Jean le baptiste,
l'ami de l'époux

Les grandes figures de la Bible n°1

Jean le baptiste est l'un des personnages les plus populaires de la Bible. Dès l'école biblique, les enfants connaissent cet ermite ombrageux, vêtu de peau de bête, qui se " nourrit de sauterelles et de miel sauvage " et baptise Jésus en se sachant " indigne de dénouer la lanière de ses sandales ".

Les sculptures et peintures attestent de l'empreinte qu'il a laissée dans notre mémoire religieuse. Les traditions populaires lui ont également réservé une place à part, avec la " fête de la Saint-Jean ", située au solstice d'été, alors que le soleil commence à céder du terrain devant la nuit. Car, comme le jour en ce premier jour d'été, Jean-Baptiste doit décliner, pour que le Christ grandisse (cf. Jean 3, 30).

Jean-Baptiste est donc célébré et reconnu. Mais son rôle est étroitement balisé par l'Ecriture. Il appelle à la conversion, il est une voix qui " crie dans le désert pour préparer les chemins du Seigneur ". Ni plus ni moins. Alors que des groupes de " Baptistes " le célèbrent comme Messie, les rédacteurs des Evangiles le restituent à ses fonctions de précurseur et de témoin. Deux mille ans plus tard, le débat n'est toujours pas clos. Pour le judaïsme, Jean-Baptiste est un faux prophète ; pour l'islam, il est l'égal de Jésus ; pour le christianisme, il est à la charnière des deux alliances, " le plus grand des prophètes " et " le plus petit dans le Royaume ".

Alors, à la lumière de la Bible, que pouvons-nous savoir de la vie, la personnalité et la prédication de Jean-Baptiste ?

De la vie de Jean-Baptiste, quelques péripéties nous sont familières, à commencer par … sa mort. De nombreux tableaux représentent la danse de Salomé et la décapitation du Baptiste. Matthieu nous en raconte les circonstances (Mt 14,1-12) : Jean ayant reproché à Hérode des mœurs coupables (le roi a " séduit " Hérodiade, la femme de son frère), le roi l'a arrêté et emprisonné. Salomé, fille d'Hérodiade, " ayant plu à Hérode ", elle exige de lui la mise à mort du prophète. Contre son gré, Hérode tue Jean et apporte à Salomé sa tête sur un plateau.

Par Luc, nous connaissons également son ascendance et les circonstances de sa naissance (Luc 1,5-25 ; 39-80). Jean est contemporain et cousin de Jésus. Zacharie, son père, est prêtre. Sa mère Elisabeth est de la descendance d'Aaron. Tous deux sont qualifiés de " justes " (ils obéissant à la volonté de Dieu). Comme Sarah et tant d'autres femmes de la Bible, Elisabeth est réputée stérile et reçoit, par l'intermédiaire de Gabriel, la bonne nouvelle d'une maternité imminente. La vocation de Jean-Baptiste est posée dès son origine et révélée par Zacharie : l'enfant à venir " sera appelé prophète du Très-Haut " car " il marchera par-devant, sous le regard du Seigneur, pour préparer ses routes ".

Si les trois premiers évangiles exposent la prédication du Baptiste, Luc la précise (Luc 3,1-18). Vivant dans le désert, prêchant la repentance et la conversion, Jean-Baptiste affiche sa rupture avec la classe sacerdotale d'Israël. Il rejette tout compromis et exhorte le croyant à vivre selon sa foi, sous peine d'être exposé à la " colère qui vient ". Il baptise ceux qui désirent cette vie nouvelle ; mais que les baptisés ne se croient pas ainsi en règle avec Dieu ! Dans la lignée des plus grands prophètes qu'Israël ait connus, Jean-Baptiste dit avec force que le Seigneur attend un changement réel et radical de mode de vie. " Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion ! ".

