Nevé Shalom - Wahat as-Salam

par Daniel SÉE
Secrétaire général des Amis de Nevé Shalom

Résumé du déjeuner-débat du 24 janvier 2003

La communauté

Nevé Shalom / Wahat as-Saslam est un village coopératif de Juifs et de Palestiniens (musulmans et chrétiens), tous citoyens d’Israël. Son nom vient du livre d’Isaïe (32, 18) : " mon peuple habitera une Oasis de Paix " (Nevé Shalom en hébreu, Wahat as-Salam en arabe). Il a été " rêvé " puis fondé par le frère dominicain Bruno Hussar, juif d’origine, citoyen d’Israël en 1966. Le village est situé sur une colline en bordure de la vallée d’Ayalon qui fut, depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, le théâtre de nombreuses guerres. Fondé en 1970 sur un terrain loué au monastère voisin de Latroun, il se trouve à égale distance (30 kms) de Jérusalem, de Tel-Aiv et de la ville palestinienne de Ramallah. Cette colline, située dans l’ancien " no man’s land " démilitarisé avant 1967, n’avait été ni habitée ni cultivée depuis l’époque byzantine.

Après des années pionnières très dures, les premières familles arabes et juives sont venues y résider à partir de 1977. Elles ont choisi de vivre ensemble dans l’égalité et l’amitié, convaincues que leurs différences, loin d’être cause de conflits, peuvent être, au contraire, source d’enrichissement. Les membres de NHS/WAS veulent démontrer ainsi la possibilité de coexistence en développant une communauté sociale, culturelle et politique, fondée sur l’acceptation mutuelle, le respect et la coopération dans la vie quotidienne - chaque personne demeurant fidèle à sa propre identité nationale, culturelle et religieuse.

Le village, en croissance continuelle, comprend aujourd’hui 50 foyers. La vie quotidienne de la communauté est organisée sur des bases démocratiques. Un Secrétaire, un Secrétariat et des Comités exécutifs sont élus chaque année, et tous les membres participent aux assemblées régulières où les questions concernant la communauté sont discutées et décidées. NSH/WAS est indépendant de toute autorité extérieure et n’est affilié à aucun parti politique. Chaque famille vit chez soi, élevant ses enfants selon ses propres coutumes et croyances.

La crèche, le jardin d’enfants et l’école

L’éducation ayant été depuis les débuts l’une des finalités de NSH/WAS, dès les premières naissances dans le village s’est imposé l’idée de la création d’un cadre éducatif conforme à l’idéal de la communauté. La première réalisation fut la crèche binationale, suivie plus tard du jardin d’enfants et de l’école. Cette dernière s’est ouverte en 1990 aux enfants des villes et villages proches.

L’action éducative a pour objectif l’intégration des enfants des deux groupes nationaux, et non pas la création d’un troisième peuple. Ces enfants, possédant chacun une identité bien établie, apprennent par une rencontre continue à vivre ensemble et à s’enrichir de leurs différences.

Les enfants vont à la crèche de trois mois à deux ans, au jardin d’enfants de deux à six ans, et à l’école de la première classe à la sixième. En tout, 311 enfants dont plus de 90% proviennent de l’extérieur du village. L’effectif total a plus que triplé depuis 1994.

Quelques principes-clés régissent le système éducatif :

Le Jardin d’Enfants est reconnu par le Ministère de l’Education. Les jardinières, Juives et Palestiniennes, y parlent chacune sa propre langue. Dans ce cadre commence le processus d’éducation propre à NSH/WAS : les enfants apprennent à se connaître et à développer la conscience de leurs identités respectives.

L’Ecole Primaire, unique en son genre dans le pays, a été reconnue en 1993 par le Ministère de l’Education, puis promue en 1977 " Ecole Expérimentale ", et en septembre 2000 " Ecole Officielle Extra-Régionale ". Elle associe au programme d’enseignement officiel de nombreuses activités éducatives originales appropriées à la poursuite de ses objectifs. Depuis 1996, un Centre d’Apprentissage du Langage travaille par des méthodes actives à équilibrer les niveaux des enfants en arabe (mal maîtrisé chez les Juifs) et en hébreu (langue dominante). Ce système d’éducation constitue un modèle qui a commencé à être imité par d’autres dans les villes ou régions à population mixte comme Jérusalem, Jaffa, la Galilée, etc. Pour NSH/WAS - et aujourd’hui pour les autres équipes qui travaillent en ce sens - la mise en place d’un tel environnement éducatif est primordiale dans la perspective d’une coexistence pacifique.

L’école pour la paix

Un rôle essentiel dans le travail éducatif de NSH/WAS appartient à " l’Ecole pour la Paix " Celle-ci organise des programmes variés de rencontres entre Juifs et Palestiniens visant à promouvoir la connais-sance, la compréhension et le dialogue entre les deux peuples. Depuis ses débuts en 1979, plus de 25 000 jeunes ont pris part à ses rencontres, ainsi que plus de 3000 adultes dont un bon nombre engagé depuis lors dans d’autres organisations oeuvrant pour la paix.

L’équipe de direction comprend un nombre égal de " modérateurs " permanents, Juifs et Palestiniens, et fait appel à de nombreux intervenants indépendants. Tous ont une formation universitaire en sciences sociales et humaines et une formation spéciale dans la conduite des groupes en conflit ; la plupart des permanents sont membres de NSH/WAS et s’appuient sur cette expérience dans leur travail. Toute rencontre est menée par deux modérateurs, l’un Juif, l’autre Palestinien.

Au long de ses années d’activité et, simultanément, de recherche intensive - l’Ecole pour la Paix a mis au point ses méthodes propres, qui mettent l’accent sur la complexité des racines du conflit et apprennent à chacun à discerner son rôle dans celui-ci (relations de pouvoir, stéréotypes, malentendus). Elle est notoire-ment reconnue maintenant, en Israël et au-delà, pour son sérieux et sa qualification, et souvent sollicitée par des organismes concernés par le problème des relations entre Juifs et Palestiniens.

Doumia/Sakina

(Sakina: sérénité, en arabe)

Dans un site très beau et calme de la colline, existe une Maison de Silence où ceux qui le désirent peuvent s’arrêter dans la réflexion, la méditation ou la prière. " Pour Toi, le Silence (Doumia) est louange … " (Psaume 65, 2) - silence qui unit au-delà des séparations idéologiques ou religieuses. Dans l ’esprit de Doumia / Sakina sont organisés depuis 1991 des séminaires de réflexion et de recherche sur le rôle des valeurs spirituelles et éthiques dans l’éducation et l’avancement de la paix ; avec, le plus souvent, une référence aux Ecritures des trois religions mono-théistes.

Au sein de NSH/WAS, une équipe travaille à développer un " Centre Spirituel Pluraliste ", dédié à la mémoire de Bruno Hussar, qui doit poursuivre et approfondir cette recherche en l’ouvrant à toute expression spirituelle, qu’elle soit philosophique, religieuse ou artistique. Un bâtiment doit être construit pour lui offrir un cadre, avec salles d’études ou de séminaires, lieu de culte ou d’expression spirituelle, bibliothèque.

L’hôtellerie

Située devant un paysage s’étendant jusqu’à la plaine côtière, l’hôtellerie reçoit des hôtes individuels et des groupes dans des conditions confortables. A leur de-mande peuvent être présentés le village et ses activités et également organisés des séjours offrant des possibilités de rencontres avec les communautés du pays.


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