Le Christ dans le Coran

avec le pasteur Madgid Badri

Résumé du déjeuner-débat trimestriel du 31 mai 2002

Trente-cinq passages du Coran parlent de Jésus. Sa naissance y occupe une grande place et Marie sa mère est vénérée.

" Marie quitta sa famille et se retira en un lieu vers l'Orient. Elle plaça un voile entre elle et les siens. Nous lui avons envoyé notre Esprit : il se présenta devant elle sous la forme d'un homme parfait. Elle dit : " Je cherche une protection contre toi, auprès du Miséricordieux. Si toutefois tu crains Dieu ! " Il dit : " Je ne suis que l'envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur. " Elle dit : " Comment aurai-je un garçon ? Aucun mortel ne m'a jamais touchée et je ne suis pas une prostituée. " Il dit : " C'est ainsi : Ton Seigneur a dit : 'Cela m'est facile.' Nous ferons de lui un Signe pour les hommes ; une miséricorde venue de nous. Le décret est irrévocable. " (19 :16-21)

" O Marie ! Dieu t'annonce la bonne nouvelle d'un Verbe émanant de lui : Son nom est le Messie, Jésus Fils de Marie, illustre en ce monde et dans la vie future, il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu. Dès le berceau, il parlera aux hommes comme un vieillard il sera au nombre des justes. " Elle dit : " Mon Seigneur ! Comment aurais-je un fils ? Nul homme ne m'a jamais touchée. " Il dit : " Dieu crée ainsi ce qu'il veut lorsqu'il a décrété une chose, il lui dit : 'Sois ! '… et elle est. " (3 :42-47)

" Elle devint enceinte de l'enfant, puis elle se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent auprès du tronc du palmier. Elle dit : " Malheur à moi. Que ne suis-je déjà morte, totalement oubliée ! L'enfant qui se trouvait à ses pieds l'appela " Ne t'attriste pas ! Ton Seigneur a fait jaillir un ruisseau à tes pieds. Seccoue vers toi le tronc du palmier il fera tomber sur toi des dates fraîches et mûres. Mange, bois et cesse de pleurer. " (19 : 22-26)

Ces citations montrent que le Coran utilise des données qu'on trouve dans les évangiles de l'enfance, canoniques ou apocryphes. Mais si cette naissance miraculeuse soulige l'importance de Jésus, appelé par ailleurs " Verve de Dieu ", celui-ci n'est en rien le Fils de Dieu. Le Coran contient peu de paroles de jésus, mais un certain nombr de miracles, là encore dont l'origine se trouve aussi bien dans les évangiles que dans les écrits apocryphes. Ainsi dans le passage ci-dessous où les sources sont mélangées :

" Je suis venu à vous avec un signe de votre Seigneur ; je vais, pour vous, créer d'argile, cimme une forme d'oiseau. Je souffle en lui et il est oiseau, avec la permission de Dieu, et je guéris l'aveugle et lépreux ; je ressuscite les morts, avec la permission de Dieu. " (3 :49)

Jésus pour le Coran est également celui qui annonce le jugement que Dieu seul exécutera. C'est lui qui reviendra à la fin des temps pour inaugurer ce jugement dernier

" Jésus est en vérité l'annonce de l'heure. N'en doutez pas et suivezs-moi. Voilà un chemin droit. " (43 :61)

Par ailleurs, contra-rement à ce que les Juifs ont fait croire aux chrétiens, Jésus n'est pas mort sur une croix, mais a été directement auprès de Dieu, dans une sorte d'assomption.

Dieu dit : O Jésus, je vais en vérité, te rappeler à moi ; t'élever à moi ; te délivrer des incré-dules. Je vais placer ceux qui t'ont suivi au-dessus des incré-dules jusqu'au jour de la Résurrection, votre retour se fera alors vers moi, je jugerai entre vous et trancherai vos différfends. (3 :55)

La crucifixion n'est qu'une invention des incrédules pour discréditer Jésus.

" Ils ont dit : oui, nous avons tué le Messie, Jésus fils de Marie, le prophète de Dieu. Mais ils ne l'ont pas tué, ils ne l'ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi. " (4 : 257-258)

Si la mort sur la croix est niée, c'est que pour le Coran il est impossible qu'un prophète de Dieu connaisse un tel échec. On trouvait déjà ce type d'argumentation chez les gnostiques et les docètes. Ce qui est souligné à plusieurs reprises, c'est que jésus n'est qu'une créature comme les autres, comme Adam. Dieu ne peut pas avoir un fils :

" Dis : Dieu est un, l'impénétrable, il n'engendre pas, il n'est pas engendré, nul n'est égal à lui. " (112 :1-4)

Cette affirmation, qui s'oppose à celle de Concile de Nicée, montre que pour l'Islam Dieu ne peut déchoir au rang de créature en engendrant. Jésus n'est fils que de sa mère, Marie. La Trinité, bien-sur est réfutée :

" Oui, ceux qui disent Dieu est en vérité le troisième de trois, sont impies. Il n'y a de Dieu qu'un Dieu unique. " (5 :73)

Mais il s'agit là d'une forme particulière de Trinité :

" Dieu dit : O Jésus fils de Marie, est-ce bien toi qui a dit aux hommes : prenez-moi et ma mère pour deux divinités, en dessous de Dieu ? " (5 :116)

Cette Trinité est formée par le Père, le Fils et … Marie. Cette formule remplace l'Esprit par Marie, ou les confond. Là encore cela correspond à une forme d'hérésie du christianisme primitif.

Ce qu'il faut souligner pour conclure, c'est que pour l'Islam orthodoxe, le Coran est …, il est la Parole même de Dieu. C'est pourquoi le vrai débat islamo-chrétien n'est pas de trancher qui, de la Bible ou du Coran, dit la vérité sur Jésus. La question est celle de la médiation de la révélation. Pour le Christianisme, cette médiation se fait par une personne, le Christ, pour l'Islam par un livre, le Coran. C'est le Coran lui-même qui dans l'Islam tient la place de Jésus dans la révélation biblique.


Art musulman du XVIIème siècle (Inde). La visite des mages : Jésus dans les bras de Marie.


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