De Joseph à l'Apocalypse

Editorial de mars-avril 2004

Nous sommes pris à contre-pied

Bientôt, l'Apocalypse s'ouvrira à nous par les études bibliques, avec son cortège de monstres improbables et de paroles elliptiques... croit-on. Car elle est avant tout un livre d'espérance simple pour aujourd'hui... Le Joseph de l'Ancien Testament nous a accompagnés de son histoire pittoresque, vendu par ses frères et confiant en son Dieu. Il disait simplement : " Le mal que vous aviez pensé me faire, Dieu l'a pensé en bien ". Du commencement à la fin, la Bible nous parle par énigmes et par renversements. N'est-il pas curieux que la vie, la réflexion, l'action des hommes soient à ce point prises à contre-pied dès qu'une parole d'espérance les touche ? On raconte souvent l'histoire de ce rabbin qui aimait reconnaître joyeusement le péché de sa vie. Car, disait-il, à chaque fois que je coupe le fil de la relation avec Dieu, il fait un nœud pour le retendre. Et peu à peu, au gré des espérances rompues et des promesses non tenues, le fil devient de plus en plus court... l'homme ne se rapproche pas de Dieu, mais Dieu se rapproche sans doute de l'homme...

... pour vivre

De Joseph à l'Apocalypse, ce n'est donc pas l'histoire ou les événements qui comptent, mais la permanence de la confiance. Non pas l'exactitude mais ce qui fait vivre. Non pas le nombre des projets mais le sens qui les traverse tous. Non pas la quête effrénée du bonheur mais l'acceptation d'être aimés. D'un lieu de diversité extrême comme Auteuil, où chaque expérience personnelle est particulière et unique, seul le contre-pied divin peut créer une communauté. Car ce ne sont ni nos projets ni nos affinités qui nous rapprochent, mais une même conviction qui nous transperce : celle de se sentir aimés. Aimés du même amour que celui qui fit de la bande hétéroclite des frères de Joseph, non plus des sauvageons hirsutes mais les douze tribus d'Israël. Sans doute pourra-t-on découvrir là, non pas le fruit de nos projets humains (qu'il faut quand même prévoir !) mais ceux de la fidélité d'un Père.

...une communauté qui se laisse aimer

Au moment où se prépare l'Assemblée générale de notre paroisse, que ce soit donc le mot accueil qui nous fasse vivre. Accueil du nouveau pasteur, accueil des nouveaux venus dans leur diversité, accueil de l'engagement de chacun, quel qu'il soit. Sans doute. Mais notre communauté ne sera réellement dans la vie et dans la ligne de l'Evangile, que si elle accueille le contre-pied de Dieu. Celui-là même qui nous dit : " Laisse-toi aimer, laisse-toi accueillir, et agis en conséquence ". Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux, disait l'apôtre. Et ce qu'IL veut, c'est que la confiance en Son amour soit l'origine de tout geste que nous posons, de tout signe que nous imaginons, de tout projet que nous formons.

...dans le présent

C'est finalement d'une simplicité toute évangélique ! Mais pour cela, il nous faut reconnaître que ce n'est pas l'avenir qui nous gouverne, ni même notre passé dont nous tirons toutes sortes d'enseignements, de courbes et d'idées, mais le présent. En relisant l'Apocalypse pour préparer les études bibliques, je me suis laissé prendre par ce mot qui revient tout à la fin, comme une conclusion de la Bible : " il vient ". Non pas " il est venu ", mais " il vient ". Un proverbe africain dit ceci : " Si tu as vu le front de celui qui est venu, tu as aussi vu le derrière de sa tête ". Car celui qui est venu, est forcément passé. Ce qui fait notre communauté, notre espérance et notre projet, ce n'est pas uniquement que Jésus soit venu dans le monde, mais c'est toute la force de ce " il vient ".

Et puisque " il vient ", alors je vous invite tout simplement à l'accueillir, à vous laisser aimer, puis à prendre votre téléphone pour appeler quelques paroissiens de votre connaissance et examiner avec eux ce que vous pouvez faire ensemble. Essayez, vous verrez... Le secrétariat tient à votre disposition les coordonnées de vos frères.

Marc DE BONNECHOSE


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