Jésus le sage,
Jésus le prophète,
Jésus le guérisseur
Jésus tel que l'ont compris ses contemporains

Daniel GERBER - 11 décembre 2010

Jésus un sage, un prophète, un guérisseur, ce sont là trois profils saillants de Jésus dont témoignent les évangiles et dont on peut penser qu'avant sa mort, ainsi le virent ses contemporains. Deux de ces profils furent d'ailleurs, à l'époque moderne, source d'un débat : le Nazaréen n'aurait-il été qu'un sage habillé plus tard en prophète par la jeune Église ? ou, au contraire, aurait-il été un prophète auquel on aurait prêté, après coup, les traits d'un sage ? Laissant pour le moment ce débat, nous nous arrêterons successivement à ces trois traits caractéristiques du Jésus des évangiles.

Qu'est-ce qu'un sage dans l'Antiquité ? C'est un maître qui dispense un enseignement basé sur l'expérience, le bon sens et la raison. Observateur de l'univers, des êtres et des choses, il recommande des attitudes valables en principe pour tous. Dans cette même ligne, le Sage de la Bible appelle au plein épanouissement de la nature humaine ; il enseigne le savoir-vivre dans la société et invite au respect dé à chacun, puisque tous ont le même Dieu pour créateur. Mais il sait aussi qu'il faut compter avec la sagesse mystérieuse de Dieu.

Or, plusieurs traits rapprochent Jésus de cette sagesse. Il suffit de rappeler quelques paroles bien connues, comme par exemple "un aveugle peut-il guider un aveugle ?". Voyons de plus près les deux sources des paroles de Jésus que l'on reconnaît aujourd'hui, la "Source des Paroles" (dite source Q) et l'évangile de Marc. Dans la source Q nous trouvons par exemple : "demandez et l'on vous donnera" ; "ne vous inquiétez pas". Ces sentences ne sont pas livrées en vrac. Elles prennent place dans de petites unités remarquablement composées et culminant dans une finale qui révèle quelque chose du Dieu de Jésus. Dans l'évangile de Marc, nous avons quelques traits qui donnent une touche sapientielle, par exemple : "Quel avantage l'homme a-t-il de gagner le monde entier, s'il le paie de sa vie ?". Assurément, Jésus a utilisé un langage de sagesse que les foules comprenaient facilement. Mais ne fut-il qu'un sage ?

Les prophètes bibliques, avec autorité, délivraient une parole au nom du Dieu d'Israël : "Ainsi parle le Seigneur"... Ils soutenaient qu'une rupture allait bientôt arriver. Or Jésus, de la même façon, se présente comme le héraut du Royaume de Dieu qui vient. C'est même, pour beaucoup, le trait essentiel de son message : l'annonce de la venue du Royaume. Il prononce sur ce point des paroles prophétiques. Il fut identifié par ses contemporains comme prophète, se comparant lui-même aux prophètes rejetés. Une question : Jésus annonçait-il l'irruption future - mais proche - du Royaume de Dieu ; où laissait-il entendre que ce dernier avait déjà commencé, comme il le dit en Luc 21 : "Le règne de Dieu est parmi vous" ? Quoi qu'il en soit sur ce point, il est certain que, comme prophète, il annonçait la venue d'un ordre des choses totalement nouveau.

Enfin Jésus fut un guérisseur. N'a-t-il pas dit lui-même : "Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent ..." (Luc 7, 22). La tradition évangélique rapporte de lui de très nombreux miracles et exorcismes. On constate néanmoins à ce sujet une certaine réserve de Jésus à jouer ce rôle de guérisseur, Mais en même temps, il reliait toujours ce rôle à sa prédication du Royaume de Dieu, faisant même des guérisons opérées un signe de la venue de ce Royaume.

Alors, comment essayer de répondre au débat que l'on mentionnait en commençant ? Comment concilier un enseignement de sagesse supposant la durée et l'annonce d'un Royaume imminent, sinon déjà là ? Laquelle des deux figures - sage ou prophète - est à même de rendre le mieux compte de l'impulsion qui animait Jésus ?

Aujourd'hui, les chercheurs en la matière refusent de voir là une opposition insurmontable. Jésus ne fut-il pas à la fois sage et prophète, ce qui fait toute l'originalité de son discours et le rend même plus vraisemblable ? Tant que l'on aura pas reconstitué (mais y arrivera-t-on jamais ?) les ipsissima verba de Jésus, il sera difficile de trancher le débat.

Reste une dernière question, très complexe : le rôle des églises chrétiennes en matière de guérison.


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