Les protestants et l'école
L'enseignement primaire
public au XIXe siècle

par Madame Gabrielle Cadier, Maître de conférences à la Sorbonne

Résumé du déjeuner-débat du 10 octobre 2003

Au cours du XIXe siècle se fait sentir en France une forte demande d'instruction, jusque là à la charge de la charité et de l'Eglise. Cette demande va alors susciter l'intervention des Pouvoirs publics et de l'opinion. Trois raisons à cela :

A cette demande d'instruction de plus en plus forte, quatre ministres vont apporter des réponses successives : François Guizot, Alfred Falloux, Victor Duruy et Jules Ferry.

Les protestants, pour leur part, ont toujours porté un grand intérêt à l'éducation. Luther disait que " l'école est la pépinière de l'Eglise ". A côté des temples étaient implantées des écoles pour que les fidèles soient capables de lire la Bible.

A la fin du XVIIIe siècle, le Pasteur Jean-Georges Stuber puis son successeur Jean-Christophe Oberlin, développent une pédagogie remarquable dans des écoles qu'ils créent dans les Vosges pour instruire les enfants dont les mères travaillent dans l'industrie textile. C'est une œuvre pionnière car, à cette époque, l'enseignement primaire ne dépend que d'actions charitables locales ou des églises. Création ,aussi, de la " Société pour l'encouragement de l'enseignement primaire " par la Haute Société Protestante qui subventionne plus d'un millier d'écoles protestantes.

Au XIXe siècle, les protestants vont faire passer l'école primaire du privé au public, au niveau national.

A/ La loi François Guizot, (1833)

Pour Guizot, il s'agit de convictions politiques (garantir l'ordre et la stabilité et assurer la durée de la monarchie constitutionnelle) mais aussi de raisons personnelles qui lui viennent de son protestantisme :

En 1816 avait été créé le ''brevet de capacité'' pour les instituteurs, mais ce diplôme n'était pas obligatoire pour enseigner. La loi Guizot stipule que toutes les communes doivent avoir et financer une école primaire pour les garçons, où les indigents doivent être accueillis sans frais. Les instituteurs sont formés par les Ecoles normales de l'Etat qui délivrent le brevet, par les congrégations, et aussi par les écoles normales protestantes, comme à Dieulefit ou Courbevoie. Ils ne gagnent que 200 francs par an, moins qu'un ouvrier, mais ils compensent leur salaire par l'écolage. L'instruction morale et religieuse est dispensée avant l'enseignement de l'écriture et de la lecture, car, pour l'opinion publique, la religion est utilitaire, elle doit aider l'individu à supporter la place où Dieu l'a mis.

Cette loi Guizot est importante car jusque là les pouvoirs publics n'avaient attaché aucun intérêt à l'enseignement primaire. Mais pour les filles rien n'est prévu : ce sont les religieuses qui assurent cet enseignement, remplacées plus tard par une institutrice. Aucune étude n'a été faite sur les écoles protestantes de cette époque, mais on sait qu'elles étaient de deux sortes : pour le ''menu peuple'' et pour les jeunes filles ''de bonne famille''.

B/ La loi Frédéric Falloux, (1850)

Elle prescrit une école de filles dans toutes les communes de plus de 800 habitants, école tenue par les religieuses qui ne sont pas obligées d'avoir des diplômes pour enseigner, mais une simple ''lettre d'obédience'' de leur ordre. Toutes les écoles, publiques et privées, sont alors catholiques puisqu'il faut y enseigner le catéchisme. Mais là où se trouve un noyau suffisant de protestants, il peut y avoir une école protestante ; dans les régions où les protestants sont disséminés, ils doivent suivre le catéchisme catholique. Le brevet de capacité devient obligatoire. Le salaire des instituteurs passe de 200 à 600 francs par an, mais ils doivent subir la surveillance des curés.

C/ La loi Victor Duruy, (186 ?)

Elle apporte une grande amélioration en augmentant les salaires des instituteurs et en abaissant le seuil du nombre d'habitants des communes de 800 à 600 habitants. A la veille de la proclamation de la 3ème République, la population française est, dans l'ensemble, alphabétisée.

D/ Les lois Jules Ferry

Elles ajoutent le qualitatif au quantitatif. La loi de mars 1881 instaure la gratuité de l'enseignement primaire, et celle de 1882 l'enseignement obligatoire, laïc et gratuit. Ce qui veut dire que le catéchisme ne doit plus être enseigné dans les écoles publiques ; mais les devoirs envers Dieu font encore partie de l'instruction publique, et ceci jusqu'en 1905. Ces écoles primaires destinées aux enfants du peuple reçoivent plus de 60 élèves par classe.

Avec Jules Ferry, l'influence protestante dans l'enseignement est à son apogée en raison de deux convergences :

Les protestants jouent à cette époque un rôle historique dans cet enseignement. Un trio d'amis entoure Jules Ferry :

Les protestants qui entourent Jules Ferry sont nombreux : les directeurs de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud et celle de Sèvres, ses créations. Le quart des directrices de lycées de filles sont protestantes. Citons aussi la figure de le ''vieille huguenote'' Pauline Kergomard à qui l'on doit la création des écoles maternelles dont elle sera Inspectrice Générale pendant 36 ans. Ce sont des écoles de propreté où doivent rayonner la santé et la gaîté et se pratiquer l'enseignement par le jeu.

Ainsi, à la fin du XIXe siècle, le programme protestant était devenu le programme de la République.


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