Les monothéismes
face à la modernité
Comment dire Dieu aujourd’hui ?

Louis PERNOT - 16 février 2008

Peut-on encore, aujourd’hui, avoir une religion qui date de 2000 ans ? Entre le temps de la révélation chrétienne et notre société contemporaine, il y a de telles différences, de tels écarts, dans le mode de vie, les mentalités, les connaissances, que la question ne peut être écartée. Peut-on de nos jours avoir la même religion que les Apôtres ? Il y a 2000 ans, on disait des choses que l’on ne peut plus dire aujourd’hui. La seule solution possible pour la religion semble être de s’adapter. Sinon elle meurt.

S’adapter, mais jusqu’où ? Que retenir du monde moderne ? Que veut dire, par exemple, rester fidèle tout en ré-interprétant ? Car la modernité est multiple. Pour commencer, un bouleversement des techniques de communication. Il faut les accepter. Il est impératif que les chrétiens sachent utiliser Internet, comme les Réformateurs avaient su utiliser l’imprimerie. La célébration de nos cultes n’est-elle pas démodée ? On peut poser la question, encore que certaines traditions expriment nos “ racines ” et que, toujours, on a besoin d’un enracinement dans notre passé.

Mais la modernité, surtout, c’est une certaine conception du monde, un certain rapport à la science dont les immenses progrès, depuis deux siècles, ont posé, au sujet des textes révélés, quelques problèmes à la religion. De quoi, en effet, parle la religion ? essentiellement du mystère, de ce qui est incompréhensible à l’homme. Or du temps de Jésus, bien des choses étaient mystérieuses : le cours des planètes, le tonnerre, les inondations, la maladie … Tout ce qui était terrifiant ou incompréhensible était du domaine de la religion. De nos jours, la science a éclairci un grand nombre de ces mystères, d’où pour nous une conception du monde très différente de celle que pouvait avoir Jésus.

Pourrait-on concilier les textes bibliques (la Genèse, par exemple), et notre actuelle conception du monde ? ce fut le grand débat autour du libéralisme qui, à l’extrême, éliminait dans le texte biblique ce qui contredisait la science moderne : naissance virginale, impossible ; traversée de la Mer Rouge, une légende ; Adam et Eve, un récit mythique. Le problème est qu’alors on risque de ne plus garder grand chose. Avec le Nouveau Testament, que dira la science, par exemple, de la Résurrection ? Comment répondre à ces questions ?

Il ne s’agit pas aujourd’hui de rejeter ces textes mais, selon l’exégèse la plus moderne, de les interpréter ; c’est-à-dire en rechercher le sens profond, valable pour tous les temps. Ce qu’on demande aujourd’hui à la religion, c’est le spirituel, la réponse aux questions de notre vie : les craintes, l’espoir, le rapport à un idéal … Il nous faut, pour cela, faire de la Bible une lecture allégorique, spirituelle et symbolique, en tenant compte, pour la déchiffrer, des mentalités de ceux qui l’ont écrite.

Historiquement, plusieurs problématiques religieuses se sont succédées. Pour l’Ancien Testament, la question essentielle est celle de la primauté du peuple d’Israël : “ notre peuple est l’élu de Dieu et notre Dieu est le plus fort ”. Avec le Nouveau Testament, la question fondamentale est celle de la fin du monde, que l’on croit imminente ; une question qui aujourd’hui nous indiffère totalement. Au Moyen-Age c’est la question du salut : serai-je sauvé ? L’Eglise répond “ vous le serez avec moi ; faites de bonnes œuvres ”. Les Réformateurs ont dit : “ ne vous préoccupez pas de votre salut, Dieu se charge de tout, vous êtes sauvés par grâce ”. Mais de nos jours, cette question du salut ne tracasse personne. Au 20e siècle, la question majeure fut celle du sens de la vie. Aujourd’hui elle est à son tour dépassée : la question la plus fondamentale est maintenant la peur de l’avenir, sous tous ses aspects. Et à cela, la réponse de l’Evangile est : “ n’ayez pas peur ! ”. Si l’on y regarde bien, c’est une réponse de toujours ; ce fut la réponse à toutes les problématiques que l’on vient d’énumérer.

Car la Bible finalement, répond à la constance de l’expérience humaine. Quels que soient les changements dans nos conditions de vie et malgré l’accroissement de nos connaissances, l’expérience humaine est constante ; Et quelle est-elle ? c’est celle de l’échec (autrefois on disait le péché), l’expérience de ne pas avoir fait ce qu’il fallait. Et comment gère-t-on cette universelle expérience ? comment gérer aussi l’expérience d’un au-delà de soi-même ? et encore celle de la mort ? C’est de tout cela que nous parle la Bible, c’est cela qu’il faut lui demander, et non des messages scientifiques ou historiques. Peu importe de savoir ce qu’il en est des “ miracles ”; l’important est de savoir comment je peux vivre de ce que me dit la Bible. Elle est un livre étonnant, qui parle de l’homme avec une profondeur extraordinaire. Il faut apprendre à la lire pour notre temps - et pour cela l’interpréter.

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