Agir local, penser global
et réciproquement

Editorial de janvier-février 2013

Dans le numéro 248 des Nouvelles d'Auteuil, j'avais annoncé la venue en notre sein de l'Eglise Protestante Unie de France, communion luthérienne et réformée. Désormais, c'est chose faite. Non sans douleur. Car autant la maïeutique est un art plaisant et un exercice agréable, autant l'accouchement d'une institution, surtout quand il faut se prendre à deux fois avant d'y parvenir, est pénible et saumâtre. Comme vous l'avez constaté et vécu, il a fallu deux Assemblées générales extraordinaires pour aboutir à la délivrance (cf. en pages intérieures les échos de ces deux AGE). Je vous dois des excuses pour cela, mais aussi quelques remarques additionnelles.

D'abord, sur la forme. L'entrée de notre paroisse dans la nouvelle union protestante suppose l'adoption de statuts-type. Or ceux-ci comportent des clauses qui nous empêchent d'être libres de nos mouvements en matière de composition du Conseil presbytéral. Leur adaptation à nos propres contraintes était, donc, nécessaire dans un premier temps pour pouvoir, dans la même AGE, et voter les nouveaux statuts de notre association cultuelle et élire le nouveau collège du Conseil presbytéral. Ce faisant, nous avions pu avoir un Conseil presbytéral mais étions restés sur le parvis de l'Eglise Protestante Unie de France. D'où la nécessité de la seconde assemblée extraordinaire réunie pour adopter les statuts conformes dans leur intégralité, après que nous ayons obtenu une dérogation et une validation du Conseil régional pour la composition de notre nouveau Conseil presbytéral. Tout est bien qui finit bien !

Sur le fond, quel enjeu peut-il y avoir derrière ces manouvres procédurières ? A mon sens, une double problématique. La première est devenue une antienne : le déficit d'engagement. Ce n'est pas un reproche mais un constat doublé d'un appel. Notre communauté d'Auteuil a besoin d'un renouvellement de ses responsables à tous les niveaux. A défaut, ce sont toujours les mêmes épaules qui en porteront la charge, certes toujours avec les mêmes enthousiasmes et disponibilités mais, à la longue, avec un peu de frustrations de ne pas pouvoir partager avec d'autres la joie et le privilège d'être au service du Christ et de son Eglise.

L'Assemblée générale a porté à seize le nombre de conseillers presbytéraux. Seuls onze postes sont pourvus. Il est fortement souhaité qu'au moins avant l'Assemblée générale ordinaire prévue pour le 21 avril prochain des vocations puissent naître et renforcer l'équipe qui vient d'être élue. Sachant que ce n'est pas seulement au niveau du Conseil presbytéral dont on a besoin d'un renforcement et d'une rotation des bénévoles mais aussi à l'Entraide, chez Etudes et Recherche et dans d'autres ministères.

La seconde problématique de fond est aussi vieille que l'Église réformée. Rien de moins ni de plus que le système presbytéro-synodal sur lequel est fondé notre fonctionnement collectif et doit continuer à être ancrée l'Eglise Protestante Unie, communion luthérienne et réformée. Dans un tel dispositif, la paroisse d'Auteuil ne vit pas en vase clos mais en tension entre, d'un côté, le local et, de l'autre, le régional, le national, bref le global. Sans verser dans un juridisme pointilleux, il y a lieu juste de rappeler que l'équilibre doit être trouvé et prévaloir entre les églises locales et les organes régionaux et nationaux. L'assemblée du peuple de Dieu ('ekklesia'), assise sur les communautés locales, est la base souveraine. Mais coordination, synchronisation et solidarité dans le témoignage et les ouvres requièrent un rassemblement, au sein d'une superstructure régionale et nationale, des protestants épars.

L'attachement des réformés de chez les réformés à leur propre clocher ne doit pas se faire au détriment de l'appartenance à l'union. En tant que communauté locale, il nous faut, donc, agir local et penser global. Mais, inversement, la réforme ayant aboli, pour le meilleur et pour le pire, toute forme de hiérarchie entre protestants, la superstructure gagne à agir global et penser local. Réciprocité et respect mutuel constituent la clé de l'harmonie de notre organisation d'église.

L'unique autorité est celle du Christ, le Divin Sauveur dont nous venons de fêter l'avènement et à qui, au seuil de cette nouvelle année, selon les vers de Racine mis en en musique par Gabriel FAURÉ, nous demandons de répandre le feu de sa grâce puissante sur son peuple fidèle.

Jaona RAVALOSON
président du Conseil presbytéral


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