La Bible au risque des traductions

par le Pasteur Christian Bonnet
Secrétaire général de l'Alliance biblique française

Résumé du déjeuner-débat du 24 octobre 2002

La Bible détient tous les records d'édition :

On observe un véritable engouement pour la Bible en Europe de l'Est depuis la fin des interdits religieux, mais aussi dans des pays qui ne sont pas de culture chrétienne, comme la Chine, l'Inde, et certains pays musulmans tels l'Egypte ou le Soudan.

En France aussi on constate un regain d'intérêt pour la Bible. Les traductions et les éditions se multiplient. Les éditeurs le savent : mettez le mot Bible dans un titre, et vous êtes sûrs du succès. L'éducation nationale, fleuron de notre laïcité à la française a même introduit officiellement l Bible dans les programmes scolaires des collèges et lycées.
Depuis peu, on trouve la Bible dans des librairies généralistes et même dans les grandes surfaces. Pourtant nous sommes héritiers en France d'une double tradition catholique et laïque qui s'est efforcée dans le passé de marginaliser la Bible. Voici à ce sujet quelques chiffres résultant d'un sondage récent réalisé par la Croix :

Possédez-vous une Bible dans votre foyer ?

Oui42%
Non58%

Vous personnellement, lisez vous la Bible ?

Ensemble des françaisPossesseurs d'une Bible
Jamais72%44%
Moins d'une fois par mois20%38%
Au moins une fois par mois04%09%
Au moins une fois par semaine02%05%
Tous les jours ou presque02%04%

A votre avis, la Bible permet avant tout de :

Connaître l'histoire des origines du christianisme et du judaïsme43%
Mieux connaître les aspects religieux de notre culture31%
Comprendre le sens de sa vie25%

Et pour vous, Bible c'est :

Un livre dépassé, en décalage avec le monde moderne54%
Un livre dont les enseignements sont toujours actuels38%
Ne se prononcent pas08%

Une première étape, pour entreprendre une traduction, est d'analyser le public ciblé en prenant en compte les décalages culturels dans le temps (les auteurs de la Bible n'écrivaient pas pour nous), et dans l'espace (les cultures sont très diverses : par exemple, dans certains pays de tradition bouddhiste, le concept même de Dieu n'existe pas). On ne peut négliger les règles de la communication. Ce serait prendre la Bible pour un livre magique que de s'imaginer qu'un même verset dans le même type de traduction parlera de la même façon à des adultes, des enfants, des français, des chinois, des gens de culture chrétienne ou musulmane, des gens intelligents ou des handicapés mentaux. Il faut donc que les traductions soient adaptées aux publics visés.

Il en existe de trois types :

Les versions en langue courante.

Dans les années 80, en vue de réaliser des traductions pour des pays qui n'étaient pas de tradition judéo-chrétienne, l'Alliance biblique universelle a mis au point la méthode dite " d'équivalence dynamique ". La priorité y est donnée à la transmission du sens du texte et non de la lettre. Lorsque le texte original contient une expression idiomatique qui n'est pas connue dans la langue cible, on la traduit par une expression équivalente qui produit le même sens. (Par exemple, le mot " neige " n'existe pas dans certaines langues africaines, ou les mots " vigne " ou " figuier " chez les Inuits du Groenland). Cette traduction en français courant est accessible à des gens normalement éduqués, mais sans culture biblique. (30.000 mots de vocabulaire, niveau BEPC).

Les versions en langue fondamentale.

Le principal obstacle à la diffusion de la Bible est l'analphabétisme qui touche près d'un tiers de l'humanité, cette proportion ne cessant de s'accroître. Pour favoriser cette diffusion dans les milieux les plus modestes sur le plan de l'éducation, l'Alliance biblique a développé cet autre type de traduction, utilisant le vocabulaire le plus usuel (3500 mots), une syntaxe adaptée (15 mots par phrase, pas plus d'une proposition) et une conjugaison simplifiée. Accessible pour un public de niveau fin d'école primaire, il est utilisé fréquemment en Afrique, mais aussi par certaines congrégations catholiques, comme texte liturgique.

Les traductions littérales

Bien sûr, nous ne devons pas tous revenir à ce niveau de compréhension de la Bible. Les versions précédentes doivent être considérées comme des passerelles pour entrer dans la Bible. Les versions littérales par contre visent ceux qui ont déjà une bonne pratique de lecture biblique. Elles rendent le maximum des subtilités du texte, mais du coup sont beaucoup plus exigeantes sur le plan du vocabulaire et de la culture biblique. Dans la famille protestante francophone, la plus utilisée est évidemment la version Segond. Publiée dès 1880, elle était pour certains spécialistes la première vraie traduction en français réalisée à partir des langues originales, d'une grande fidélité au texte, d'un style puissant et assez emphatique.
Révisée en 1910, puis en 1978 (sous le nom Bible à la Colombe), elle a été refondue de manière plus fondamentale pour la nouvelle édition qui vient de sortir en librairie, avec pour critères une plus grande rigueur dans l'analyse textuelle, un respect optimal de la forme et de la structure du texte, mais aussi une actualisation du vocabulaire et des améliorations stylistiques. 55.000 mots sont cette fois utilisés. Cette Bible qui vise un public exigeant et expérimenté est pourvue d'introductions très détaillées, de notes exégétiques abondantes, de nombreux documents annexes, (tableaux, encadrés, cartes, illustrations archéologiques), d'un index de plus de cent pages et d'une concordance.

Actuellement, il n'est plus question d'utiliser une seule version universelle de la Bible, mais des traductions adaptées à chaque usage et à chaque segment de la population, dans le but de rendre le message accessible à tous.


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