Faire boire un âne qui n’a pas soif?
Un autre regard sur la Pentecôte

Editorial de mai - juin 2003

Réguliers ou intermittents ?

On me pose toujours la question de savoir ce qu’on doit faire pour ceux qui ne viennent pas au culte, pour les jeunes (on ne sait d’ailleurs pas très bien où commence la jeunesse et où elle se termine...) pour les travailleurs acharnés aux soirées studieuses, pour ceux qui ne peuvent pas rester en place une heure pour un culte, ceux qui manquent de temps (la mauvaise excuse que voilà !), les amateurs de week-ends, etc. etc. C’est à croire que ceux qui y viennent quand même ont franchi bien des obstacles pour parvenir à la vérité et la félicité !

Et en fait, c’est un peu vrai... ceux là sont toujours présents, fidèles au poste, et les autres (ah, les autres !) rejoignent le troupeau de temps en temps, presque par inadvertance, comme des intermittents de l’espérance. Du moins le pense-t-on souvent... mais qui sondera les cœurs ?

L’âne, si noble de cœur

Un jour, sans doute excédé par la question, j’ai répondu à l’un d’entre nous (qu’il me pardonne !) qu’on ne faisait pas boire un âne qui n’avait pas soif. La réponse l’a laissé apparemment de marbre. Sans doute était-ce une évidence humaine... trop humaine, même.

Alors je voudrais aujourd’hui apporter quelques corrections évangéliques à cette maxime. D’abord, demander pardon à cette pauvre et noble bête, qui porta notre Seigneur lors des Rameaux, ainsi qu’une foule de prophètes et de rois, et rend en général à son maître des services inestimables, dignes d’un service d’entraide.

Sans dire un mot, sans jamais se plaindre. Un exemple pour tous. Au point que traiter un chrétien d’âne deviendrait presque une lettre de noblesse.

Il a ses raisons...

Mais il arrive que la bête rechigne, quand elle n’a plus de cœur à avancer. Et c’est parfois ce que nous vivons, lorsque notre foi s’émousse, que nous traversons une période difficile ou un manque d’appétence à l’espérance. Nous attendons alors la pentecôte sur notre vie, et un souffle nouveau pour notre être.

Mais en attendant, l’âne ne bouge plus d’un pouce et refuse même le seau tendu, même si nous savons tous que l’eau est le symbole de la Parole de vie, cette parole qui nourrit les êtres et les appelle à l’espérance, justement. Alors que faire ? Que faire devant cet être qui refuse de s’abreuver à l’eau de vie ?

Traiter le fâcheux de mécréant ? L’âne est plus têtu que nos bâtons. Et cette méthode ancienne est déclarée trop directive par les pédagogues d’aujourd’hui.

Lui faire avaler du sel ? Vous êtes le sel de la terre...méthode pire encore, et qui relève tout simplement de la torture... Alors comment faire boire, tout en respectant la liberté ? Et faut-il seulement le faire boire...

La soif de vie

Je ne vois qu’une seule réponse pour faire mentir le proverbe. Trouver un autre âne qui a soif, très soif... et qui boira longuement, avec joie et volupté, au côté de son congénère. Non pas pour donner le bon exemple ou faire la morale, mais parce qu’il a fondamentalement soif, vraiment, simplement soif, perpétuellement soif.

Un jour peut-être, son frère, pris d’envie, se demandera s’il ne ferait pas bien de plonger, lui aussi, son museau dans le baquet d’eau fraîche.

Dans le courant d’une onde pure...

Voici un enjeu de cette période qui s’ouvre pour nous, entre Pâques et Pentecôte, entre la résurrection du Christ et notre propre résurrection sous l’action de l’Esprit qui rafraîchit notre espérance.

Tremper notre museau dans l’eau parce que d’autres boivent, et y trouvent une joie profonde. Boire, boire sans fin, avec volupté et confiance. Boire parce que nous en ressentons le besoin impérieux. Boire à côté de nos frères.

Notre communauté pourra alors, désaltérée, passer sans encombre le cap de l’été, et de cette année prochaine où Jacques Juillard s’en sera allé abreuver d’autres lieux. Une communauté désaltérée par la parole, qui pourra continuer à porter son Seigneur, rendre à son maître des services inestimables, et développer l’entraide, sans dire un mot.

Avouez quand même qu’il est utile, parfois, de faire mentir les maximes... même par un clin d’œil.

Marc DE BONNECHOSE


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