Cinq conversions
pour l'homme nouveau
Un autre regard sur Noël

Editorial de novembre - décembre 2002

Parfois, au creux de l'hiver, soupirs et désillusions s'enchaînent sans qu'il paraisse y avoir de solution miracle. Alors, l'enfermement sur soi-même et la lassitude guettent ! Et l'on se force à fêter Noël en espérant que la dinde et l'ambiance seront moins sèches que l'année dernière...

A l'inverse, il est des êtres qui ne se lassent pas, dans les tempêtes, de faire partager leur énergie et leur espérance, redonnant sens à tout ce qu'ils touchent. Comme si Noël était une irruption de la vie, une conversion de chaque instant. En les regardant mieux, nous nous apercevrions que notre monde et notre vie, sont fondés sur cinq grands piliers qui motivent l'enfermement ou la rencontre, la crispation ou l'ouverture.

Vive l'homme !

Le premier pilier est l'être humain. Notre société, forte de ses avancées, aura toujours tendance a gérer les décisions et les conflits en privilégiant l'aspect technique. Sans doute cette efficacité est-elle indispensable pour diriger des masses humaines ou des entreprises.

Mais au cœur même de la foule, un certain Jésus regardait Zachée face à face, lui redonnant son humanité perdue. Et la petitesse étonnante de la crèche n'est-elle pas une invitation à retrouver l'humain dans l'homme, à ré-humaniser nos rencontres, nos rapports avec les autres, la société même ? Peut-être serait-ce déjà une conversion, un premier changement de regard...

L'homme est UN

Le second pilier d'une vie paraît être son unité. Depuis l'essor du monde moderne, les décisions ne se prennent plus tout seul. Il est fait appel à une multitude de spécialistes, chacun donnant son appréciation. En Eglise, la tendance est à la création d'activités variées, indépendantes, qui risquent de produire des micros-communautés qui ne sont pas forcément reliées. Nos familles aussi sont éparpillées. Et jusqu'à nous-mêmes, qui sommes capables de dire blanc et de faire noir, ou de compartimenter famille, amis et travail.

Or le même Jésus disait aux paralysés dont les muscles n'étaient plus reliés aux membres (définition de l'époque !) : " Lève-toi et marche ".

Et tout, dans les récits de Noël, converge vers un seul point : la naissance d'une espérance totale. Ce second pilier ne nous inviterait-il donc pas à retrouver en nous l'unité ?

Au cœur de l'homme, il y a le cœur

Tout cela nous paraît-il un peu intellectuel ? C'est justement le troisième pilier de vie : l'intelligence. Il ne s'agit pas d'intellectualiser tout ce que nous touchons, mais de laisser la vie entrer en nous, avec cœur, avec intelligence. C'est-à-dire en discernant plus qu'en décortiquant. Si notre monde fait usage de techniques d'analyse, rien ne peut l'orienter si ce n'est le discernement.

Jésus ne montrait-il pas la petite offrande de la veuve, contre la loi des Pharisiens ? Les mages eux-mêmes, dont on dit qu'ils étaient rois, sont venus apporter des présents à un enfant, sans fioriture. C'est une troisième conversion à la vie.

J'ai raison donc tu as tort...

Un autre risque pour l'homme, au regard de notre actualité, paraît être l'absolutisation. Quand notre vérité balaie tout sur son passage, y compris l'avis (la vie ?) d'autrui. Peut-être ne voyons-nous pas que la vérité est toujours au-delà de nous-mêmes ? Pourtant, reconnaître dans un enfant de Noël le Christ envoyé pour l'homme, n'avait rien, pour les bergers, d'une quête d'absolu... et la conversion de Paul après son totalitarisme théologique, pourrait nous mener sur le chemin de notre propre conversion et de la relativité qui remet les êtres et les choses à leur juste place.

L'homme, un être d'esprit

Mais tout ceci n'est rien sans le dernier pilier, qui fait la différence entre l'humaniste et celui qui se dit chrétien. Se convertir n'est rien, si cela ne nous ouvre à une autre dimension, celle de la spiritualité. Notre matérialisme risquerait bien de rabaisser l'homme, qui est pourtant le seul animal à pouvoir accepter en lui une présence autre que la sienne, qui donne sens à sa vie.

Comme un soir de décembre où toutes les auberges étaient pleines, sauf une petite étable désertée mais pleine de sens...

Reconnaître en nous cette étable me paraît être la conversion qui commande toutes les autres, et leur donne sens.

Ainsi pourrons-nous reconnaître que l'homme est un être d'humanité, d'unité, d'intelligence, de relativité et de spiritualité. Un nouveau-né nous l'a signifié, lui qui était signe d'amour pour nous et notre monde. A nous donc de retrouver l'Homme en l'homme.

Marc DE BONNECHOSE


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