La Cène du Seigneur

Editorial de mars-avril 2015

La Sainte Cène est au programme de la vie de l'Église réformée d'Auteuil.

Elle sera abordée dans les rencontres de catéchèse et lors des cultes avec les enfants, où nous verrons avec eux la manière dont elle s'enracine dans la Pâque juive. Elle fera aussi l'objet d'une série de rencontres de partage biblique. Elle constitue le dossier de ce journal, à travers le présent éditorial, des articles de fond et la présentation des activités qui lui sont consacrées. Le dossier se poursuivra dans de prochains numéros.

La Cène est, bien sûr, célébrée régulièrement lors des cultes dominicaux. Autour de la table se réunissent des personnes d'origine, de parcours et de convictions diverses. Telle est la vertu première de la Cène : rassembler les croyants autour du Christ, qui invite lui-même et préside au repas que nous célébrons en son nom. La Cène manifeste que l'unité des chrétiens se fait en Christ. L'unité de l'Église ne se vit pas dans l'uniformité et la conformité, mais au contraire dans l'accueil de la diversité et de l'unicité de chacun dans la communauté rassemblée autour de son Seigneur.

En même temps, la Cène est le lieu de la division entre les chrétiens, qui ne sont pas en mesure de communier ensemble parce qu'ils appartiennent à des Églises qui peinent à se reconnaître mutuellement. Cette situation constitue un scandale spirituel. Proclamée comme le lieu de la réconciliation, elle est vécue concrètement en sens inverse.

Au sein même du protestantisme, il aura fallu plus de quatre siècles pour que les invectives mutuelles qui ont conduit à ce que luthériens et réformés soient durablement dans l'incapacité de communier ensemble soient surmontées.

La Concorde de Leuenberg, en 1973, manifeste ce nouvel état d'esprit, qui a présidé, notamment, à la constitution de l'Église protestante unie de France en 2013. C'est dire qu'on ne soulignera jamais trop l'avancée considérable que cela constitue au sein de la famille protestante.

La démarche qui a guidé les rédacteurs de la Concorde et des textes ultérieurs est intéressante : elle prend l'option de ne pas gommer le passé. Des condamnations sévères ont été formulées, elles demeurent comme des éléments de critique mutuelle et des marques d'une histoire difficile. Toutefois, elles touchent des points sur lesquels les Églises ont évolué depuis. Les luthériens d'aujourd'hui ne sont plus concernés par les critiques réformées de jadis, et vice-versa.

En tant que protestants luthériens et réformés, nous devrions nous inspirer de cette attitude pour penser les relations avec le catholicisme. Les critiques virulentes des Réformateurs contre l'Église romaine et contre la messe visent une organisation et des liturgies qui ne sont plus en vigueur depuis près de 450 ans.

La messe que critiquait Calvin n'était pas celle de Vatican II, ni même du Concile de Trente. Sur le fond, il reste relativement peu de désaccords théologiques réels sur le sens de la Cène ou de l'eucharistie.

En revanche, il en reste sur le lien entre la communion eucharistique, la Cène, et la communion ecclésiale, la reconnaissance mutuelle. Si nous sommes prompts à critiquer la vision catholique du sacerdoce et de la place du prêtre dans l'Église en général et dans la célébration de la messe en particulier, nous devrions réfléchir à deux fois avant d'écarter la critique que nos frères et sours catholiques nous adressent sur la question de notre conception de l'Église.

Nous aurons l'occasion de revenir sur ces questions, car nous entamons ici un dossier qui se poursuivra, notamment par l'étude de la notion de corps du Christ, qui sera abordée dans un prochain numéro.

Pasteur Nicolas COCHAND


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