Le Carême, l’ascétisme et… Calvin !

Editorial de mars-avril 2009

Ascète

Dans toutes les grandes religions l’ascèse joue un certain rôle. Le musulman a son Ramadan, le Juif le Yom Kippour et le chrétien son Carême. Bref, des hommes et des femmes ont fait le choix d’une vie autre, d’une vie dans le renoncement, d’une vie vécue dans le contre-mouvement. Tout cela est bénéfique. En effet, l’ascèse introduit l’homme et son corps avec lui dans une prise de distance par rapport au monde, distance qui peut être quelque fois douloureuse car le monde nous est cher, très cher, et après tout nous lui appartenons quand même. Nier cela serait oublier que le monde est le théâtre de la gloire de Dieu (Calvin) et qu’il n’y en a pas d’autres. Mais l’ascèse préfère l’oublier, ne serait-ce que le temps de quelques jours ou de quelques semaines (Carême).

Si l’on regarde nos sociétés occidentales, on constate d’un point de vue religieux que l’ascèse n’est pas du tout comprise comme un élément décisif de la « vie religieuse ». Certains protestants par exemples refusent toute idée de renoncement ou de privation. D’un autre côté, certains types d’ascèse sans rapport avec la religion font leur retour en force : renoncement à la nourriture malsaine, aux cigarettes, efforts pour se tenir « en forme » (les clubs de Gym sont à la mode), pour pouvoir aspirer à une vie « bonne » ou « meilleure » ; l’idéal type de l’homme d’aujourd’hui n’est-il pas un jeune manager qui a deux enfants, un 4x4 et qui ne boit pas d’alcool mais du thé vert. Il court au bois de Boulogne le week-end et fait le marathon de Paris quand ce n’est pas celui de New York. Cet homme renonce aussi à pas mal de choses comme le moine, même si ce dernier (et c’est la grande différence) ne le fait pas pour les mêmes motifs !

H. Ch. Askani dit qu’il peut y avoir une religion sans Dieu (bouddhisme), sans foi éventuellement, mais il ne peut y avoir une religion sans renoncement. Sans renoncement souhaité et désintéressé. Car les religions vivent de cela. Il y a le monde et le cours des choses mais chaque religion met « en œuvre » le fait que le monde n’est pas tout. N’est-ce pas ce que disait Calvin à sa manière et qui a conduit à la pratique de ce qu’on a pu nommer l’ascétisme modéré de Calvin qui relativise la valeur des biens comme des valeurs morales par rapport à la plénitude de la vie promise dans l’éternité. Cette relativisation n’est toutefois pas une dévalorisation mais la traduction concrète du souci de ne pas tomber dans les excès d’un ascétisme méprisant les dons de Dieu. Il faut user des biens avec gratitude comme avec modération, pour ne pas en devenir esclaves (Eric Fuchs). C’est cela que la vie de l’Eglise et des croyants doit rendre manifeste.

En cette année 2009 (500ème anniversaire de la naissance de Jean Calvin), merci au réformateur d’avoir mis en œuvre cet ascétisme modéré qui est, me semble t-il, tout à fait d’actualité. Car comme le disait une paroissienne à qui une catholique lui demandait : « et vous les protestants, vous pratiquez aussi le Carême »? - elle répondit avec humour : « avec Calvin, c’est le carême toute l’année » !

pasteur Christian BARBÉRY


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