L'autorité de l'Écriture

Editorial de janvier-février 2015

Le lecteur attentif remarquera une forme de continuité dans les thèmes de ce journal depuis la rentrée de septembre.

En effet, après avoir parlé de la rencontre en septembre et souligné la dimension de la parole échangée qui la constitue, le numéro de novembre rappelait la place centrale de la parole dans la communauté rassemblée pour le culte, et les conséquences concrètes que cela pouvait avoir pour l'agencement d'un lieu de culte protestant.

Dans ce numéro, le thème de fond est celui de l'autorité de l'Écriture. Pour la tradition protestante, la Bible est la référence fondatrice de la foi et de la vie du croyant et de l'Église.

La manière dont cette autorité est exprimée dans le préambule de la toute récente Constitution de l'Église protestante unie de France permet de clarifier d'emblée quelques points. On en trouve la formulation dans l'article de fond consacré au thème (voir p.10).

Si j'ai rappelé l'idée de la rencontre et celle de la communauté rassemblée autour de la parole, c'est que l'Écriture ne fait pas autorité en elle-même. Son autorité réside dans le fait qu'elle est le lieu d'éclosion et de rencontre d'une parole, et que cette rencontre est rendue possible par un travail collectif et communautaire. La Bible porte témoignage de l'Évangile, c'est-à-dire de la bonne nouvelle manifestée par le Christ de l'accueil inconditionnel que Dieu accorde à chacun, et de l'invitation à placer sa confiance dans cette bonne nouvelle.

Ainsi, lorsqu'on ouvre la Bible, ce n'est pas la Parole de Dieu que l'on ouvre, mais un livre dont on croit qu'il témoigne de cette Parole et qu'il rend possible la véritable écoute de cette Parole.

La Parole de Dieu, en effet, n'est pas un objet ni un livre, elle est un événement, elle advient, toujours renouvelée, et ne saurait être figée dans un texte. Nous ouvrons la Bible non seulement parce que nous pensons y trouver le témoignage d'un temps lointain où Dieu a parlé, mais surtout parce que nous avons la conviction que Dieu parle.

Disons-le donc clairement : la Bible n'est pas la Parole de Dieu. En revanche, la foi protestante exprime nettement la conviction que c'est à travers la Bible, et jamais sans elle, que cette rencontre peut advenir.

Dans les mots de la tradition réformée, la rencontre authentique de cette Parole s'appelle le témoignage intérieur du Saint-Esprit. En d'autres termes, la Bible en elle-même reste lettre morte, s'il elle ne fait pas l'objet d'un travail communautaire d'interprétation, dans l'espoir d'un surplus de sens, d'une irruption de vie qui est l'ouvre de l'Esprit.

De ce fait, nous devons aussi clairement prendre distance d'une lecture littéraliste et à plus forte raison de toutes les formes de fondamentalismes. Car une lecture littéraliste revient à nier l'ouvre de l'Esprit. Si la vérité est dans la lettre du texte, dans le mot à mot, quel besoin aurions-nous d'un travail communautaire d'interprétation, et plus encore, quel sens y aurait-il à demander la lumière de l'Esprit ?

Le fondamentalisme est un manque de foi, un manque d'espérance et un manque d'amour. Il consiste à s'arroger l'autorité divine. En ce sens, il est le péché par excellence, revêtu des habits de la piété. Il se niche dans la difficulté de distinguer entre le texte biblique et l'interprétation que l'on en fait, dans le refus d'entendre d'autres lectures et dans la volonté d'imposer la sienne. Il est le fruit de la peur.

Au contraire, affirmer l'autorité de l'Écriture, c'est accepter de prendre distance de soi, autoriser le texte, et à travers lui l'Esprit, à transformer le regard que l'on porte sur soi-même, sur le monde et sur Dieu. C'est prendre le risque de se laisser convertir et de faire à nouveau l'expérience de la grâce inconditionnelle de Dieu.

Pasteur Nicolas COCHAND


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