Corps du Christ

Editorial de mai-juin 2015

« Vous êtes le corps du Christ. » On ne peut pas être plus direct que ces paroles de l'apôtre Paul. La foi crée une appartenance commune, elle développe un sens de la solidarité dont elle ne saurait se départir sans se trahir.

La notion de corps du Christ, c'est d'abord cela. Si la foi est bien une expérience personnelle et parfois solitaire, on n'est pas croyant tout seul. On l'est en lien avec d'autres, en intégrant un réseau, en rejoignant une communauté qui nous accueille, en s'inscrivant dans une histoire qui nous a précédé.

Ainsi, lorsqu'on déclare publiquement sa foi, c'est bien sûr une démarche personnelle, mais c'est aussi une démarche qui se fait en Église. Les confirmations qui ont lieu à Pentecôte constituent un moment significatif de cette insertion personnelle dans un corps. Les jeunes qui sont confirmés sont accueillis dans l'Église ; ils manifestent leur foi personnelle en prenant la parole publiquement et en prenant part au repas du Seigneur.

Car la dimension de corps du Christ se manifeste tout particulièrement dans la Sainte Cène. L'article de fond de ce journal est consacré à cette question, dans la suite du dossier du précédent numéro. Le rappel de la célébration - repas du jeudi Saint évoque aussi, par l'image et par le texte, un moment fort qui nous a permis de prendre à nouveau conscience de l'enracinement de la Cène chrétienne dans la Pâque juive.

La notion de corps est développée par l'apôtre Paul, comme nous l'indiquons dans l'article. En tant que protestants, nous avons en général assez bien intégré la dimension horizontale de cette notion : ensemble, les croyants constituent un corps. C'est à travers la communauté réunie que Christ est présent et que nous pouvons en prendre conscience.

En même temps, un rapport un peu distant et parfois conflictuel demeure avec la communauté. Je n'ai pas vraiment besoin d'aller au culte pour être en contact avec le Seigneur, dit-on parfois. Je vis ma foi dans l'engagement concret de la vie quotidienne, ajoute-t-on volontiers. Et c'est vrai et légitime.

Mais ne jouons pas l'un - l'individuel - contre l'autre - le communautaire. Au contraire, l'un ne va pas sans l'autre. Certes, les rythmes et la proximité varient selon les périodes de la vie.

Toutefois, ne confondons pas non plus le corps du Christ avec la communauté concrète. Celle-ci reste constituée d'individus fragiles et faillibles ; pécheurs, en un mot. La communauté est aussi un lieu de blessures.

Ce n'est pas par la force de foi de ses membres qu'une communauté fait corps. Elle n'est pas corps du Christ en tant que telle. Elle le devient, rencontre après rencontre, en s'en remettant au Seigneur, en accueillant sa grâce et en la recevant dans la prédication et dans la communion.

C'est le Christ qui fait de nous un corps, son corps. La vie de foi est un joyeux échange, pour reprendre une formule de Luther, entre les pécheurs que nous restons et le Seigneur qui nous accueille sans relâche dans sa grâce.

En tant que protestants, nous avons besoin de redécouvrir la dimension verticale de la notion de corps du Christ : celle qui se reçoit, par la foi, dans la parole proclamée et dans le pain partagé. C'est parce que c'est du Christ que nous recevons la reconnaissance fondamentale et inconditionnelle que l'on appelle la grâce que nous pouvons nous accueillir, nous recevoir les uns les autres comme membres d'un même corps, nous soutenir et parfois nous supporter les uns les autres. C'est parce que le Christ se donne pleinement à nous que nous pouvons nous accorder la reconnaissance mutuelle que nous sommes venus chercher.

Pasteur Nicolas COCHAND


retour