Accueillir et être accueilli,

Éditorial de mai-juin-été 2017

Je reviens de Genève où j'ai passé 3 jours en voyage d'études auprès des organismes internationaux qui s'occupent de la question des migrations de masse et des réfugiés. J'ai profité d'une heure de libre un matin pour aller me recueillir devant le mur de la Réformation. Il y a près de 500 ans et maintenant, des hommes, des femmes et des enfants ont été obligés de quitter leur maison et leur pays au péril de leur vie, en espérant pouvoir être accueillis et se réinstaller ailleurs, dans un autre pays, avec une autre culture, une autre langue, un autre mode de vie, souvent un autre métier, une autre religion majoritaire. Les protestants qui sont partis vers les terres d'accueil ont refait leur vie et ont souvent apporté la richesse dans leur nouveau pays grâce à leur travail et à leur savoir-faire. Et la France y a beaucoup perdu. De tous temps, en commençant avec nos ancêtres africains qui ont quitté les hautes terres pour coloniser le monde, poussés par on ne sait quoi, curiosité, recherche de nourriture et d'eau, fuite devant des prédateurs, des hommes ont voulu ou dû quitter leur foyer. Ils ont colonisé le nouveau monde, fourni la main d'ouvre qui manquait dans les périodes de prospérité, fui les zones de conflit des 2 guerres mondiales, été séparés de leur famille... Certains ont pu rentrer chez eux après quelques années ou une vie, d'autres ne l'ont pas souhaité, d'autres ne l'ont pas pu. Les diverses communautés se sont intégrées, ou pas, et ils ont la plupart du temps enrichi leur pays d'accueil (et même leur pays de départ souvent), et pas uniquement par leur travail.

Nous faisons face à un nouveau défi aujourd'hui : de nouveaux flux migratoires donnent l'impression que l'Europe est envahie. Près d'un million de personnes sont entrées sur le territoire européen en 2015, fuyant la guerre, la famine, espérant une situation meilleure, rêvant de la prospérité européenne. Ils ont voyagé au péril de leur vie pendant de longues semaines, ont échappé à la mort et espèrent être accueillis. Il faut replacer les chiffres dans leur contexte : aucun pays européen n'est dans le « top 10 » des États pour le nombre de réfugiés accueillis (le premier est la Turquie avec 2,9 millions de Syriens), aucun État européen n'accueille une proportion élevée de réfugiés par rapport à sa population (pensez qu'au Liban il y a plus de 180 réfugiés pour 1000 habitants). L'Europe compte 550 millions d'habitants, il devrait être possible de pouvoir accueillir 1 million de réfugiés, bien répartis, et même si leur religion n'est pas la même que la nôtre. Ils cherchent tous la paix (à quelques individus près peut-être mais ce n'est pas une raison). C'est aux États de s'organiser, et si possible aux États européens de montrer un front uni et cohérent pour que cela se passe au mieux, pour que les procédures d'accueil soient efficaces et les décisions prises rapidement pour que ceux qui en ont le plus besoin puissent trouver un point de chute et ne plus passer des années, voire des dizaines d'années pour certains, dans des camps de réfugiés, avec la précarité que l'on devine, quels que soient les efforts des organismes ou États en charge.

Et je veux signaler le projet de mise en place en France de "couloirs humanitaires" avec la signature le 14 mars dernier à l'Élysée d'un protocole d'accord entre les cinq promoteurs du projet (Communauté de Sant'Egidio, Fédération protestante de France, Fédération de l'Entraide protestante, Conférence des évêques de France, Secours catholique - Caritas France) et les ministères de l'Intérieur et des Affaires étrangères pour la mise en ouvre du projet "Opération d'accueil solidaire de réfugiés en provenance du Liban (couloirs humanitaires)". Ce protocole prévoit les conditions d'identification, d'accueil, d'intégration et d'inclusion en France de 500 personnes dans les 18 mois après la signature du protocole avec une priorité aux personnes les plus vulnérables.

Alors me direz-vous, quel rapport avec Auteuil ? Tout d'abord permettre d'alimenter la réflexion positive, de remettre les choses en perspective. Même si nous n'avons pas les moyens d'accueillir physiquement des réfugiés, au moins nous pouvons être conscients du problème, soutenir ceux qui s'en occupent, développer les actions concrètes telles que l'alphabétisation ou le soutien à l'éducation (un des moteurs de l'intégration), ne pas avoir peur d'être « envahis » mais chercher l'enrichissement et comprendre l'autre.

Et puis, encore plus près de nous, en profiter pour mieux nous accueillir les uns les autres, développer notre bienveillance et notre écoute, nous préparer à accueillir un nouveau pasteur, quand le temps sera venu, avec ses qualités et ses défauts (comme vous devez accepter les miens), ses idées pour le développement de notre paroisse, ses différences avec les pasteurs précédents, et les suivants. on n'a pas encore trouvé le moyen de faire des clones du pasteur idéal, et je suis sûre que si je vous pose la question vous aurez tous un avis différent. Une chose est sûre, nous attendons de lui, ou d'elle des capacités d'accueil et d'écoute et nous nous en assurerons. Si vous n'avez pas l'impression d'être accueilli ou écouté, l'annonce de la Parole ne porte pas de fruits et la communauté n'existe plus.

« Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut. » (Actes 2 ; 47).

Isabelle BÉCHON, présidente du Conseil presbytéral


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