Confesser sa foi

Editorial de septembre-octobre 2015

La foi a par excellence une dimension personnelle et intime.

Elle s'accompagne de mots, de questions et de réflexions, mais elle est aussi, et peut-être en premier, en-deçà du langage. La foi est un mouvement intérieur, un appel, un élan, parfois un cri.

Elle se structure en certitudes et en questions ouvertes, en doutes et en clarté. La foi ne se confond pas avec des mots, mais elle ne saurait s'en passer dès lors qu'elle devient prière publique, déclaration ouverte, appartenance à un corps ecclésial.

Dire sa foi est de ce fait un acte de courage. Il en va de donner forme à des choses qu'on ressent, d'essayer de le faire de manière authentique, sans se trahir, mais aussi sans se découvrir trop.

Dire sa foi, c'est agencer des mots reçus de la tradition, des mots riches et lourds de sens, au point qu'ils en deviennent parfois trop massifs ou même opaques. Dire sa foi, c'est donc aussi chercher des mots qui permettent d'exprimer quelque chose de plus personnel.

De ce fait, j'aimerais d'abord souligner l'importance de ce qui est demandé aux confirmands lorsqu'il leur est proposé de parler de ce qu'ils croient. Comme chaque année, ce numéro publie les déclarations prononcées lors du culte de confirmation, à Pentecôte.

Dire sa foi en Église consiste également à s'inscrire dans une histoire, celle des personnes qui nous ont précédés et qui nous ont transmis, non pas la foi, qui ne se transmet pas, mais des mots pour la dire et pour l'interroger. Certaines expressions nous habitent, sans que nous ne les ayons formulées nous-mêmes. D'autres, tout aussi traditionnelles, nous paraissent difficiles à recevoir.

Les mots et expressions hérités de l'histoire des Églises et des chrétiens ont la vertu d'être à la fois des vecteurs et des écrans. Ils sont des vecteurs car ils portent en eux cette histoire, ils permettent de dire quelque chose de la foi en s'appuyant sur des notions aisément identifiables.
En même temps, ils sont des écrans.

D'une part, ils permettent justement de dire sa foi sans se dévoiler trop. Ils nous autorisent à une certaine pudeur. D'autre part, ils peuvent faire obstacle au mouvement de la foi, car ils en figent l'affirmation, en réponse à des questions et à des enjeux qui ne sont plus les nôtres, et ne nous permettent pas forcément d'exprimer ce qui nous habite et nous travaille.

Confesser sa foi revient donc à la fois à s'inscrire dans une tradition reçue et à formuler de manière nouvelle et personnelle un mouvement intérieur qui ne se réduira jamais aux mots. Sinon, elle risque de se figer en eux et de se scléroser, confondant vigueur et rigidité.

Le processus ecclésial de l'Église protestante unie de France, dont il est question dans l'article de fond, se déroule dans une perspective analogue, entre le besoin de s'inscrire dans la tradition chrétienne telle qu'elle s'exprime au sein des Églises issues de la Réforme du 16e siècle, et la nécessité de formuler la foi dans des expressions et des formes qui répondent aux enjeux contemporains.

Pour notre part, nous prendrons le temps, au sein de l'Église réformée d'Auteuil, de faire le point sur des formulations de la foi. Les rencontres du mardi, matin et soir (partage biblique), y seront consacrées dès novembre.

Entre dire et suggérer, affirmer et questionner, recevoir et renouveler, il y a place pour de nombreuses expressions.

Pasteur Nicolas COCHAND


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