Impressions,
par Bertrand GALLAY


d'Israël FINKELSTEIN et Neil Asher SILBERMAN

"Comment le peuple juif fut inventé" de Shlomo SAND

Le point commun entre les deux premiers livres et le troisième est évident : ces ouvrages sont l'oeuvre d'historiens, juifs, israéliens plus précisé-ment (la précision est capitale) et traitent de l'histoire du peuple juif : les deux premiers pour son passé, le troisième pour son évolution et sa « création » à travers l'histoire. Un autre point commun, moins évident mais encore plus frappant, est qu'ils « achèvent » de bouleverser des croyances bien établies en des faits matériels, croyances qui ont constitué un des fondements du judaïsme, du christianisme et de l'État d'Israël. Le plus étonnant est que ces bouleversements, fruits d'une évolution datant de plusieurs dizaines d'années, passent quasiment inaperçus, en tout cas du grand public (nous retombons dans un consensus, classique de nos jours, qui veut que certains faits doivent recevoir le moins de publicité possible).

"La Bible dévoilée", "Les rois sacrés de la Bible"
d'Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman

Les auteurs rappellent que les recherches archéologiques n'ont réellement commencé qu'au début du XXe siècle, ces archéologues chrétiens, pour la quasi majorité protestants, ont connu une divine surprise en découvrant lors de leurs fouilles la réalité physique de la plupart des sites cités dans l'Ancien Testament.
C'était réellement une divine surprise puisque l'on craignait de découvrir que tout n'était que légende, mais ces derniers ont eu tendance à vouloir en déduire que les récits bibliques relataient des faits historiques.
Nb :le premier ouvrage pour le grand public qui remit en cause la matérialité des récits bibliques fut écrit dans les années 50, le célèbre livre « La Bible arrachée aux sables » de Werner Keller.

Ces deux livres ne sont pas les derniers évidemment sur la question, mais ils apportent les preuves matérielles confirmant les « convictions » de nombreux chercheurs, à savoir notamment que l'Exode en Égypte n'a jamais eu lieu, qu'il n'y a pas eu de conquête de l'extérieur de Canaan, qu'il n'y eut jamais un royaume juif unifié puissant au Xe siècle, que les rois sacrés de la Bible étaient plutôt des chefs de bande, que seule une minorité du peuple avait été déportée à Babylone etc., etc.
Il est important de signaler que ces deux livres ne sont pas contestés par les autres chercheurs ni les exégètes (juifs ou chrétiens) et ne sont ni provocateurs, ni anti religieux.

Nb : l'analyse de la figure de David dans le monde chrétien par ces chercheurs israéliens est particulièrement intéressante et émouvante.
En fait, s'ils ébranlent peu le christianisme du XXIe siècle (qui est déjà ébranlé et la révélation des découvertes est progressive et discrète, et de toute façon ne sera pas perçue. par ceux qui ne veulent pas la percevoir), ces deux ouvrages devraient « logiquement » ébranler un des fondements de la création de l'État d'Israël : le sionisme aurait-il pu, en effet, exister et triompher sans ces références historiques ? Les « adversaires » d'Israël curieusement ne s'emparent pas de ces livres.
Le troisième ouvrage est en quelque sorte complémentaire et aborde la « création » du peuple juif, du tout début jusqu'à l'heure actuelle : il est encore beaucoup plus « explosif » que les deux précédents et aurait créé une polémique en Israël.

"Comment le peuple juif fut inventé" de Shlomo Sand

L'auteur, un chercheur franco israélien enseignant actuellement en Israël, a l'occasion d'aborder un problème fondamental, à savoir les juifs du monde entier sont-ils les descendants des tribus sémites qui habitaient la Palestine il y a trois mille ans : ce problème concerne évidemment les Juifs, mais aussi les autres monothéismes, et a évidemment des conséquences géopolitiques.

En schématisant abusivement, jusqu'à peu il y avait un consensus sur le fait que les juifs n'ayant ni pratiqué la conversion ni le prosélytisme, ni les mariages mixtes, les communautés juives du monde entier descendaient de ces tribus.

