De l'au revoir à la communion

Editorial de juillet-août 2004

11 ans ? Déjà...

Une paroissienne qui se voulait aimable, m'a signalé il y a peu que j'aurais dû attendre encore un an avant de partir, pour que ça fasse douze... pour que le compte soit juste et plus symbolique ! Ce à quoi on aurait pu répondre qu'il y a un an, ça aurait fait dix, tout aussi symbolique... ! Douze, comme le peuple constitué sous le regard de Dieu, dix, comme les plaies d'Egypte et les difficultés de la liberté ; douze comme l'Eglise des disciples qui regardent vers demain, dix comme la loi donnée qui fonde et structure les êtres...

Eh bien ce sera onze ! Tant pis pour les symboles ! Mais, chère madame, si vous souhaitez vraiment trouver des symboles partout, je ne vois guère que celui des onze apôtres, la veille de Pentecôte, se réunissant pour prier, redonner à Dieu ce qui lui appartient, et choisir celui qui viendra les soutenir, les accompagner sur le nouveau chemin ouvert par la résurrection. Onze, comme de nouveaux projets qui pointent à l'horizon...et l'arrivée d'un nouveau pasteur pour faire le douzième !

La vie sous les mots

Certains d'entre vous ont connu et accompagné un pasteur-proposant un peu réservé, débarqué avec femme (merci à elle) et un enfant... De l'université, il avait la théologie trop bien ficelée, la science absconse des budgets, deux ou trois savoirs. Il repart avec quatre enfants de plus, une théologie simplifiée (!) et des expériences uniques.

De vous, j'ai beaucoup appris, reçu. Peut-être tout ce qui fait un ministère heureux. Au fil d'encouragements, de critiques, de discussions, de découragements, de joies, de prière, de rencontres véritables. La vie qui se dit sous les mots, la priorité des êtres sur les concepts, pouvoir viser ensemble au même Christ, l'unité si respectueuse de la diversité, l'attachante humanité, la nécessité des actes et de la reconnaissance, ...

Dire merci pour cela n'a pas l'envergure de ce qui fut reçu, donné, échangé. Mais durant ces vacances qui s'annoncent, peut-être pourrez-vous méditer le mot de " reconnaissance ". Pour moi, il veut dire " naître avec, de nouveau ". " Naître avec " ceux qui se sont engagés dans un ministère de catéchète, de monitrice, dans le service d'entraide, Etudes et Recherche, les déjeuners, l'hébreu et le grec,... Chaque acte, chaque regard, chaque hésitation, chaque pleur, chaque élan,... tout cela est sujet de reconnaissance, occasion de " naître avec ".

Communion ?

Naître avec, " de nouveau " ? Oui, bien sûr. Je crois que le mot qui va avec reconnaissance, est le mot communion. De celle que l'on souhaite à toute communauté, puisqu'elle en est la marque. Ce qui est intéressant, dans le terme de communion, c'est les deux sens possibles. Celui qui nous vient à l'esprit : la commune union, à travers laquelle nous entrevoyons une Eglise soudée, solidaire, où chacun aie besoin de son voisin pour vivre la foi qui lui est confiée. Une Eglise d'entraide, d'unité, d'amitié, de témoignage commun.

Mais le latin " munus " signifie avant tout la tâche, la fonction, la charge confiée. C'est la charge portée avec, qui est ici visée. La co-munion d'un Simon de Cyrène, portant la croix du Christ. Celle aussi d'une parole attentive capable de nommer un être plutôt que d'énoncer une vérité. Sans doute est-ce cette mission qui est confiée à chacun de nous, où que nous soyons, et quelque soit notre engagement, petit ou grand, ponctuel ou régulier. Pour moi, il n'y a que cette co-munion, souhaitée par le Christ pour chacun de nous, qui puisse nous faire vivre la commune-union à laquelle chacun peut aspirer.

Chaque ministère...

Porter la charge ensemble, n'est cependant pas plier sous le fardeau. Car la charge est avant tout fonction, qui peut être légère, partagée, motivante. Le plaisir d'accueillir Aurélia Bourgade, pasteur-stagiaire, celui de bâtir un projet, de sentir par de petites attentions que l'autre est important, ... chaque ministère compte. Chaque petite parcelle d'engagement, d'envie et de conviction est importante. Souhaitons cette communion toujours renouvelée, pour Auteuil.

Marc DE BONNECHOSE


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