvent mettre le zoom sur telle information, effaçant telle autre tout aussi importante ! Peut-on réguler ces médias, tant les officiels que ceux diffusés par les réseaux sociaux sans mettre en cause la liberté d'expression ?

Corinne VANMERRIS abordera cette délicate question.


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