En fait, l'on savait qu'il y avait des exceptions à ce postulat dont notamment les fameux Khazars et des conversions « massives » en Palestine au temps du Christ mais globalement les juifs voulaient croire qu'ils provenaient des différentes diasporas.

L'auteur démontre que les Romains au 1er et 2e siècle, ont dispersé peu de juifs et que la très grande majorité des juifs sont le fruit d'un prosélytisme très actif et très ancien (les falashas en sont le meilleur exemple) et qui continua même après l'avènement du christianisme (en dehors de l'Empire) : les tribus juives du Coran étaient arabes.

Nb : le consensus devait être très fort pour que les gens ne s'interrogent pas sur la raison pour laquelle les juifs au temps d'Auguste (donc avant les grandes diasporas) formaient au moins 8% de la population de l'Empire et comment expliquer aussi la nécessité de la Septante (trois siècles auparavant) qui aurait été rédigée pour des « vrais juifs » vivant hors d'Israël qui n'auraient connu que le Grec, ayant oublié leur langue sacrée.

Le constat final de l'auteur est que les juifs ne forment pas une race et que certaines communautés juives n'ont pratiquement aucun ascendant ayant habité la Palestine, il y a trois mille ans : en revanche, pour l'auteur, les « vrais juifs » se retrouvent plutôt chez les palestiniens. musulmans ou chrétiens.

Ce consensus sur une ethnie juive a permis paradoxalement l'antijudaïsme racial (alors qu'on peut affirmer que de nombreux juifs furent exterminés alors qu'ils n'avaient pas ou très peu d'origine sémite).

Il y eut même il y a quelques années en Israël une tentative de prouver scientifiquement l'existence d'une race juive.

Ce constat ébranle évidemment un des fondements de la création d'Israël, le fondement historique : pour la plupart des Juifs, Israël n'est pas la terre de leurs ancêtres.

Or, l'auteur démontre que si Israël est une démocratie exemplaire à beaucoup de points de vue, elle reste une démocratie spécifique dans laquelle une partie de ses citoyens, les non juifs, ne sont pas traités de la même manière que les juifs : il utilise le nom d'ethnocratie libérale.

Cette inégalité, qu'il voudrait voir disparaître, puisque source de conflit entre ses habitants, choque l'auteur, d'autant plus que les arabes israéliens sont souvent plus juifs que les israéliens juifs et qu'Israël n'est pas une théocratie mais un état totalement et réellement laïc (il rappelle que ses fondateurs n'étaient pas pratiquants et peu croyants).

Commentaire personnel

La conclusion de l'auteur est ici beaucoup moins convaincante : cette ethnocratie est consubstantielle à l'État d'Israël, on peut la constater et même la déplorer, mais prôner ou souhaiter sa disparition est inutile, et à mon avis un non sens puisqu'elle est la substance même d'Israël.

Conclusion

Impossible de ne pas lire ces trois livres qui sont réellement « bouleversants ». La lecture de ces trois ouvrages, d'autre part, conduit tout naturellement à la « très vieille » question : les FAITS contredisant une « RÉVÉLATION » (ou une « VÉRITÉ », ou simplement la « morale ambiante ») doivent ils être. révélés ? Pour nos frères aînés, la réponse était non, ce encore très récemment ; pour les réformés, la réponse est pratiquement oui. Pour les autres, je m'auto censurerai comme d'habitude.

En tout cas, pour le « correctement moral », la question est on ne peut plus d'actualité puisque très récemment Éric Zemmour a été condamné par tous les nombreux bien pensants pour avoir rappelé des faits matériellement exacts, connus de tous. mais qui ne doivent pas être publiquement révélées au vulgum pecus (comment ne pas penser à la fameuse phrase de Jean-Paul Sartre qui demandait de ne pas révéler les réalités du marxisme léninisme pour « ne pas désespérer Billancourt »).

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