Rentrée 2019 :
De « l'austérité protestante »
à la joyeuse confiance en Dieu !

Editorial de septembre 2019

persévérance-espérance-confiance

Après 500 ans de protestantisme, quelle image donnons-nous de nous-mêmes ?

En disant « Calvinisme », les gens n'y associent pas spontanément des notions telles que la joie de vivre, la fête, l'humour, ou la confiance !

Il est vrai que l'existence humaine ne prête pas toujours à sourire, encore moins à rire. Guerres, maladies, deuils, séparations, solitudes, chômage marquent notre actualité, comme un déni de toute forme d'espérance.

Mais la logique de l'Évangile n'est pas celle des médias. Si ceux-ci recherchent et annoncent

les nouvelles les plus tragiques, accidents, catastrophes et crises, le mot « Évangile » signifie « Bonne Nouvelle », vers un épanouissement très incarné.

La Bonne Nouvelle est rarement médiatique. Il nous faut relire les nouvelles du monde, pour apprendre à discerner au-delà des apparences.

Jésus a prié pour que nous soyons dans le monde sans être du monde. (Jean 17). Bien intégrés, mais imperméables à cette sinistrose ambiante qui peut nous atteindre, voire nous submerger parfois.

L'Évangile nous dit que Dieu aime le monde. Il a un projet pour lui.

LE MONDE A PEUR

Or le monde a peur : rumeurs d'apocalypse, astéroïdes tueurs, alignement de planètes, rumeurs de guerres, de fin du monde : tout est fait pour nous faire peur !

Ce sont les astres et leurs désastres ! Certaines personnes ne voyagent plus certains jours, craignant pour leur « thème astral ». Nous voici retournés en pleine superstition médiévale.

On nous parle d'alignement galactique fatal, du transit perturbateur de Vénus, d'une collision avec un astéroïde immense, la terre qui sort même de son orbite, comme un oil sorti du visage, le soleil qui part en surchauffe, l'inversion des pôles... et puis quoi encore ?

La Réforme protestante sut en son temps désamorcer les peurs ancestrales, vers une rationalisation du monde. Ce fut le socle de la pensée moderne, rien de moins que cela !

Pourtant cette même science, qui jusque-là conjurait les peurs, semble parfois elle aussi alimenter la détresse. Dans un monde qui ne croit ni à Dieu ni à diable, la peur redevient à la mode.

L'espérance est en panne, plus rien n'a de sens. L'écologie devient la nouvelle secte apocalyptique.

LA GUÉRISON DES NATIONS

Dans la Bible, il y a des formulations de type apocalyptiques, mais elles donnent toujours un sens pour la vie. Le Dieu de la repentance est aussi le Dieu de la guérison des nations.

« Dieu sèchera toute larme, il n'y aura plus de deuil », prédit le livre de la Révélation. C'est une pensée d'espérance et de confiance en l'avenir.

Pour l'heure, notre monde connaît une grande misère spirituelle.

Les prophètes d'une fausse Apocalypse dramatisent le futur, se plaisent à faire peur. Internet diffuse la rumeur et les théories du complot. Le message est simple : « Préparez-vous à survivre ». Et les enfants sont les premières victimes de cette peur désastreuse, pour leur équilibre et leur croissance.

Mais à la paroisse d'Auteuil, nous souhaitons mieux pour eux. Nous le vivons déjà, dans une proximité confiante qui nous unit et fait du bien.

Nous demandons à Dieu un monde habitable, où nos enfants puissent être heureux.

Nous voulons leur donner des exemples d'espérance, et pour cela mettre nos vies en ordre, veiller sur nos paroles parfois jaillies sans réfléchir, pour qu'ils puissent lire et dans nos yeux et dans nos vies, que l'Évangile fait une réelle différence.

Nos enfants nous observent, ils ont soif d'une plausibilité de la vie chrétienne. Ils voudraient voir nos vies en conformité avec nos désirs de catéchisme ou de profession de foi.

La Bible est un récit d'une histoire bénie, donnant du sens à l'engagement.

Faire des choses pour Dieu n'est pas nul, il y a toujours quelque chose à faire.

