Noir c’est noir ?

Editorial de février 2010

Noir c’est noir, affirme avec certitude Johnny Halliday. Pas sûr à en croire l’exposition Pierre Soulages au Centre Georges Pompidou. Le peintre est parvenu à inscrire sur la toile le noir comme n’étant pas simplement le noir mais la lumière. Créer leur inséparabilité sur chaque point de la toile, voilà son œuvre. Créer leur indistinction – l’absence dans la présence et la présence dans l’absence, soit ce que Soulages appelle l’outrenoir. Il faut l’entendre, non pas banalement le passage des ténèbres à la lumière, mais la coexistence du noir et de la lumière, de l’un par l’autre. Le noir renvoie la lumière vive et multiplie, et la lumière s’interposant entre le regardeur et le noir lui conserve sa vérité d’absence dans la présence. Couleur et non-couleur, absence et présence, cette contradiction se sublime dans la peinture de Soulages.

Elle rejoint ainsi l’expérience la plus précoce de l’humain, celle de l’enfant qui rencontre le noir dans la nuit de sa chambre : le noir est la couleur de l’absence du jour et qui en promet la venue. Et le matin vient…

La peinture de Soulages qui regarde en face le soleil et le noir, qui affronte le manque, la perte, mais qui annonce aussi le jour, évoque de multiples références bibliques. Je pense à ce verset d’Ésaïe : - Veilleur, que dis-tu de la nuit ? – Le matin vient ! (ch. 21,11), mais aussi aux disciples d’Emmaüs (relisez Luc ch 24), à l’événement de Pâques (en sachant que la résurrection passe par la croix), et puis à la parabole de l’ivraie (Matthieu 13, 21-30). Son maître-mot est « laissez croître ensemble ». Laissez croître ensemble le noir et le blanc, les optimistes et les pessimistes, ceux qui s’activent et les adeptes des « bras croisés », ceux qui sèment l’ivraie pendant la nuit et ceux qui croient bien faire en voulant l’arracher. Cependant cette parabole évangélique exprime une confession de foi : c’est à Dieu que revient l’appréciation de la moisson !

Mars est traditionnellement le mois des Assemblées Générales. Auteuil ne déroge pas à la règle. Ce sera le 21. Nous imaginerons ce qui pourrait être amélioré dans notre paroisse. Il y a sans doute des points noirs et des points lumineux. De nombreuses tâches nous attendent : l’accueil des nouveaux membres, la participation des enfants à la vie de l’Église, l’accompagnement des personnes isolées, le renouvellement des initiatives de l’entraide, le renforcement de nos moyens matériels. Ce n’est pas de la performance que Dieu attend de nous mais de la vigilance. Une vigilance qui interdit de désespérer de ce que Dieu a entrepris dans nos vies et dans l’Église.

pasteur Christian BARBÉRY


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