Où en est l’oecuménisme ?

par Père Michel Mallèvre et le pasteur Gil Daudé

Résumé du déjeuner-débat du 5 mai 2006

Cinquante personnes se sont retrouvées au temple d’Auteuil pour un déjeuner-débat sur une question importante : "Où en est l’oecuménisme ?". Pour répondre, deux invités : le Père Michel Mallèvre, et le Pasteur Gill Daudé, respectivement chargés des relations oecuméniques pour l’Eglise catholique et pour la Fédération Protestante de France.

L’oecuménisme ne se porte pas mal, il est en mutation.

On assiste à la reconfiguration du paysage oecuménique aujourd’hui. Ce processus est d’abord lié au déplacement progressif des chrétiens de l’hémisphère Nord vers l’hémisphère Sud. Du fait de l’extraordinaire croissance démographique des " pays du Sud ", la " géographie ecclésiale " s’est peu à peu modifiée. La majorité des chrétiens ne se trouve plus en occident. De plus, dans les pays du Sud, de nouvelles configurations apparaissent. L’Amérique latine traditionnel-lement catholique voit l’émergence d’un protestantisme de type pentecôtiste ; il y a plus de protestants en Corée du Sud et au Nigéria qu’en Allemagne ou en Angleterre.
Au niveau des transformations liées à la globalisation, des barrières tombent et des Eglises émergent. En Afrique subsaharienne par exemple se développent des Eglises orthodoxes liées à la présence du Patriarcat d’Alexandrie.

Dans notre vieille Europe, la transformation se fait dans les mentalités. Les gens gagnés par la sécularisation et les personnes en quête de spirituel contribuent à faire émerger de nouveaux types de figures et de nouvelles manières de vivre sa relation à Dieu.

Les dialogues théologiques

Du côté des dialogues théologiques entre les Eglises, la situation a aussi évolué. Nous assistons à une diversification des Eglises : Il y a plus d’Eglises aujourd’hui qu’hier malgré un siècle d’oecuménisme rappelle le pasteur Daudé. Autrefois en effet l’Eglise catholique avait en face d’elle des orthodoxes, des anglicans, des luthériens et des réformés. Aujourd’hui, il faut compter sur la présence des nombreuses Eglises orientales, des adventistes, des évangéliques, des pentecôtistes, des baptistes… Avec ces Eglises, le dialogue ne fait que commencer. Peut-on même parler de dialogue ? Nous en sommes souvent au stade de la découverte de l’autre.
Diversification à l’intérieur des familles confessionnelles aussi où des courants nouveaux apparaissent : charismatiques et évangéliques pour ne citer qu’eux.
Les dialogues théologiques entre les Eglises n’ont jamais été pourtant si nombreux : entre catholiques et protestants, protestants et anglicans, orthodoxes et catholiques, luthériens, anglicans et réformés… Ils sont multilatéraux ou bilatéraux et posent des questions. L’accord sur la justification par la foi est symptomatique d’un accord bilatéral entre l’Eglise catholique romaine et la Fédération luthérienne mondiale. Mais les luthériens sont en communion avec les réformés ; cela signifie-t-il que les réformés ont aussi signé cet accord avec les catholiques ? demande le pasteur Daudé.
Les comités théologiques travaillent pour la plupart sur des questions liées à l’ecclésiologie et aux sacrements qui restent les " points chauds " du débat entre nos Eglises. Mais nos deux invités ont souligné aussi combien l’oecuménisme ne saurait être réduit au dialogue doctrinal. Il y a aussi l’action, l’enseignement, la prière, et à la base (dans les paroisses) les choses se passent plutôt bien de ce côté-là.

De retour de Porto-Allègre

Le Père Mallèvre et le pasteur Daudé ont ensuite évoqué leurs impressions de Porto-Allègre. En février dernier, la neuvième Assemblée mondiale du Conseil Œcuménique des Eglises (COE) s’est tenue à Porto-Allègre au Brésil. Un petit rappel : le COE, c’est 348 Eglises représentant 480 millions de fidèles protestants et orthodoxes. Problème nouveau : 580 millions de chrétiens ne sont ni catholiques ni membres du COE. Une réflexion sur un forum chrétien mondial avec aussi des représentants des Eglises pentecôtistes et charismatiques est à l’étude. Mais ces " nouvelles Eglises " veulent-elles vraiment entrer en dialogue avec les Eglises historiques ? Pour le moment, elles ne souhaitent pas envoyer de représentants officiels au COE. Qu’en sera t-il demain ?

Plus proche de nous et en Europe, c’est un autre rassemblement qui se prépare : SIBIU 2007. Sibiu est une ville de Roumanie. Après Bâle, Graz, elle accueillera le 3ème rassemblement oecuménique européen. A l’époque où l’Europe s’interroge sur son unité, catholiques, protestants et orthodoxes vont se parler et témoigner d’une même voix au nom de l’Evangile. Gageons que ce sera un pas de plus dans cette longue marche de l’oecuménisme qui, si elle continue, n’en demeure pas moins de plus en plus complexe et diverse.

Est-ce que l’oecuménisme est en panne ?

A cette question, nos deux intervenants ont répondu : peut-être mais ce n’est pas pour autant la fin de l’oecuménisme. Il est vrai que la situation semble un peu bloquée. Toutes nos remarques annoncent un constat général : les choses avancent aujourd’hui très lentement en oecuménisme. Nous sommes dans une phase que les théologiens appellent une phase de maturation très difficile car nous sommes au pied du mur. Mais c’est parce que les Eglises sont allées très loin dans le dialogue les unes vers les autres que maintenant elles butent sur des difficultés centrales. Ces difficultés sont d’autant plus délicates qu’elles remettent en cause les identités des Eglises.

Bref, accueillir " la catholicité " de l’Eglise et vivre la communauté oecuménique exigent une volonté plus forte que jamais soutenue par une vision de l’unité (dans la diversité) plus travaillée à tous les niveaux.


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