Mort et résurrection

Éditorial, avril-mai-juin-été 2019

Le printemps puis l'été nous racontent le jaillissement de l'espérance : frêle comme un brin de muguet, annoncée déjà en hiver par les crocus et autres perce-neiges, la vie triomphe finalement de la froidure et de la nuit. L'hiver comme une mort, n'a pas le dernier mot, Christ, est vraiment ressuscité ! Toute la nature en parle, dans sa splendide liturgie cyclique.

Mais il n'y a pas de résurrection sans mort.

Que serait une vie éternelle d'un être humain non-régénéré, coupé des relations vitales de confiance avec Dieu et avec son entourage, dans la souffrance et la peine sans issues ? L'éternité deviendrait un chemin hiératique, l'immortalité deviendrait écrasante.

Quand la Bible parle de vie éternelle, c'est en lien avec un renouvellement présent dès ici-bas, celui de la personne tout entière. C'est d'une guérison qu'il s'agit, celle de notre séparation d'avec Dieu, celle de nos angoisses et rancunes non élucidées, culpabilités réelles ou bien imaginaires.

La résurrection est une sortie de cet enfermement dans un mal-vivre létal.

Si l'enfer commence parfois sur terre, l'éternité l'attaque, et en triomphe sur son propre terrain dès maintenant dès ici-bas. Il suffit pour cela de notre acceptation audacieuse.

Il faut mourir pour naître, demandez aux papillons, ils en savent quelque chose : rien de plus détestable que leur séjour en chrysalide, mais ensuite, rien de plus grisant que leur envol vers les hauteurs. Ils vous raconteront volontiers leur résurrection, si vous savez les apprivoiser.

Mourir pour vivre, c'est accepter de germer, comme un grain a raison de la coque qui l'enserre, et devient capable plus tard de faire exploser jusqu'à même la résistance du béton.

Mort à une vie ancienne, par une conversion personnelle : les protestants aiment dire qu'on est sauvé par la foi, en s'abandonnant à Dieu par une décision en conscience. La foi n'est pas seulement abandon passif à la grâce, la foi c'est pour eux l'acceptation d'une « grâce qui coûte », comme un passage de mort d'une vie ancienne vers une vie régénérée, convertie, offerte par un abandon de tout l'être. Jésus a dit : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, celui qui la perdra à cause de moi la retrouvera. » Cela n'a rien à voir avec un salut universel gratuit et obligatoire.

Il s'agit d'un choix individuel, face à une grâce exigeante et interpellante, à l'opposé de la passivité. La conversion est au cour de la théologie protestante de la grâce.

Parce que la mort est ce dernier ennemi encore à l'ouvre, et qu'il faut combattre, Jésus nous promet la victoire sur toutes nos formes de morts : par son incarnation, il valorise notre corps comme temple du Saint-Esprit. Il encourage nos engagements selon nos vocations dès ici-bas. C'est pourquoi notre résurrection peut devenir une expérience véritable, dès aujourd'hui, qui nous rassure quant à notre destinée éternelle.

C'est sans doute pour cela que Jésus soignait son image, s'habillant avec une tunique « haute couture » sans couture, de grand prix, puisqu'elle fut récupérée par tirage au sort.

Il disait par le rayonnement de son être, si bien habillé d'une seule pièce, l'unité réhabilitée de son peuple : avec pour origine cette victoire partielle et bientôt définitive de la vie, promise et appelée sur chacun, scellée sur la croix puis au premier jour de Pâques.

Nous sommes le temple du St-Esprit, et cela n'a de sens que dans une soif authentique d'évangéliser, de partager cette vie surabondante et surnaturelle qui nous a été donnée, et que personne ne peut contenir pour soi-même, sans risquer de la perdre.

Que notre Église, corps du Christ en soit le signe, en termes de rayonnement !

Pasteur Jean-Christophe ROBERT


retour