La rencontre : la foi en parole

Editorial de sept-oct 2014

La foi est une rencontre. Un mouvement de l'être, une ouverture, une relation.

Elle est une expérience intime dont on essaie de parler.

On a besoin d'une parole pour l'évoquer et l'interpréter, mais la foi reste fondamentalement de l'ordre de l'événement d'une rencontre ; la parole est seconde, elle atteste, elle rend témoignage, elle interroge aussi. Elle devient théologie lorsqu'on cherche à décrire, à comprendre, à donner sens à l'expérience : fides quaerens intellectum, la foi recherchant l'intelligence, selon la formule de Saint-Anselme.

Mais comme nous ne sommes pas les premiers, la parole nous précède aussi. La parole commune constitue un réservoir de mots pour exprimer quelque chose de difficile à formuler. Elle est un trésor dans lequel chacun peut puiser pour parler de ce qui lui est propre.

La parole commune est aussi une protection : lorsque j'utilise les mots que d'autres ont déjà pris pour parler de leur expérience et de leur parcours spirituel, je m'inscris dans une histoire, je me situe dans une tradition ; je ne me mets pas totalement à nu, je revêts un habit porté par d'autres avant moi pour parler de quelque chose qui m'est propre : une rencontre unique, ma rencontre avec le Dieu sauveur.

Mais lorsque la parole devient dogme, qu'elle se cristallise en un discours codé et figé, elle court le risque de cesser d'être parole, de ne plus être en lien avec l'expérience. Les mots et les notions prennent alors la place de la rencontre ; ils l'empêchent au lieu de la favoriser.

C'est toute la difficulté du discours théologique, de la parole dite en Église : la confession de foi exprime un trésor commun, avec des mots et des idées qui font référence, tout en s'efforçant de permettre à chacun de rendre compte de son expérience unique.

La vie en Église est les deux à la fois : des occasions de rencontre, des échanges de paroles entre des personnes, d'une part, mais aussi un espace au sein duquel les expériences individuelles, uniques et irréductibles trouvent leur place, d'autre part.

Elle est vie en Église parce qu'elle se réfère à un Dieu qui est lui-même Parole, Dieu qui cherche à nous rencontrer, Dieu qui se donne dans la parole partagée et dans le sacrement ; Dieu qui prend place dans l'espace créé entre des personnes qui se parlent, s'écoutent, se reconnaissent, échangent.

La vie communautaire, la rencontre entre les personnes est donc essentielle et nous cherchons à la favoriser. Toutefois, il s'agit de veiller à ce qu'elle ne devienne pas elle-même un dogme, une parole obligée, une pratique imposée qui nie les espaces entre les personnes. Elle risque de devenir une fausse communauté, une toute puissance fusionnelle qui ne laisse plus de place aux personnes ; une parole qui ne supporte pas le silence, mais qui devient au contraire un bavardage qui a besoin de remplir tout l'espace, au risque de perdre son souffle.

La vie en Église est à la fois communautaire et individuelle ; parole et silence, écoute et respiration.

Pasteur Nicolas COCHAND


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