Bénir :
emprunter des chemins de paix

Editorial de mai-juin 2014

Pourquoi ouvrir maintenant la discussion sur la bénédiction des personnes et des couples en Église ? Ce numéro contient une présentation du dossier synodal intitulé « Bénir : Témoins de l'Évangile dans l'accompagnement des personnes et des couples », ainsi que de la manière dont il sera abordé au sein de l'Église réformée d'Auteuil.

Des débats passionnés ont accompagné le processus parlementaire qui a conduit à l'adoption de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe. Les convictions religieuses ont été invoquées, souvent pour combattre l'évolution de la loi, parfois pour la soutenir.

De son côté, l'Eglise protestante unie de France s'est tenue en retrait de la discussion. D'une part, le président du Conseil national, Laurent Schlumberger affirmait dès l'été 2012 que le calendrier de l'Église n'était pas dicté par l'actualité. Il convenait d'attendre que le dossier en préparation soit prêt. Il en a certes frustré plus d'un par la retenue affichée.

D'autre part et surtout, notre Église ne détermine sa position ni par la parole d'un seul, fût-il dûment élu à une responsabilité, ni par l'autorité auto-proclamée de quelques-uns, quels qu'ils soient.

Notre Église se détermine par le processus synodal. Il permet aux divers lieux de consultation et de délibération qui la composent de participer à l'élaboration et à la prise de décision. La dimension presbytérale est celle de l'Église locale. Chaque membre est invité à prendre part à la discussion, sous la conduite du Conseil presbytéral (qui comprend le pasteur).

La dimension synodale inclut le régional et le national. Au plan régional, les délégués des Églises locales sont chargés d'examiner un projet de décision, le cas échéant de le compléter ou de le réorienter, afin de donner un avis. Au plan national, les délégués des régions examinent à leur tour le projet de manière à pouvoir prendre une décision qui engage l'Église protestante unie.

La discussion que nous ouvrons au sein de l'Église réformée d'Auteuil s'inscrit dans ce processus. Il s'agit d'un débat préparatoire, qui a lieu dans toutes les Églises locales et paroisses qui composent l'Église protestante unie de France. La discussion vise à donner des indications et des orientations qui permettront aux rapporteurs nationaux de déterminer quelle proposition devrait être soumise à l'avis des Synodes régionaux de novembre 2014, en vue d'une décision lors de la session du Synode national de mai 2015.

En insistant sur le processus, j'indique que la phase qui s'ouvre est déterminante pour la suite. Je souligne aussi que la manière de mener la discussion est tout aussi importante que son objet. En effet, le débat sur la bénédiction interpelle notre capacité à « faire Église ». Il met à l'épreuve notre volonté de préserver un esprit de fraternité et de communion dans une discussion où les avis divergeront.

Je reprends bien volontiers à mon compte l'exhortation par laquelle L. Schlumberger conclut la préface du dossier synodal : il nous engage à ne pas céder aux sirènes de l'affrontement spectacle, mais au contraire à chercher à grandir ensemble en fidélité, dans l'échange des arguments et dans l'écoute mutuelle.

A mon tour, j'appelle chacun à prendre part au débat dans le respect des personnes. Nous serons touchés dans nos convictions. Nous serons interrogés dans notre identité. Ce sont des questions sensibles, il est bon d'en parler avec douceur. Ce sera notre témoignage commun.

Pasteur Nicolas COCHAND


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