Bonne année !

Editorial de janvier 2007

Une formule anodine peut accueillir Dieu. C’est ainsi que s’exprimait un de mes collègues à la radio il y a quelques semaines. Il faisait remarquer par exemple qu’au fond du mot « salutation » se tapit le mot salut. Et il en va de même pour bien d’autres paroles. Ainsi quand je dis à quelqu’un « Bonjour », je lui souhaite que le jour soit bon ! Cette parole fait écho à la parole de Dieu qui au sixième jour le constate d’emblée : « Il y eut un soir et il y eut un matin. C’était très bon » (Genèse ch. 1, 31). Dieu ose même le superlatif, ce qui nous autoriserait à lancer un « très bonjour » en rencontrant quelqu’un dans la rue.

Toujours ce même collègue, dont je tairai le nom, faisait remarquer que " Bonjour, mon-sieur ", lu à l’envers, c’est presque une confession de foi : " Mon Seigneur, que le jour est bon ! ". La formule de politesse n’est donc qu’un cocon. A l’intérieur gît une vraie bénédiction.

Il en est peut-être de même pour les vœux que nous échangeons en ce moment. Est-ce que nous mesurons toujours très bien ce que nous disons lorsque nous adressons à nos proches une " bonne nouvelle année " ? Souvent nous prononçons cette formule à la légère, sans prêter vraiment attention à ce qu’elle renferme. Mesurons-nous vraiment le poids de ces mots « Une bonne nouvelle année " ?

Rien de nouveau sous le soleil dit la voix de l’Ecclésiaste et avec lui les pessimistes. C’est vrai que nous avons tout vu, tout compris, tout entendu. Quelques fois, c’est la surprise devant tels ou tels événements, mais elle fait très vite place au " déjà vu " ou au " déjà entendu ". Et c’est la déception qui nous accable.

C’est un mystère particulièrement occidental de ne pas arriver à se réjouir pleinement de la vie. Or, avec Jésus, il est possible de se présenter à la vie, à n’importe quel moment, pour en saisir l’exceptionnel et l’incompréhensible. A n’importe quel âge, il est possible de s’émerveiller et de garder cet esprit d’étonnement devant les événements. C’est peut-être cela la grâce. On en parle beaucoup sans savoir très bien ce que cache ce mot. Finalement, la grâce c’est que chaque instant devienne irrésistiblement nouveau.

Au début de cette année nouvelle, qui s’annonce difficile pour beaucoup de nos concitoyens, je souhaite à mon Eglise et à chacun une " bonne année nouvelle ". Et lorsque nous prononcerons ces mots à d’autres (et même si nous les prononçons pour s’en acquitter vite fait), souvenons-nous que derrière cette formule de politesse gît une force cachée, une vraie bénédiction et une parole qui vient d’un autre que nous-mêmes et qui peut accueillir Dieu.

Christian BARBÉRY


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