Paradis ou Nirvana

Dennis GIRA - 4 février 2006

Parler de Paradis ou de Nirvâna ? c’est parler de l’accomplissement final de l’homme après la mort. Mais, sur ce sujet, notre langage est infirme, surtout quand nous voulons aborder des modes de pensée autres que les nôtres, comme le bouddhisme. Pour nous la structure fondamentale de la religion, c’est la dualité homme-Dieu : dans le christianisme tout s’explique par Dieu. Dans le bouddhisme, au contraire, tout s’explique sans Dieu. Un bouddhiste n’a même pas l’idée de Dieu. Il nous faut faire l’effort d’entrer dans cette pensée.

En deçà de sa grande diversité actuelle (Zen, chinois, tibétain ....), le bouddhisme a une source unique : l’expérience du Bouddha. Vécue sur le sol indien, vers le VIème siècle avant notre ère, deux mots indiens l’ont marquée. Le samsara d’abord, c’est-à-dire le cycle des naissances et des morts dont tout être vivant est prisonnier. Ce n’est pas la réincarnation comme la voient les Occidentaux, l’espoir d’autres vies meilleures. Le samsara est en réalité une prison, il ne permet aucun progrès ; il faut donc tout faire pour en sortir, c’est-à-dire éviter de renaître dans une vie future. Mais pèse alors notre karma : chacun est sous le poids des actes accomplis dans sa vie, presque toujours négatifs et dont les conséquences sont négatives pour une prochaine vie car le moteur de nos actions est l’égocentrisme qui consiste à vouloir persister dans notre existence. Comment en sortir ?

C’est suite à une prise de conscience de la misère humaine que le Bouddha découvrit la réponse. Selon la légende, riche héritier princier, il vivait somptueusement dans un palais, lorsque le hasard lui fit rencontrer un vieillard, puis un malade, puis un cortège funèbre et enfin un moine mendiant. Récit dont la portée est toujours actuelle : ce que Bouddha rencontre n’est autre que ce que nous tous, aujourd’hui encore, refusons bien souvent d’accepter : la vieillesse, la maladie, la mort et l’abandon de soi d’une véritable vocation religieuse. Bouleversé par sa découverte, le Bouddha en reçut soudain une illumination. Il atteignit l’éveil (Bouddha veut dire éveillé) ; il prêcha alors les “ quatre noble vérités ” :

Mais pouvons-nous vraiment accepter la première de ces quatre vérités : “ tout, absolument tout, est souffrance ” ? En réalité Bouddha a employé le mot dukkha qui va beaucoup plus loin que notre terme “ souffrance ”. Souffrance physique et morale, certes, mais aussi souffrance parce qu’aucun moment de bonheur ne peut durer, que tout est éphémère, que tout est illusion et que précisément nous avons toujours tendance à croire le contraire ; ce qui nous condamne à une frustration perpétuelle, nous fait retomber dans des actes égocentriques et nous maintient dans le samsara.

Finalement quatre traits essentiels caractérisent cette vision bouddhiste :

La vision chrétienne est bien sûr tout autre. Aussi tout dialogue avec les bouddhistes doit viser à les éclairer sur la réalité profonde de la pensée chrétienne. Ils ont du mal à comprendre ce qu’est Dieu et l’imaginent comme une idole. Or il faut rejeter les idoles et leur dire : Dieu est un mystère qu’on ne cesse de découvrir dans l’expérience fondamentale de la relation inter-personnelle (l’opposé de la non-dualité). Il faut se garder d’anthropomorphisme et s’en tenir à la Parole de Jésus : “ celui qui m’a vu a vu le Père ” (Jean 14/9). C’est une parole extraordinaire : Jésus ne donne pas une leçon de théologie, il dit que la manière d’être de Dieu dans le monde n’est autre que sa manière à lui d’être parmi les hommes.

De même que le nirvâna peut commencer dans cette vie, il faut dire aux bouddhistes que la dynamique mort et résurrection peut aussi commencer dans cette vie. Ce peut être une expérience de tous les jours. Cela commence avec notre naissance et toute notre vie est faite de tels passages où nous quittons notre passé pour aborder une vie nouvelle : par exemple le premier jour de l’école maternelle, où s’ouvre notre réseau de relations inter-personnelles. Il y aurait bien d’autres exemples.

Comment enfin voir le Paradis ? certainement pas cette vision naïve mais effrayante de 60 milliards d’être humains ayant déjà vécu, rassemblés dans un jardin de délices. Jésus n’a pas dit que l’on retrouvera le Jardin d’Eden : il a dit “ qu’ils soient un comme le Père et moi sommes un ” (Jean 17,11). Au sommet d’une relation inter-personnelle, il nous invite à partager l’unité de Dieu.

Est-ce si différent de cette unité à laquelle aspirent les bouddhistes ?

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