Un changement,
une reconversion

Editorial de janvier-février 2004

Nous avons inventé le temps, le calendrier, les anniversaires, la mesure de cette éternité que nous partageons. Alors le 1er janvier marque le début d'une année nouvelle, un point de départ, un nouveau commencement et parfois aussi un recommencement. Et nous faisons des promesses, prenons de nouvelles décisions et lançons des projets. Mais finalement rien n'a changé, l'éternité est là, la vie continue.

Notre Eglise va avoir un nouveau pasteur. Marc de Bonnechose, l'ancien, s'en va, lui qui note que nous commençons à terminer ses phrases. Mais un pasteur auquel on est habitué, un pasteur qui a forcément toutes les qualités, et qui est forcément celui dont on ne peut se séparer.

Et l'autre, le nouveau, celui que l'on ne connaît pas, l'étranger - il habite la vallée d'à côté, comme on dit dans mon pays valaisan - comment l'accueillir ? Sera-t-il aussi bon que l'ancien ? On en doute parce qu'on ne le connaît pas. Et notre Eglise ? Ne va-t-elle pas faire les frais de ce changement ?

Nous voilà inquiets. Et pourtant, rien ne change. Notre nouveau pasteur, Christian Barbéry, qui s'installera parmi nous dès juillet, a trente-huit ans, comme Marc de Bonnechose. Sa sensibilité théologique est classique, sa première prédication à Auteuil a été appréciée. C'est un homme de la parole, passionné par la prédication et l'étude biblique, qui semble adapté à la sensibilité de la majorité des membres de notre paroisse. Il a assumé deux septennats depuis la fin de ses études théologiques : le premier en Ariège, le second en région parisienne, à Palaiseau. C'est un homme d'études et de contacts qui sait partager avec l'autre ses soucis et ses projets. Il est l'héritier d'une longue lignée pastorale.

Il pourra, comme l'est Marc de Bonnechose, être secondé par nos théologiennes, telles Jeanne Chaillet et Liliane Crété. Votre conseil presbytéral demeure ; il assure, avec les catéchètes et les autres équipiers, les ministères locaux de l'église d'Auteuil. Ces ministères, souvent méconnus, constituent le substrat de l'église locale, ministères peu apparents, ministres qui ne montent pas en chair, mais qui font avec le pasteur la réalité ecclésiale. Il faut que la communauté soutienne ces ministres, s'engage à les épauler et les renouveler. Sur douze conseillers, deux sont très anciens et trois méritent déjà une relève. Ils sont la permanence de l'église. Ayons-en une nette conscience.

Mais au-delà de ces personnes, pasteur ou ministres locaux, il y a la communauté des fidèles, c'est-à-dire ceux qui sont inscrits dans le lieu géographique identifié qui constitue la paroisse. Ils y confessent Jésus-Christ tous ensemble. C'est eux qui constituent l'église. Leur identité ne résulte pas d'eux-mêmes, mais de Dieu, invisible et toujours présent. Cette communauté ne se situe pas dans le monde de la Loi mais dans le monde de la Foi. " Il n'y a plus ni Juifs, ni Grecs, ni esclaves, ni hommes libres, ni hommes, ni femmes, vous êtes tous un en Jésus-Christ ", disait Paul aux Galates.

Tous ces chrétiens viennent d'horizons fort divers et se retrouvent tous ensemble devant Dieu pour confesser une foi commune. Mais ils ne constituent pas un ensemble homogène : on y distingue plusieurs familles d'esprit qui se manifestent en assemblées générales ou dans les rapports intra-communautaires : les chrétiens libéraux, sensibles à une lecture symbolique de la Bible, les chrétiens sociaux, partisans d'une solidarité effective, les politiques, soucieux d'une présence au monde, les charismatiques, plus sensibles à l'émotion et aux figures répétitives, sans compter les autres, ceux dont on dit qu'ils ont la foi du charbonnier. Tous viennent au temple attirés par une transcendance mal définie qui s'impose à eux.

Alors cette communauté devient une communion, une population de croyants conscients de leur misère et de leurs manques, peu soucieux de leurs différences, attentifs à mettre en évidence leurs points communs et leur soif de Dieu. Dans les moments douloureux de l'existence, c'est une communion qui console et qui ramène l'espérance parce que l'on y trouve Dieu présent et agissant dans et à travers le regard de l'Autre.

Aujourd'hui à Auteuil, cette éternité est là, où tout s'efface, où tout s'oublie, hormis un seul événement, intervenu il y a deux mille ans, qui marque un nouveau départ. C'est ce moment unique où parla grâce de Dieu une couronne d'épine est devenue au troisième jour une couronne de gloire et d'espérance, mémoire inoubliable d'une éternité marquée par un Dieu fait chair, venu habiter avec tous les hommes. Elle continue à rappeler d'âge en âge ce Dieu de grâce et de consolation qui nous donne son amour et implore tous les jours notre confiance.

Philippe DERVIEUX


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