Jean-Baptiste regroupe autour de lui un petit groupe de disciples. Il leur apprend à prier et à pratiquer le jeune (Luc 11,1-2). Ces " Baptistes " entrent en contact avec le Christ et les apôtres. De la part de Jean, ils demanderont à Jésus s'il est bien le Messie et le questionnent sur les rites et le jeûne. Pourquoi ne les respectent-ils pas davantage ? Le Baptiste désigne Jésus comme Messie. Malgré tout, certains de ses disciples ne suivent pas Jésus et restent fidèles à leur " maître spirituel ".

Aujourd'hui encore, des traditions religieuses confessent Jean-Baptiste comme leur guide (p.e les Sabéens qui regroupent quelques centaines de milliers de fidèles en Irak notamment ou les Mandéens, présents dans les mêmes régions). De même, le Coran laissera une place éminente à Jean le Baptiste, appelé " Yahya " (" il vit "). Selon les textes coraniques, Jean ressuscite des morts. Elevé au ciel, il est le " Sacrificateur par excellence de la Mort au Jour des Comptes ". Il participera au jugement denier, sous la forme d'un bélier. Jean-Baptiste acquiert une part de la gloire et de la souveraineté qui, pour les chrétiens, n'appartient qu'à Jésus.

Comment Jean se définit-il par rapport à Jésus ? Il rencontre Jésus alors que celui-ci vient se faire baptiser par lui. Les quatre Evangiles font référence à ce baptême. Dans le quatrième Evangile, Jean " voit " l'Esprit descendre sur Jésus et demeurer en lui (Jn 1,33-34). Il témoignera de ce qu'il a vu. D'emblée, le Baptiste reconnaît la prééminence de Jésus. Il n'aura de cesse de le rappeler et de le préciser.

Selon l'Evangile de Jean, des prêtres, des lévites et des pharisiens vont lui en donner l'occasion (Jn 1,19-34). En baptisant, Jean introduit un nouveau rite de purification. Ces envoyés mettent en doute la légitimité de son action. Qui est-il pour agir ainsi ? Quelle est son autorité ? Est-il le Messie ? Elie ? Le Prophète ?

Chacune de ces questions renvoie à une attente religieuse.

A ces trois questions, Jean répond par la négative : " Je ne le suis pas ". Il refuse d'être classé dans une catégorie d'ordre messianique. Cette première déclaration est comme l'annonce en creux des solennelles auto-affirmations de Jésus qui jalonnent le quatrième Evangile : " Je suis " (" le pain de vie ", " le chemin, la résurrection, la vie " etc.).

Enfin, Jean donne de lui une affirmation positive. Il n'est pas la Parole ; il est une voix qui annonce le Christ et appelle à " aplanir les chemins du Seigneur ". Pour ceux qui l'interrogent, il n'a donc pas la légitimité nécessaire pour instaurer un nouveau rite pénitentiel. Mais peu importe. Car l'essentiel n'est pas le baptême d'eau mais le baptême d'Esprit inauguré par Jésus. De même que Jean plonge les baptisés dans l'eau du Jourdain, Jésus communiquera l'Esprit et permettra aux croyants d'être immergés dans une vie nouvelle. L'essentiel n'est pas ce qu'il est mais ce qu'il annonce ou plutôt Celui qu'il annonce. Il n'est qu'un témoin qui doit s'effacer devant Celui qu'il désigne : le Messie, " l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde " (Jn 1,29).

Il est " l'ami de l'époux " qui se réjouit de l'entendre (Jn 3,29).

Ainsi, la vocation de Jean est d'éclairer le Messie et non pas de lui faire de l'ombre. Il doit diminuer pour que Jésus grandisse (Jn 1,30).

N'est-ce pas là aussi la vocation de l'Eglise ? Comme le Baptiste, n'avons-nous pas à dire au monde l'exigence de Dieu ? A témoigner du Christ sauveur sans jamais nous substituer à Lui ? A nous tenir au coté de l'Epoux ?

Que se soit là notre joie et qu'elle soit parfaite ! (Jn 1,29).

Vincent NÊME-PEYRON

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