2003 année de la Bible

Editorial de janvier - février 2003

L'incroyable nouvelle de Noël, c'est que Dieu se révèle à nous dans la faiblesse et la fragilité. Mais, est-ce une bonne ou un mauvaise nouvelle ? Parce qu'il est faible et fragile, on pourra faire ce qu'on voudra de ce Dieu-là. Et nous voilà déjà avec quatre évangiles qui se contredisent, des apôtres qui se disputent, des Eglises qui se séparent. Voilà qu'on peut se servir de ce Dieu pour justifier la guerre ou la torture, l'inquisition ou le nazisme. Voilà qu'on n'a plus dans les mains de vérité toute faite, mais qu'il faut chercher sans cesse comment croire et comment vivre. Oui, c'est plutôt une mauvaise nouvelle, surtout pour nous protestants qui, depuis la Réforme, ne voulons qu'une seule référence, la Bible ( sola scriptura ), un livre qu'il faut essayer de traduire, de com-prendre, d'interpréter, malgré les changements de langage, de culture, malgré les contradictions internes. Quelle religion compliquée ! Voilà Dieu lui-même qui se perd dans le monde des hommes, qui se donne à nous, qui se livre aux historiens, aux philologues, aux traducteurs, aux exégètes, aux théologiens. Quelle catastrophe ! Comment ensuite avoir les idées claires, une religion raisonnable, avec un Dieu si faible qu'on peut en faire ce qu'on veut ?

Toutes les Eglises issues de la Réforme, la Fédération protes-tante, les associations évangé-liques ont décidé de faire de 2003 l'année de la Bible. Dans ces Nouvelles d'Auteuil, vous trouverez plusieurs articles qui vont dans ce sens, notamment celui de Liliane Crété sur Zwingli et la Bible, et le résumé du déjeuner-débat animé par le pasteur Christian Bonnet sur les différentes traductions de la Bible. Aujourd'hui, nous sommes devant ce paradoxe : un nombre croissant de personnes, et particulièrement les jeunes, s'intéressent à la religion, à la spiritualité, mais, en même temps, très peu connaissent la Bible (cf. enquête de La Croix dans le résumé du déjeuner-débat). Certains croient que la Bible est un livre sacré, magique, ésotérique, un livre pour initiés. D'autres pensent qu'il n'énonce que des rites, des lois, des dogmes. A nous de leur montrer d'abord que c'est un livre de culture et d'histoire, de littérature, de contes, de légendes, de témoignages, que ses textes peuvent être lus, étudiés comme les autres, qu'ils ont des auteurs variés, des sources diverses, des couches rédactionnelles, qu'ils sont liés aux cultures qu'ils traversent. Ce livre, à la fois le plus connu et le plus méconnu, celui sur lequel on a le plus écrit, peint, construit, composé et qui dans notre culture reste négligé et marginalisé, à nous de montrer qu'il n'est pas figé, mais vivant et ouvert.

Mais ce n'est pourtant pas un livre comme les autres. Il est et restera toujours une terre de découverte, un champ d'aventure. Ce trésor qui s'y cache et s'y révèle est d'une richesse inépuisable. Celui qui croit avoir trouvé ce trésor, l'avoir intégré à sa vie, annexé à son cerveau, est un imposteur et un prétentieux : il n'a pu apercevoir qu'une facette, une parcelle d'une vérité à la fois trop simple et trop absolue, trop au-delà de nos raisons, trop bouleversante. Nous n'aurons jamais fini d'approcher cette vérité. On ne peut pas être à la fois fidèle à ce livre foisonnant, multiple, et sectaire, dogmatique ou traditionaliste.

Nous paroissiens de cette Eglise avons pour tâche, à travers presque toutes nos activités, d'être des chercheurs de ce trésor, non de répéter une tradition fermée, non de relire de vieux textes connus, mais de chercher toujours et encore, à travers ces paroles de vie, de vent, de liberté, ce qui donne sens et lumière à toute notre existence.

Jacques JUILLARD


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