Résurrection et vie éternelle

Hans-Christoph ASKANI - 7 février 2004

Quelques considérations générales, pour commencer, sur l’homme, la mort et la religion. Trois vérités essentielles : l’homme ne veut pas mourir, il voudrait que sa vie continue ; seul l’homme sait mourir, à l’inverse des animaux, tout au long de sa vie, il a la mort est devant lui ; l’homme ne sait pas mourir, il peut se préparer à la mort, la méditer, ne pas la fuir, et pourtant la mort lui échappe. La mort, inéluctable, est toujours autre, nous dérange et nous dépasse toujours.

Aussi toutes les religions font-elles une place à la mort. Y a-t-il, pour autant, toujours religion là où survient la mort ? On ne peut l’affirmer avec certitude, quoi que, même pour qui se déclare athée, il n’est pas évident que la religion soit absente. Cela dit, les diverses religions ont des attitudes très différentes au regard de la mort. Certaines gardent une place aux ancêtres dans la vie quotidienne : on les nourrit, par exemple. Avec l’hindouisme règne l’idée de la réincarnation, avec le judaïsme celle de la rédemption, avec le christianisme celle de la résurrection. De nos jours enfin, dans nos sociétés, la mort semble comme mise à l’écart, au moins sur un plan collectif. Les vivants oublient le deuil au plus vite. La mort est un accident de parcours : revenons sans tarder à la vie habituelle. Tout cela, parce que notre vie est dominée par l’idée de bon fonctionnement. La mort est une interruption de fonctionnement, passons à la suite, sans investir notre énergie, nos pensées et nos croyances dans un contre-modèle de la mort.

Que sont, ou que furent, les contre-modèles de la mort ? Pour les anciens Egyptiens, seuls les dieux (et les rois) étaient immortels. Mais à partir du Moyen-Empire (vers 2100 avt JC), on se mit à penser que les humains pouvaient aussi, à certaines conditions, accéder à l’immortalité. Il fallait d’abord que soient rigoureusement respectés les rites funéraires. Il fallait aussi que " l’âme " du mort (son Ka) passe devant le tribunal divin et que soit porté sur sa vie un jugement positif. En d’autres termes, un défunt pouvait accéder à l’immortalité parce qu’il a une âme et à condition qu’il ait eu une bonne conduite.

Pour les anciens Grecs, plus précisément pour Platon, l’âme humaine est éternelle. Elle a connu une vie antérieure dans le monde des Idées, dont elle garde le souvenir. Elle est venue vivre dans le corps, s’est liée au corps, au point que, d’une certaine manière, elle en est captive. Dès lors, la mort ne signifie pas autre chose que la libération de l’âme. Tout homme doit comprendre que la mort n’est pas simplement la fin ; pour cela, il doit devenir philosophe. Car, selon Platon, il est, au-delà de la mort, une réalité plus profonde que notre vie quotidienne, réalité antagoniste de la mort et qui assure notre immortalité.

Cette conception platonicienne est-elle celle du christianisme ? Elle fut très répandue chez les chrétiens et certains la partagent encore. Ce n’est pas cependant le message biblique. Il n’y a pas, selon la Bible, de séparation de l’âme et du corps (c’est pour cela qu’on parle de " résurrection de la chair "). Or, si l’on en croit la Genèse, mort et péché sont liés. Il n’y est d’ailleurs jamais dit que l’homme fut créé immortel : dès le début, c’est la mort (comme en d’autres religions) qui marque la frontière entre l’homme et Dieu. Mais le mythe de la chute nous dit que le péché vient s’ajouter à la mort pour séparer l’homme de Dieu et que le péché concerne autant l’âme que le corps. De sorte qu’à l’inverse de ce que pensait Platon, il n’y a aucune continuité possible entre la vie et l’après-mort. Corps et âme doivent l’un et l’autre être rachetés. Seule l’intervention de Dieu, par son incarnation et par la mort et la résurrection du Christ vient briser la toute-puissance de la mort et assure la rédemption à l’homme. Celle-ci ne peut être le fruit d’un effort de l’homme.

Que signifie alors la vie éternelle ? Elle n’est pas la simple prolongation sans fin de la vie terrestre. Elle signifie une transformation totale de l’être humain dans une vie qui est celle que Dieu veut pour nous, différente de ce que nous voulons nous-mêmes. C’est l’abolition de la séparation entre l’homme et Dieu. La résurrection de la chair veut alors dire qu’il y a non pas une continuation du corps en tant que tel, mais que notre chair, qui était en rébellion contre Dieu, reçoit une nouvelle nature, Dieu transformant l’homme dans sa totalité. C’est ainsi qu’il faut comprendre le texte de Paul parlant de " corps spirituel ".

Quant au jugement dernier, c’est une idée fort ancienne. On la trouve, on l’a vu, dans les croyances égyptiennes. Reprise par le christianisme, elle signifie que Dieu, tranchant entre sa propre volonté et celle de l’homme, a le dernier mot ; dernier mot qui veut dire qu’à ce moment-là, la vérité que Dieu nous montrera deviendra aussi notre vérité. Voyant Dieu face à face, nous participerons à sa vérité, acceptant que Dieu s’occupe de nous au lieu de vouloir, seuls, nous occuper de nous-mêmes.


retour