Lectures "modernes" par le christianisme
L’exégèse historico-critique et la question de la vérité historique

Thomas RŒMER - 2 février 2008

L’Ancien Testament, c’est, entre autres, le récit d’une longue histoire, depuis la Création. Mais faut-il vraiment accepter ce récit comme histoire ? Si, jusqu’au 15e siècle, on y a vu des faits rééls, les premiers doutes survinrent avec les découvertes de Copernic et Galilée, qui montraient une image du monde toute différente. Et à partir du 19e siècle, avec la naissance de l’exégèse historico-critique, puis les développements de l’archéologie, les interrogations se sont multipliées. Aujourd’hui la compréhension du récit biblique n’est plus ce qu’elle fut longtemps. Quelques exemples le montrent.

L’histoire des Patriarches.
Selon les récits eux-mêmes, le parcours d’Abraham s’inscrit dans le Croissant fertile, dont toutes les régions, environ 500 avt notre ère, connaissaient des communautés juives. Le voyage d’Abraham traduirait donc en réalité la volonté d’unir toutes ces communautés, faisant d’Abraham leur ancêtre œcuménique. D’autre part, pendant longtemps, on a cru pouvoir parler de “ l’époque des Patriarches ” que l’on situait au deuxième millénaire avant notre ère, en gros au temps du Nouvel Empire égyptien. En réalité, le texte biblique ne donne aucune date et l’étude détaillée de la société et des coutumes des Patriarches les montre beaucoup plus proches de ce que l’on connaît aujourd’hui des sociétés du Moyen-Orient au premier millénaire. Abraham et Jacob ont-ils donc existé ? peut -être, mais sans doute pas comme nous les décrivent les récits bibliques. Ils apparaissent plutôt comme des figures légendaires aux fonctions identitaires. Il s’agit d’une histoire généalogique tendant à montrer que la plupart des peuples de Syro-Palestine sont liés entre eux par une parenté.

L’Exode et la question de l’historicité de Moïse.
Ici, plus de perspective généalogique, mais l’histoire d’une vocation : celle de Moïse, et surtout celle du Peuple d’Israël dans son Alliance avec Dieu. Pour autant, l’Exode est-il contemporain de Ramsès II ? rien ne le prouve. Moïse est ignoré des documents égyptiens, bien que son nom soit égyptien. En réalité, vu l’ancienneté des rapports de voisinage entre l’Egypte et la Syrie-Palestine, de multiples échanges ou conflits auraient laissé des traces dans la mémoire des populations et auraient constitué les matériaux du récit de l’Exode, sans que l’on puisse être assuré de l’historicité de ce dernier. Il y a peu, on a compris qu’avec d’un côté l’histoire des Patriarches et de l’autre celle de l’Exode et de Moïse, on a en fait deux récits des origines sans lien au départ (on fait partie d’Israël parce qu’on descend de tel ancêtre ou parce qu’on accepte l’Alliance) mais que le Pentateuque aurait combinés.

Le livre de Josué et la “ conquête ” de la Palestine.
Y eut-il conquête ? On sait maintenant qu’il est impossible que les choses se soient passées comme le décrit le Livre de Josué. Les traces archéologiques le démentent. L’opposition avec Canaan apparaît plus religieuse qu’ethnique. Canaan, ce sont ceux qui refusent d’adhérer au Dieu d’Israël. Très vraisemblablement, les origines d’israël sont largement autochtones. Que signifie alors ce récit d’une violente guerre de conquête ? Il y a tout lieu d’y voir un récit tardif inspiré des modèles de la propagande assyrienne, que connaissaient les Hébreux. Israël, aux prises avec l’Assyrie, voulait montrer que le Dieu d’Israël est aussi fort que le dieu de l’Assyrie. D’où l’idée, après coup (nous sommes au 6e siècle), de raconter une conquête. Le Livre de Josué semble bien une contre-histoire contre les Assyriens.

La question de la Royauté.
Saül, David et Salomon sont-ils des rois historiques ? la question est de nos jours en plein débat. Ces trois rois sont des rois-type : le guerrier, le fondateur, le bâtisseur. Pendant longtemps on n’en avait d’autre preuve que le récit biblique. Depuis quelques décennies, une trouvaille archéologique a montré que les peuples de la région connaissaient une “ maison de David ”. Pour autant, on peut penser que la réalité historique fut différente de ce que la Bible nous raconte. Selon Finkelstein et Silberman, il s’agirait vraisemblablement de roitelets locaux. Les récits, écrits après coup et faisant ressortir la splendeur du Royaume d’Israël, auraient eu pour but de mettre les rois d’Israël sur le même pied que les autres souverains orientaux.

Finalement, de tout cela, il ressort que le récit biblique est une sorte de “ réécriture ” de l’histoire. C’est un récit identitaire, qui fait remonter aux temps mythiques des origines les rites qui seront les caractéristiques propres du Judaïsme : le shabbat, les interdits alimentaires, la circoncision, la Pâque. Tout est donné dès les origines, dans le Pentateuque. En ce sens, les récits bibliques constituent une interprétation théologique de l’histoire. Pour les auteurs bibliques, il est clair que Dieu intervient dans l’histoire. Il est aux origines, il a donné la Loi, il a puni le peuple de ses désobéissances ; c’est le retour aux prescriptions divines qui assurera le salut d’Israël.

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