Voici le temps de recentrer
nos vies dans la Parole...

Editorial de septembre - octobre 2002

Sur mon bureau, à gauche, des photos de vacances, des lacs, des montagnes, des prés d'herbe verte qui montent vers le ciel clair. A droite, un agenda ouvert avec ses colonnes et ses chiffres qui découpent l'avenir, quelques plages vides, des lignes déjà noircies, petits morceaux de travaux, d'activités, de rencontres qui s'agencent et s'organisent. C'est le temps de la rentrée où ma vie quotidienne doit basculer de gauche à droite. Les images passées de ces quelques semaines où j'avais l'impression de retrouver la vérité profonde, le sens récapitulateur de mon existence - peut être parce qu'immergé dans la nature, libéré des prisons de temps - doivent donc laisser la place à un petit carnet où s'assemblent des morceaux de vie disparates qui semblent n'avoir d'unité réelle que dans ses lignes et ses pages. Seul cet agenda paraît relier entre eux ces moments épars, ces lieux divers, ces rôles qu'il faut jouer. Sans lui, serais-je autre chose que des bouts de vie collés artificiellement qui ne tiennent que par sa reliure, ses quadrillages et par les liens fragiles de ma mémoire ?

Bien sûr, c'est une illusion : je sais que j'existe, que ma vie porte un sens, une unité, et pas seulement dans le temps révolu des vacances. Mais je pense que ce sens, cette unité, je risque toujours de les perdre et de les oublier dans l'éparpillement des routines, des spectacles, des petits évènements qui morcèlent mon quotidien, et je dois les rechercher sans cesse. Ma foi, mon expérience, c'est que c'est en Dieu que j'existe et que ma vie prend sens. C'est donc à lui qu'il me faut revenir au-delà, en deça de ces morceaux de jours, d'heures et de semaines, pour retrouver le cœur, le centre, la profondeur autour desquels tout le reste pourra s'articuler. Tel est le rôle de l'Eglise : offrir des lieux et des temps où l'on peut retrouver ce centre, ce nœud où se relient les brins effilochés et dispersés de nos existences.

Pour les enfants aussi, dont les semaines et les jours, quand vient la rentrée, se découpent en rondelles, la catéchèse est là pour leur apprendre à rassembler, à lier, à donner sens à leur vie qui commence. Et pour nous tous, à travers la diversité de ce que nous faisons, voyons ou entendons chaque jour - sans prendre le temps de l'assimiler, de nous l'approprier vraiment - la Parole est là pour nous aider à redevenir sans cesse individus uniques, créateurs, responsables, à l'image de Dieu. En revenant (pas forcément souvent, réguliè-rement, mais par étapes) là où cette Parole est reçue, vécue, partagée, on peut ressentir cette même impression de plénitude, cette même richesse de sens, cette même harmonie profonde que face aux horizons de mer, de montagne ou d'espace infini.

Alors le temps est venu de reprendre nos activités, de souffler sur nos Bibles pour que s'envole la poussière, qu'elles redeviennent Parole vivante, de les ouvrir, et d'ouvrir ainsi notre vie à ce qui l'éclaire, l'unit et l'emplit d'espérance.

Jacques JUILLARD


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