Avec Dieu, il n'est jamais trop tard pour rebondir, sortir du deuil, des regrets, du remord qui est une autre forme de mort.

Retrouvons donc notre calme en cette rentrée, laissons à Dieu le soin d'organiser nos véritables priorités.

En faire moins, mais le faire en mieux, à la lumière de la Sagesse divine, qui est beaucoup plus que la recherche du prestige de la seule intelligence.

Être chrétien, c'est lutter contre la croyance dans le cynisme. Avec Martin Luther King, nous refusons de voir en l'avenir un désastre. Nous faisons un rêve, au risque de passer pour des doux rêveurs. La charité est à ce prix. Seuls les rêves se réalisent, sans le rêve prophétique, rien ne se produit.

Nous ne voulons pas faire table rase du passé, mais en tirer des leçons, vers des révisions de vie peut-être drastiques.

Le Royaume de Dieu est pour ceux qui ressemblent aux enfants, dans leur capacité au réenchantement du réel. Dans la Bible, les prophètes racontent par avance le monde qui vient. Contre la sinistrose ambiante et le désarroi des hommes, malades de leur désespoir.

Dans la Bible, le prophète est celui qui porte un message parfois menaçant, parfois encourageant. Dieu est décrit comme Celui qui tantôt avertit pour protéger, tantôt encourage pour soutenir. Il porte l'histoire humaine malade de sa solitude entretenue.

« Si vous obéissez fidèlement au Seigneur votre Dieu, si vous veillez à mettre en pratique tous les commandements que je vous communique aujourd'hui de sa part, dit Moïse, (.) alors il fera de vous un peuple qui lui appartienne en propre, comme il vous l'a promis » (Deutéronome 28 : 1-2).

En aucun cas le prophète ne prend l'initiative au sujet de ce qu'il dit. Il arrive même parfois que le message à dire rende malade le prophète chargé de le proclamer. Ce fut le cas de Jérémie, devant dire un message à contre-courant des idées admises. (Jérémie 4 : 19).

Mais cette mission fait de lui un prophète de bonheur, car sa parole rappelle les conditions nécessaires à la vie pour le futur. Il invite à la veille pour attendre la manifestation de Celui qu'il annonce.

Il faut alors se souvenir que le prophète de bonheur dit : « Revenez à Dieu, (ou mieux : ne le quittez pas). »

Dieu est grandiose, créateur du miracle de la vie et c'est aussi un Dieu doux, patient avec nous.

Est-il grand au point qu'on ait peur de lui ?
Ou est-il doux au point qu'on le néglige ?
Qui est Dieu pour vous ? Seigneur et/ou Sauveur ? Juge et/ou avocat ? Vous fait-il peur ?
Lui faites-vous réellement confiance ?

Croire dans le Dieu de la Bible, c'est passer de la peur à la confiance.

Quand j'ai peur, je veux que Dieu me protège, alors je pense à sa puissance : Il est mon Créateur personne n'est plus fort que Lui. Ma peur ne lui apporte rien. Elle me fragilise. Avec Dieu, je n'ai peur de rien : « Il m'importe fort peu d'être jugé par des hommes », disait l'apôtre Paul.

Quand j'ai peur, parce que les hommes sont dangereux, se croient très forts, (et c'est vrai qu'ils ont une forte capacité de nuisance), alors j'ai besoin de sentir que Dieu tient à moi, qu'il est patient avec moi, il est doux, plein d'amour, et qu'il peut me sauver. Dieu est plus fort que les hommes et leurs circonstances pathétiques. Tout l'avenir est devant moi.

J'ai besoin de ces 2 aspects en Dieu : un Dieu puissant qui veille sur moi, sur ma sécurité, et un Dieu tendre qui m'aime. Le Dieu Seigneur-Sauveur.

En cette rentrée 2019, je veux vivre en pensant à ces deux marques de sa personnalité.

Je vais passer de la peur à la confiance.

Je vais être un protestant engagé, parce que je sais que Dieu agit aussi dans notre Histoire, et qu'il peut (ré-)écrire droit, même avec des lignes courbes.

Pasteur Jean-Christophe ROBERT


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