Rentrée 2013-2014

Editorial de septembre-octobre 2013

« je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ! » Tels sont les mots que le Christ prononce en appelant 72 disciples et en les envoyant au-devant de lui (Luc 10, 1-20). Pourtant, lorsqu'ils reviennent, ces envoyés sont remplis de joie : leur message a été reçu !

Au moment où tout reprend, où la trépidation de la ville se fait à nouveau sentir, vers quoi tend notre cour ? Quel état d'esprit nourrissons-nous ?

Certes, il y a des raisons de s'inquiéter, d'être saisi de crainte devant les incertitudes de l'avenir. Nous sommes envoyés, projetés dans l'inconnu d'une nouvelle année, d'une nouvelle saison. Mais devons-nous pour autant recevoir les paroles d'envoi du Christ comme une invitation à la peur ? Il est possible, en effet, de les entendre comme des menaces, car il peut arriver que l'on ait l'impression de vivre dans un monde de loups, où les agneaux ont pour destin certain d'être dévorés. La tentation est alors grande de se faire loup soi-même, de s'endurcir, de se fermer, de se replier pour se protéger. L'homme n'est-il pas un loup pour l'homme ?

Pourtant, tel n'est pas le message que le Christ confie à ses envoyés. Dans ce récit de Luc, il est résumé en une simple parole, à dire d'emblée lorsqu'ils entrent chez quelqu'un : « la paix sur cette maison », et donc sur ceux qui la composent. Ce n'est pas un mot léger dans cet évangile : il exprime le chant des cieux au moment de la naissance de Jésus : « paix dans le ciel ! » Il résume le chant des croyants au moment de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem : « paix sur la terre ! ». Ce chant, nul ne peut le faire taire.

« Comme des agneaux » résonne alors comme une invitation à trouver sa force et son appui dans cette paix, dans cette sérénité fondamentale qui réside en Christ. Nous nous tournons vers Dieu qui nous accueille dans sa paix. Nous sommes envoyés vers la paix. Nous allons à la rencontre d'autrui comme vers une occasion de paix. Par là, il ne nous est pas posé une exigence de réussite. La paix ne peut qu'être offerte. Il est permis de passer plus loin lorsqu'elle n'est pas reçue. Il ne nous est pas non plus posé une exigence de sacrifice de soi. Ce serait prendre la place du Christ !

En ce mois de septembre 2013, les protestants font un pari d'espérance. C'est le titre - au pluriel - de Protestants en fête, le rassemblement quadriennal qui se tient à Paris à la fin du mois. En toute liberté, un message fort est proposé à qui veut le recevoir : la foi nous engage à porter un regard d'espérance et de paix sur notre vie, sur notre prochain, sur notre monde.

Chacun, à sa place, dans toute la modestie de ses moyens, peut devenir ce messager d'espérance, porteur d'une paix offerte. Sans crainte, car précisément il est libéré d'une obligation de résultat. Nous ne sommes pas mesurés à notre capacité de réussir. D'ailleurs, le Christ met ses envoyés en garde lorsqu'ils se réjouissent de l'efficacité de leur action. « Réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux ! » Car nous avons l'assurance que Dieu nous accueille inconditionnellement dans sa paix. De quoi pourrions-nous avoir peur ?

Pasteur Nicolas COCHAND


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