Prédication du 13 avril 2008

Galates 5, 1

"Christ nous a libérés pour la liberté" Galates 5, 1
Liberté, que de crimes commis en ton nom ;
"Liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs" ;
Liberté avec égalité au fronton des mairies ;
"J'ai choisi la liberté", un illustre roman ;
"Nous sommes esclaves sur les chemins de la liberté", dit Sartre ;
"J'écris ton nom sur les murs, sur les nuages", chante le poète de la résistance française ;
"Difficile liberté" confesse le philosophe Lévins ;
"La liberté ou la mort" avec les républicains espagnols ;
"Libre, enfin libre" sur la tombe de Martin Luther King ;
"Aux captifs de la liberté" prédication aux prisonniers ;
"Evangile et Liberté"… ;
"Libération", un titre quotidien ;
"Ici commence le pays de la liberté…" ;
"Nous voici au seuil de la Terre Promise…
Libres, enfin libres.
"

Chers amis, frères et sœurs,

Trois remarques initiales.

"Christ nous a libérés pour la liberté", comme le peuple avec Moïse qui pourra servir librement le Dieu du Décalogue et comme l'immanité avec Jésus qui vient nous dire : si je vous affranchis, vous serez réellement libres. Avec cette liberté un homme nouveau commence, libre de la mort et libéré pour la vie.

Mais cette liberté qui nous est donnée par rapport aux observances extérieures de toutes les religions, elle est une liberté qui nous libère de… parcequ'elle nous libère… pour. On pourrait d'une phrase un peu compacte comme je les aime bien, dire que nous sommes libérés pour la libération de la liberté !

Les pères de la Réforme du XVIe siècle l'avaient redécouvert dans les Epitres aux Romains et aux Galates, les grands commentaires de Luther comme de Calvin, et ils furent en effet à l'origine d'un vaste mouvement spirituel de PROTESTATION.

Je m'arrête un instant sur ce mot qui nous caractérise comme PROTESTANTS.
En effet, il s'agit bien dans le sens étymologique du mot, français venu du latin ; de PRO-TESTARE, soit témoigner pour, témoigner en faveur de. Le sens positif est premier, ne l'oublions jamais. Les mots rapportés de l'emploi originel le disent bien, avec ceux des princes et magistrats devant l'empereur à la Diète de Spire (1529) : "Nous protestons devant Dieu que nous ne consentons à rien de contraire à sa sainte Parole". Ils sont libres devant Dieu pour témoigner librement devant les hommes de leur foi en toute conscience, ils demandent la liberté de parole et de culte, au sein du Saint Empire et de la grande Eglise. Quoique n'ayant plus de moines, Luther en tête, les protestants sont les tibétains du XVIe siècle européen.

Luther est exemplaire dès ses premiers écrits réformateurs, dont l'un est consacré à la liberté du chrétien, l'autre à la captivité de Babylone, entendez l'Eglise romaine. Le chrétien est un homme libre, une femme aussi puisque les femmes sortent des couvents et se marient librement. Non pas que la liberté soit de nature, mais elle est don de la grâce qui nous libère des contraintes extérieures de la religion et des forces intérieures de l'orgueil et de la convoitise. Pourquoi Luther écrit ces deux phrases célèbres dans toute la chrétienté, que "Le chrétien est un libre seigneur et n'est soumis à personne. Le chrétien est un esclave asservi en tout et qui est soumis à tous."

Donc, pour concentrer le paradoxe (aujourd'hui, il faut dire "Oxymore"), un MAITRE-SERVITEUR, un ESCLAVE-LIBRE, un ROI-SUJET, un PRESIDENT-CITOYEN, on en revient à cette liberté pour la liberté, à cette liberté reçue comme libération pour servir et non pour se servir, ou se faire servir, cette liberté d'autant plus assujettie au prochain qu'elle est libre devant Dieu.

Et Luther de résumer toutes les protestations et revendications de la Réforme de l'Eglise en ces mots qui suffisent :

"Il faut que la Parole de Dieu, la source de toutes les libertés soit libre".
"En Christ vous êtes libérés pour la liberté"

Notre temps, avec les progrès de la science et des techniques est aussi nouveau que le fut celui de la Renaissance au siècle des Réformes. Nous sommes donc dans une situation inédite qui appelle réflexion et décision sage et commune sur le bon usage de la liberté avec tous les moyens qui sont à notre disposition concernant la conception de la vie, le principe de précaution, la fin de la vie, le respect de la création, de la pollution carbonique à l'agriculture modifiée. Vastes débats, pour lesquels il n'est pas toujours facile de donner un avis éclairé. Nous sommes passés de la morale qui était prescriptive pour guider notre liberté à l'éthique qui est indicative pour contenir notre libération. C'est toujours le problème du cheval de course qu'il est difficile de convertir en animal de trait pour l'atteler à nos charettes.

Des témoins contemporains ont pris la suite des réformateurs, Dietrich Bonhoeffer contre l'antisémitisme, Martin Luther King contre le racisme, comme jadis un Tommy Fallot, socialiste chrétien, contre l'injustice. Mais sans complexe devant les plus grands, chacune, chacun de nous peut prendre sa place dans les rangs des défenseurs de la liberté. Puisque nous sommes libérés pour la libération de la liberté, alors faire le bien, c'est bien, mais lutter contre le mal, c'est mieux.

Les Associations sont nombreuses contre la précarité, la torture, la marginalisation et l'exclusion pour que nous trouvions les voies et moyens d'exercer une liberté servante qui a été libérée pour la liberté.

C'est pourquoi la prière de Jésus se termine par une demande de libération "et délivre nous du mal".

Amen.

Pasteur Michel LEPLAY

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