Des questions ?

Editorial de juillet-août 2014

On raconte que quelqu'un, un jour, avait affiché sur un mur : « Jésus-Christ est la réponse. »

Un autre avait ajouté en dessous : « mais quelle est la question ? »

Si la foi apporte des réponses à des questions qui nous travaillent, elle met aussi en question ce qui se pose à nous comme une évidence. Elle ouvre un espace de parole là où les réponses toutes faites imposent le silence.

Dans les Évangiles, on voit souvent le Christ interroger ses interlocuteurs. Dans de nombreux récits de miracles, il commence par demander à la personne qui s'adresse à lui : « que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Alors que la foule des disciples, et même les proches de Jésus, cherchent parfois à faire taire l'intrus, la question du Christ le met au centre et lui donne au contraire la parole.

Quand on lui pose une question piège, le Christ répond en général de manière indirecte voire détournée, par exemple en racontant une parabole, qui a pour effet de renvoyer ses interlocuteurs à eux-mêmes. La parabole interpelle, elle nous contraint à nous mouiller dans la recherche d'une interprétation, dans la quête du sens.

Témoigner de sa foi en Église n'est jamais une démarche à sens unique. Dire ce que l'on croit nous amène à exprimer également nos questions. Entendre le témoignage d'autrui, c'est entrer soi-même en questionnement : « et toi, qu'est-ce tu crois ? Quelles sont tes questions ? »

Dire notre foi nous engage dans un échange, dans une écoute mutuelle. Il n'en va pas de nous soumettre les uns et les autres à la question. L'enjeu n'est pas de mesurer la rectitude et l'orthodoxie de la foi d'autrui. Ou alors serions-nous devenus des inquisiteurs ?

Il en va plutôt de s'accorder mutuellement la parole, de nous ouvrir ensemble à la présence du Christ, de nous mettre ensemble à l'écoute de la Parole de Dieu.

Lors du culte de Pentecôte, les confirmands ont évoqués aussi bien des convictions que des questions. Telle est la parole de foi aujourd'hui.

Le semainier de l'Église protestante unie de France, dont il est question dans ce journal, s'inscrit dans un processus qui tend à formuler des thèses pour aujourd'hui, cinq cents ans après la publication des quatre-vingts quinze thèses par Martin Luther. Mais les quarante thèmes de réflexion prennent la forme de questions soumises au langage traditionnel de la foi. La démarche est dans la ligne de celle du réformateur, qui par ses thèses mettait en question la manière de penser et de dire la foi en son temps.

L'été est pour beaucoup d'entre nous un temps de repos. Ne serait-ce pas justement un moment propice aux questions ?

Pasteur Nicolas COCHAND


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